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Tech brésilienne : São Paulo brille, les semi-conducteurs peinent

São Paulo, capitale fintech d'Amérique latine, attire des milliards ; mais le Brésil reste dépendant pour les puces. Une tech à deux vitesses en 2025-2026.

Par ISS10 décembre 2024, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 6 min
Vue de la ligne d'horizon de São Paulo, pôle technologique et financier du Brésil.
Vue de la ligne d'horizon de São Paulo, pôle technologique et financier du Brésil. (Image d'illustration IA © ISS 2024)

À retenir

  1. São Paulo a attiré plus de 5 milliards de dollars de capital-risque en 2025, près de 60 % des investissements du Brésil.
  2. La fintech domine : elle a capté 61 % du capital-risque brésilien en 2025 et concentre 59 % des fintechs d'Amérique latine.
  3. Nubank dépassait 100 millions de clients début 2026, devenant la plus grande banque numérique indépendante au monde.
  4. Sur les semi-conducteurs, le Brésil reste très dépendant des importations : CEITEC, seule usine de puces du continent, peine à produire.

À São Paulo, l’argent coule à flots vers les start-up. En 2025, la mégapole a capté plus de 5 milliards de dollars de capital-risque — près de 60 % de tout ce qui s’investit dans la tech brésilienne1. Sa fierté, Nubank, vient de franchir le cap des 100 millions de clients. Pourtant, à 1 000 kilomètres de là, à Porto Alegre, l’unique fabricant de puces d’Amérique latine cherche désespérément les moyens de rallumer ses machines. Voilà le paradoxe brésilien : un géant du logiciel et de la finance, un nain du matériel.

São Paulo, aimant à capitaux

La capitale économique du Brésil est devenue le cœur technologique de l’Amérique latine. En 2025, elle a concentré près de 60 % des investissements de capital-risque du pays et hébergeait, début 2026, plus de 12 000 start-up1. Le Brésil reste de loin le premier marché régional : il a attiré 2,03 milliards de dollars sur 363 opérations en 2025, soit 52,9 % de tous les financements d’Amérique latine2.

Cette vitalité ne doit rien au hasard. Un vaste marché intérieur, une population jeune et connectée et une classe moyenne en expansion offrent un terrain fertile. Les incubateurs et accélérateurs se multiplient, attirant fonds étrangers et talents. Après un creux, la dynamique est repartie : au troisième trimestre 2025, le Brésil a levé 692 millions de dollars, en hausse de 92 % sur le trimestre précédent, reprenant la tête du classement régional2. Cet élan prolonge la transformation numérique du Brésil, engagée de longue date.

Les investisseurs y croient. Un sondage récent montre que 58 % des financeurs latino-américains affichent une forte confiance pour les 6 à 18 mois à venir, et près de la moitié comptent accroître leurs engagements en 2026 et 20272. Au-delà de la finance, de nouveaux secteurs émergent : intelligence artificielle, santé numérique, technologies vertes. Le pays cherche à diversifier un écosystème encore très concentré sur les services, en s’appuyant sur l’agilité de ses jeunes pousses pour conquérir des marchés régionaux puis internationaux.

La fintech, locomotive nationale

Au sein de cet écosystème, un secteur domine : la finance numérique. Le Brésil héberge à lui seul 59 % des fintechs d’Amérique latine3. En 2025, ce secteur a capté 61 % du capital-risque du pays, alors qu’il ne représentait que 29 % des opérations — preuve de l’ampleur des tickets investis3. Son symbole reste Nubank : début 2026, la banque numérique dépassait 100 millions de clients au Brésil, au Mexique et en Colombie, devenant la plus grande banque numérique indépendante au monde par le nombre de clients4. Sa capitalisation a franchi les 60 milliards de dollars4.

Derrière ce succès, un acteur public discret mais décisif : la Banque centrale. Son système de paiement instantané, Pix, lancé en novembre 2020, a traité 79,8 milliards de transactions en 2025, soit 54,7 % des paiements de détail, pour plus de 165 millions d’utilisateurs5. Ce succès tient à un choix réglementaire audacieux : en favorisant la concurrence et en imposant un standard ouvert, la Banque centrale a démocratisé les paiements et bousculé les banques traditionnelles. Le modèle brésilien est aujourd’hui étudié partout dans le monde comme un cas d’école d’inclusion financière par l’innovation publique.

La banque pousse désormais le Drex, sa monnaie numérique. Mais le projet a buté sur un « trilemme » — concilier confidentialité, passage à l’échelle et programmabilité — et a fait machine arrière sur la technologie blockchain en 2025, jugée trop coûteuse et complexe6. Pour 2026, le périmètre initial du Drex se recentre sur un registre centralisé des sûretés et les règlements interbancaires6. Un rappel que l’innovation financière soulève aussi des enjeux de cybersécurité au Brésil.

Les semi-conducteurs, talon d’Achille

Le contraste est saisissant dès que l’on quitte le logiciel pour le silicium. Le Brésil reste largement tributaire des importations pour ses composants électroniques. La raison est structurelle : environ 80 % de la production mondiale de semi-conducteurs se concentre en Asie de l’Est, Taïwan assurant à lui seul un quart du total7. Cette dépendance expose le pays aux tensions géopolitiques et aux ruptures de chaînes d’approvisionnement.

Le symbole de cette difficulté s’appelle CEITEC. Première et unique usine de puces d’Amérique latine, installée à Porto Alegre, elle dispose d’une capacité d’environ 20 millions de puces par mois et d’un portefeuille de circuits dédiés à l’identification du bétail, des personnes et des véhicules8. Mais l’entreprise publique, entrée en 2021 dans un programme de privatisation puis sauvée de la liquidation en 2023, manque toujours de moyens pour relancer sa production8.

