Crise États-Unis-Venezuela : la capture de Maduro et l'après
Frappes en mer, opération Southern Spear, capture de Nicolás Maduro en janvier 2026 : anatomie d'une escalade américaine inédite au Venezuela et de ses suites incertaines.

À retenir
- Les États-Unis ont capturé Nicolás Maduro à Caracas le 3 janvier 2026 lors d'une opération militaire.
- L'opération Southern Spear a mobilisé environ 15 000 militaires américains dans les Caraïbes.
- Trente-cinq frappes contre des embarcations entre septembre et décembre 2025 ont tué au moins 115 personnes.
- La vice-présidente Delcy Rodríguez a prêté serment comme présidente par intérim, contestée par l'opposition.
Dans la nuit du 3 janvier 2026, des frappes secouent Caracas. Au petit matin, une équipe de la Delta Force extrait Nicolás Maduro et son épouse de leur résidence sur une base militaire et les embarque vers un navire de guerre américain, cap sur New York. En quelques heures, l’homme fort du Venezuela depuis 2013 passe du statut de chef d’État à celui de prévenu pour narco-terrorisme. La crise entre Washington et Caracas vient de basculer dans une dimension inédite : celle de l’action militaire directe.
De la pression maximale à l’opération Southern Spear
L’escalade s’est construite à l’automne 2025. Sous le nom d’opération « Southern Spear », le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth a orchestré l’un des plus importants déploiements militaires américains dans la région depuis la Guerre froide : environ 15 000 militaires, dont l’arrivée du porte-avions USS Gerald R. Ford a porté les effectifs à quelque 12 000 hommes sur près d’une douzaine de navires1. Officiellement, l’objectif était la lutte contre le narcotrafic en provenance du Venezuela.
Les méthodes, elles, ont rompu avec les pratiques antérieures. À partir de septembre 2025, l’armée américaine a frappé des embarcations qu’elle accusait de transporter de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique oriental. Selon l’agence Associated Press, 35 frappes connues entre septembre et décembre ont tué au moins 115 personnes2. Ces exécutions extrajudiciaires en haute mer ont soulevé de lourdes questions juridiques et de droits humains, bien avant le coup de force final sur Caracas3.
Le glissement doctrinal est majeur. En traitant des trafiquants présumés comme des combattants ennemis, abattus sans procès ni interception classique, Washington a effacé la frontière entre lutte contre la criminalité et opération de guerre. Aucune preuve publique n’a généralement étayé la nature des cargaisons. Cette logique, contestée jusque dans les rangs américains, a préparé les esprits à une escalade que peu croyaient possible : non plus seulement frapper des bateaux, mais renverser un chef d’État par la force.
La capture : une opération sans précédent
L’assaut du 3 janvier a marqué un saut qualitatif. Les États-Unis ont mené une « frappe à grande échelle » sur Caracas, visant notamment la principale base militaire, et capturé Maduro et Cilia Flores4. L’opération a mobilisé une force interarmées de plus de 150 aéronefs et des équipes des forces spéciales, et s’est déroulée sans pertes ni matériel perdu côté américain1.
Le bilan local fut lourd. L’estimation du nombre de morts de l’opération de Caracas atteint jusqu’à 80 personnes, militaires compris2. Le gouvernement cubain a annoncé que 32 Cubains avaient « perdu la vie au combat » en accomplissant des missions pour le compte de leurs homologues vénézuéliens2. Transféré à New York, Maduro a comparu devant un tribunal fédéral et plaidé non coupable des chefs de trafic de drogue, d’armes et de narco-terrorisme4. Sur la scène internationale, le Venezuela a dénoncé une « attaque impérialiste » et la Russie a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, condamnant un « acte d’agression armée »1.
L’après-Maduro : transition ou statu quo ?
La capture a réglé une question et en a ouvert dix. Faute de transfert du pouvoir à l’opposition, c’est la vice-présidente Delcy Rodríguez, fidèle du chavisme, qui a prêté serment comme présidente par intérim5. L’opposition démocratique crie au détournement. María Corina Machado et le candidat Edmundo González, dont le camp revendique environ 70 % des voix au scrutin contesté de l’année précédente, réclament la dévolution du pouvoir aux dirigeants élus5.
Mais Washington souffle le chaud et le froid. Donald Trump a indiqué que son administration était en contact avec Delcy Rodríguez, tout en estimant que Machado « n’a ni le soutien ni le respect » nécessaires pour diriger le pays5. Le Council on Foreign Relations souligne pourtant la forte légitimité de l’opposition, créditée d’environ 80 % de soutien dans les sondages — mais dont beaucoup de figures sont en exil, en prison ou cachées, tandis que Caracas maintient son emprise par la répression6. L’International Crisis Group résume le dilemme d’une formule : « transaction ou transition ? »7. Cette incertitude alimente la même crise politique de la légitimité démocratique qui traverse de nombreux pays.
La question dépasse la seule personne de Maduro. Le chavisme a bâti, en plus de vingt ans, un appareil d’État, une armée et des réseaux clientélistes qui ne s’évaporent pas avec l’arrestation d’un homme. En écartant l’opposition élue au profit d’une figure du sérail, Washington prend le risque de troquer un autoritarisme contre un autre, sous tutelle américaine cette fois. Le scénario d’une « transaction » — un arrangement de sommet préservant les structures du pouvoir — apparaît dès lors plus probable que celui d’une véritable transition démocratique, au grand dam des millions de Vénézuéliens qui avaient voté pour le changement.
