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Enjeux · Migrations et dynamiques démographiques

Urbanisation rapide : la planète des mégapoles

33 mégapoles, Jakarta en tête, 1,1 milliard d'habitants en bidonville : l'urbanisation rapide redessine le monde. Défis et opportunités des géants urbains en 2025.

Par ISS4 mai 2026, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 6 min
Vue aérienne d'une mégapole en développement mêlant tours modernes et quartiers informels denses.
Vue aérienne d'une mégapole en développement mêlant tours modernes et quartiers informels denses. (Image d'illustration IA © ISS 2026)

À retenir

  1. Le monde compte 33 mégapoles en 2025, contre 8 en 1975 ; l'ONU en prévoit 37 d'ici 2050.
  2. Jakarta est désormais la ville la plus peuplée (près de 42 millions d'habitants), devant Dhaka et Tokyo.
  3. 1,12 milliard de personnes vivaient en bidonville en 2022, soit un citadin sur quatre.
  4. Les mégapoles sont aussi des moteurs économiques : l'écosystème technologique de Lagos est valorisé 15,3 milliards de dollars.

En novembre 2025, les Nations Unies ont publié un chiffre qui résume une bascule planétaire : Jakarta, et non plus Tokyo, est devenue la ville la plus peuplée du monde, avec près de 42 millions d’habitants. Derrière ce classement bouleversé se joue l’un des phénomènes structurants du siècle : l’humanité devient urbaine, et son centre de gravité glisse vers le Sud.

Le basculement urbain en chiffres

Le rapport World Urbanization Prospects 2025 fixe les repères. Le monde compte désormais 33 mégapoles — ces agglomérations de plus de dix millions d’habitants —, soit quatre fois plus que les huit recensées en 1975, et l’ONU en prévoit 37 d’ici 20501. Les villes abritent 45 % d’une population mondiale de 8,2 milliards d’êtres humains, et d’ici le milieu du siècle, les deux tiers de la croissance démographique mondiale se concentreront en zone urbaine1.

La géographie de cette explosion est sans ambiguïté : l’Asie héberge 19 des 33 mégapoles et neuf des dix plus peuplées2. Jakarta devance Dhaka (près de 40 millions) et Tokyo (33 millions), qui recule à la troisième place — un symbole du transfert de poids démographique des économies matures vers les pays émergents2. Ce mouvement prolonge et amplifie les déséquilibres démographiques régionaux qui opposent un Sud jeune et en forte croissance à un Nord vieillissant.

Quand le climat pousse vers la ville

L’urbanisation rapide n’est plus seulement tirée par l’emploi : elle est de plus en plus poussée par le dérèglement climatique. L’ONU relie explicitement la croissance fulgurante de Dhaka et de Jakarta aux pressions climatiques sur les campagnes — inondations, érosion des berges, montée du niveau de la mer — qui chassent les ruraux vers les grandes villes2. Dhaka pourrait même devenir la ville la plus peuplée du monde d’ici 2050 si les tendances actuelles se maintiennent.

Le paradoxe est cruel : ces migrants fuyant les aléas climatiques s’installent souvent dans les zones urbaines les plus exposées. Une étude scientifique estime que, dans le scénario le plus pessimiste, 78 % des habitants des mégapoles seront exposés à un réchauffement de 2,5 °C d’ici les années 20503. Quartiers inondables, îlots de chaleur, infrastructures défaillantes : la ville offre un refuge qui peut se transformer en piège. Cette dynamique recoupe directement les enjeux de la migration contemporaine, qu’il s’agisse de gérer les crises migratoires en Europe ou d’anticiper les déplacements internes de population dans les pays du Sud.

Le revers : un citadin sur quatre en bidonville

Derrière les gratte-ciel, la réalité du logement informel. Selon les données onusiennes, 1,12 milliard de personnes vivaient en bidonville ou en habitat informel en 2022, soit 130 millions de plus qu’en 20154. Environ un citadin sur quatre est concerné, et plus de 85 % de ces habitants se concentrent en Asie et en Afrique subsaharienne4. Dans cette dernière région, plus de la moitié de la population urbaine vit en conditions de bidonville, et les projections avertissent d’un possible afflux de 360 millions d’habitants supplémentaires d’ici 2030 si rien ne change4.

Le nœud du problème est un décalage de rythme. Dans la plupart des villes à croissance rapide, le marché formel du logement ne suit pas, et les villes « grandissent plus vite que les gouvernements ne peuvent bâtir la capacité institutionnelle nécessaire pour planifier et gérer cette expansion », résume ONU-Habitat5. L’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux transports devient inégal, alimentant insécurité et exclusion.

Cette tension nourrit aussi des défis de sécurité et de gouvernance. Là où les services publics sont défaillants et l’emploi rare, la criminalité organisée prospère, et la fragmentation administrative — plusieurs autorités locales aux compétences mal délimitées — paralyse la décision. La densité, qui fait la force économique de la mégapole, devient un facteur de vulnérabilité dès lors qu’une panne, une inondation ou une épidémie peuvent toucher des millions de personnes en quelques heures. Gouverner ces géants suppose donc une coordination que peu d’États du Sud maîtrisent encore.

L’autre visage : laboratoires d’innovation

Réduire la mégapole du Sud à ses bidonvilles serait pourtant une erreur d’analyse. Ces géants urbains sont aussi de puissants moteurs économiques. Lagos illustre ce dynamisme : la capitale économique nigériane abrite l’écosystème technologique à la croissance la plus rapide au monde selon l’indice Global Tech Ecosystem 2025 de Dealroom, avec une valeur multipliée par 11,6 depuis 20176. Cet écosystème est désormais valorisé 15,3 milliards de dollars, et le nombre de licornes y a triplé depuis 20196.