L’écart avec les leaders mondiaux est abyssal. CEITEC produit des composants relativement simples, là où l’industrie de pointe fabrique des puces gravées à quelques nanomètres, dans des usines coûtant des dizaines de milliards de dollars. Combler ce fossé supposerait des investissements colossaux, une main-d’œuvre ultra-spécialisée et des années d’efforts — un défi hors de portée à court terme pour un pays qui part de si loin. Le Brésil devra sans doute viser des créneaux accessibles plutôt que la course aux nœuds les plus avancés.

Une stratégie qui se cherche

Conscient du retard, l’État réagit. En septembre 2024, une loi a créé le programme Brasil Semicon et renforcé le dispositif Padis de soutien au développement technologique du secteur, étendant et élargissant les incitations fiscales7. L’objectif : attirer les investisseurs et amorcer une chaîne d’approvisionnement locale. Mais la fabrication de puces exige des infrastructures lourdes, une main-d’œuvre hautement qualifiée et des capitaux colossaux — autant d’obstacles que les seuls allègements fiscaux ne suffiront pas à lever.

Le défi dépasse le seul Brésil. Partout, les puissances émergentes tentent de réduire leur dépendance, comme l’illustrent les efforts de la Chine sur les semi-conducteurs. Pour Brasilia, le pari est de transformer sa force logicielle en levier : les compétences accumulées dans la fintech, l’intelligence artificielle ou la technologie agricole pourraient, à terme, nourrir une remontée vers le matériel.

Briller en haut de la pile, combler le bas

Le Brésil a réussi un pari rare : devenir une puissance technologique régionale par le logiciel et la finance, sans usines de pointe. São Paulo rivalise avec les meilleurs écosystèmes du monde émergent, Nubank et Pix font figure de modèles. Mais cette réussite repose sur une base matérielle qu’il ne maîtrise pas. Le signal à surveiller : les premiers résultats concrets du programme Brasil Semicon et le sort de CEITEC. Tant que le Brésil importera ses puces, sa souveraineté technologique restera incomplète — un défi qui décidera de sa place dans la compétition mondiale.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Pourquoi São Paulo est-elle la capitale tech d'Amérique latine ?

Parce qu'elle concentre l'argent et les talents. En 2025, la ville a attiré plus de 5 milliards de dollars de capital-risque, soit près de 60 % des investissements technologiques du Brésil, et hébergeait plus de 12 000 start-up début 2026. Son vaste marché intérieur et son cadre réglementaire favorable nourrissent cet écosystème.

Quelle est la place de la fintech brésilienne ?

Centrale. Le Brésil héberge 59 % des fintechs d'Amérique latine, et ce secteur a capté 61 % du capital-risque du pays en 2025. Son champion, Nubank, dépassait 100 millions de clients début 2026 au Brésil, au Mexique et en Colombie, devenant la plus grande banque numérique indépendante au monde.

Qu'est-ce que Pix et quel rôle joue-t-il ?

Pix est le système de paiement instantané lancé par la Banque centrale du Brésil en novembre 2020. En 2025, il a traité 79,8 milliards de transactions, soit 54,7 % des paiements de détail, avec plus de 165 millions d'utilisateurs. Il a profondément transformé l'inclusion financière du pays.

Pourquoi le Brésil peine-t-il sur les semi-conducteurs ?

Parce qu'il dépend massivement des importations : environ 80 % de la production mondiale se concentre en Asie de l'Est. CEITEC, seule usine de puces d'Amérique latine, à Porto Alegre, manque de moyens pour relancer sa production. Le programme Brasil Semicon, créé en septembre 2024, tente de combler ce retard.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. « Brazil’s Tech Capital 2025: How São Paulo Became Latin America’s Innovation Powerhouse », Ian Khan, 2025. https://www.iankhan.com/brazil-s-tech-capital-2025-how-s-o-paulo-became-latin-america-s-innovation-power/ 2

  2. « Latin America’s Startup Ecosystem 2025: By the Numbers », LatinLeap, 2025. https://latinleap.vc/latin-america-startup-ecosystem-by-the-numbers/ 2 3

  3. « Latin America’s Startup Ecosystem 2025: By the Numbers », LatinLeap, 2025. https://latinleap.vc/latin-america-startup-ecosystem-by-the-numbers/ 2

  4. « Brazil’s Technology Scene in 2026: Fintechs, AI, and the Startup Boom », The Rio Times, 2026. https://www.riotimesonline.com/brazil-technology-scene/ 2

  5. « Brazil Fintech 2026: Pix, Digital Banks, Payment Revolution », The Rio Times, 2026. https://www.riotimesonline.com/brazil-fintech-2026-complete-guide/

  6. « Brazil Shifts Drex CBDC Away from Blockchain Amid Scalability and Privacy Challenges », AInvest, août 2025. https://www.ainvest.com/news/brazil-shifts-drex-cbdc-blockchain-scalability-privacy-challenges-2508/ 2

  7. « Brazil Paves New Semiconductor Path », Semiconductor Engineering, 2025. https://semiengineering.com/brazil-paves-new-semiconductor-path/ 2

  8. « Ceitec: Brazil’s Chip Making Company At The Forefront Of Technological Innovation », Brazil Blogged, 2025. https://brazilblogged.com/ceitec-brazils-chip-making-company-at-the-forefront-of-technological-innovation/ 2

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