Le nerf de la guerre : le pétrole
Derrière les principes, les barils. Trump a évoqué sans détour le développement des réserves vénézuéliennes — les plus vastes au monde — par des entreprises américaines6. Mais les experts, comme une partie de l’opposition, préviennent : l’industrie pétrolière ne peut être relancée sans stabilité politique. Pour que des compagnies envisagent les investissements massifs réclamés par le président, il leur faudra une « trajectoire crédible vers la stabilité politique »6.
Le calcul énergétique éclaire toute la séquence. Le Venezuela, qui fut l’un des pays les plus riches d’Amérique latine grâce à ses réserves — les plus vastes au monde —, redevient un enjeu pour les marchés mondiaux, à l’heure où la production américaine de schiste pèse déjà lourdement sur l’équilibre de l’offre. Mais des années de sanctions, de sous-investissement et de fuite des cerveaux ont laissé l’industrie pétrolière nationale exsangue. La relancer suppose des capitaux colossaux et, surtout, un cadre stable que la crise politique actuelle est loin de garantir. Le sort des hydrocarbures vénézuéliens dépendra donc d’une équation non résolue — un dossier indissociable du rôle du pétrole de schiste américain sur les marchés mondiaux.
Le signal à surveiller : la rue et l’armée
L’avenir du Venezuela se jouera dans deux espaces : les casernes et les places publiques. Si l’armée bascule du côté d’une transition ordonnée, le pays pourra espérer sortir de l’ornière ; si elle se cramponne au pouvoir intérimaire, le risque d’un soulèvement ou d’un chaos prolongé grandira. Pour Washington, la capture spectaculaire de Maduro a démontré sa capacité de projection militaire, mais elle n’a pas résolu la question politique de fond : que faire d’un pays décapité ?
La crise vénézuélienne devient ainsi un cas d’école de la diplomatie de la canonnière au XXIe siècle, à rapprocher de la manière dont les États-Unis affrontent leurs rivaux ailleurs et de l’impasse persistante de la crise ukrainienne. Une démonstration de force peut renverser un régime ; elle ne fabrique pas, à elle seule, un État stable. Toute la difficulté de l’après-Maduro tient dans cette nuance.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Que s'est-il passé entre les États-Unis et le Venezuela en 2026 ?
Le 3 janvier 2026, les forces américaines ont capturé le président Nicolás Maduro et son épouse à Caracas lors d'une opération militaire. Elle est l'aboutissement de l'opération Southern Spear, un déploiement de quelque 15 000 militaires américains dans les Caraïbes amorcé à l'automne 2025.
Qu'est-ce que l'opération Southern Spear ?
C'est le nom donné par le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth au renforcement militaire américain dans les Caraïbes. Officiellement dirigée contre le narcotrafic, elle a mobilisé environ 15 000 hommes et le porte-avions USS Gerald R. Ford, et mené 35 frappes contre des embarcations entre septembre et décembre 2025.
Qui dirige le Venezuela après la capture de Maduro ?
La vice-présidente Delcy Rodríguez a prêté serment comme présidente par intérim. L'opposition démocratique, menée par María Corina Machado et Edmundo González, conteste cette succession et réclame un transfert du pouvoir, alors que beaucoup de ses cadres sont en exil, en prison ou cachés.
Quel rôle joue le pétrole dans cette crise ?
Le pétrole est central. Donald Trump a évoqué le développement des réserves vénézuéliennes par des entreprises américaines. Mais les experts soulignent que l'industrie ne peut être relancée sans stabilité politique : sans trajectoire crédible, les investissements massifs évoqués resteront hypothétiques.
Sources
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« A timeline of U.S. military escalation against Venezuela leading to Maduro’s capture », PBS News, janvier 2026. https://www.pbs.org/newshour/world/a-timeline-of-u-s-military-escalation-against-venezuela-leading-to-maduros-capture ↩ ↩2 ↩3
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« Timeline of US military buildup and strikes against Venezuela leading to Maduro’s capture », Anchorage Daily News (Associated Press), 3 janvier 2026. https://www.adn.com/nation-world/2026/01/03/timeline-of-us-military-buildup-and-strikes-against-venezuela-leading-to-maduros-capture/ ↩ ↩2 ↩3
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« U.S. Military Escalation Against Venezuela: Legal and Human Rights Implications Leading Up to Maduro’s Capture », Human Rights Research Center, 2026. https://www.humanrightsresearch.org/post/u-s-military-escalation-against-venezuela-legal-and-human-rights-implications-leading-up-to-maduro ↩
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House of Commons Library, « The US capture of Nicolás Maduro », UK Parliament, 2026. https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-10452/ ↩ ↩2
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« María Corina Machado, Venezuelan opposition urge military to back power transfer after Maduro capture », Fox News, janvier 2026. https://www.foxnews.com/world/maria-corina-machado-venezuelan-opposition-urge-military-back-power-transfer-after-maduro-capture ↩ ↩2 ↩3
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Council on Foreign Relations, « A Guide to Maduro’s Capture and Venezuela’s Uncertain Future », CFR, 2026. https://www.cfr.org/articles/guide-maduros-capture-and-venezuelas-uncertain-future ↩ ↩2 ↩3
-
International Crisis Group, « Venezuela after Maduro: Transaction or Transition? », Crisis Group, 2026. https://www.crisisgroup.org/latin-america-caribbean/venezuela-united-states/venezuela-after-maduro-transaction-or-transition ↩
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