L’effet d’entraînement est régional. Les start-up nigérianes ont levé plus de 400 millions de dollars en 2024, soit 15 % de tout le financement de jeunes pousses du continent6. À Nairobi, l’infrastructure se hisse au niveau des ambitions : 75 % de routes pavées, un métro de 3 milliards de dollars et une couverture électrique de 88 %6. Ces hubs offrent surtout une réponse à l’exode des cerveaux, en créant des carrières attractives sur le continent plutôt qu’à l’étranger — un enjeu directement lié au rapport entre vieillissement et migration dans les pays d’accueil traditionnels.

Gouverner l’ingouvernable

Tout l’enjeu tient dans la capacité à transformer la masse en levier plutôt qu’en fardeau. Cela suppose une planification qui anticipe au lieu de réagir : intégrer transport, logement et services avant que les quartiers informels ne s’installent ; investir dans des infrastructures résilientes au climat ; associer secteur privé et habitants à la décision. Les mégapoles concentrent les vulnérabilités, mais aussi les compétences, les capitaux et la densité qui rendent possibles des solutions inédites — du transport électrique aux réseaux numériques.

Des expériences existent. Le recours aux partenariats public-privé permet de mobiliser des capitaux pour des projets d’envergure, tandis que des démarches de « ville intelligente » testent l’usage des données pour optimiser énergie, mobilité et services. Mais la technologie ne remplace pas l’inclusion : une planification durable n’a de sens que si elle prend en compte les besoins des quartiers informels et la diversité des populations, faute de quoi elle creuse les inégalités au lieu de les réduire. La cohésion sociale, dans des villes où coexistent des communautés aux origines multiples, devient un objectif de gouvernance à part entière, au même titre que le béton et les canalisations.

Le siècle se jouera dans les villes

L’urbanisation rapide n’est ni une promesse ni une catastrophe en soi : c’est une accélération. Elle comprime en quelques décennies des transformations qui en prirent un siècle ailleurs, sans laisser le temps aux institutions de mûrir. Le signal décisif à surveiller n’est pas le nombre de mégapoles, mais l’écart entre la croissance démographique et la capacité de gouvernance : là où il se creuse, les villes deviennent des foyers de crise ; là où il se réduit, elles deviennent les moteurs du développement. C’est dans les rues de Dhaka, de Lagos et de Jakarta — bien plus que dans les capitales du Nord — que se décidera la stabilité du XXIe siècle.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une mégapole ?

Une mégapole, ou mégaville, est une agglomération urbaine de plus de dix millions d'habitants. Selon les Nations Unies, le monde en comptait 33 en 2025, contre seulement huit en 1975. L'Asie en concentre dix-neuf, dont neuf des dix plus peuplées de la planète.

Quelle est la plus grande ville du monde en 2025 ?

Selon le rapport World Urbanization Prospects 2025 de l'ONU, Jakarta, en Indonésie, est devenue la ville la plus peuplée du monde avec près de 42 millions d'habitants, devant Dhaka (environ 40 millions) et Tokyo (33 millions), qui rétrograde à la troisième place.

Combien de personnes vivent en bidonville ?

En 2022, 1,12 milliard de personnes vivaient en bidonville ou en habitat informel, soit environ un citadin sur quatre. Plus de 85 % d'entre elles se concentraient en Asie de l'Est et du Sud-Est, en Asie centrale et du Sud, et en Afrique subsaharienne.

L'urbanisation n'a-t-elle que des inconvénients ?

Non. Les mégapoles sont aussi des moteurs d'innovation et de croissance. Lagos abrite l'écosystème technologique à la croissance la plus rapide au monde, valorisé 15,3 milliards de dollars en 2025. La concentration urbaine crée des marchés dynamiques et attire investissements et talents.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Nations Unies, « Cities are home to 45 per cent of the global population, with megacities continuing to grow, UN report finds (World Urbanization Prospects 2025) », UN Sustainable Development, novembre 2025. https://www.un.org/sustainabledevelopment/blog/2025/11/press-release-wup2025/ 2

  2. Al Jazeera, « Indonesia’s Jakarta now the world’s largest city, Tokyo falls to third: UN », Al Jazeera, 26 novembre 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/11/26/indonesias-jakarta-now-the-worlds-largest-city-tokyo-falls-to-third-un 2 3

  3. Deccan Herald, « 33 megacities and counting: the global urban explosion (World Urbanization Prospects 2025) », Deccan Herald, novembre 2025. https://www.deccanherald.com/world/33-megacities-and-counting-the-global-urban-explosion-you-didnt-see-coming-3804298

  4. Nations Unies, « Sustainable Development Goals Report 2025 — Goal 11 », UN Statistics Division, 2025. https://unstats.un.org/sdgs/report/2025/goal-11/ 2 3

  5. ONU-Habitat, « World Cities Report 2024: Cities and Climate Action », UN-Habitat, novembre 2024. https://unhabitat.org/sites/default/files/2024/11/wcr2024_-_full_report.pdf

  6. Technext, « Lagos ranked world’s fastest-growing tech city in 2025 », Technext, 22 mai 2025. https://technext24.com/2025/05/22/lagos-worlds-fastest-growing-tech-city/ 2 3 4

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