L'expansion nucléaire de la Chine : arsenal et réacteurs
Plus de 600 ogives, 350 silos, le missile DF-5C, des dizaines de réacteurs : la Chine mène la plus rapide expansion nucléaire au monde, militaire et civile. Analyse 2025-2026.

À retenir
- Selon le SIPRI, l'arsenal nucléaire chinois a dépassé 600 ogives en 2025, en hausse d'environ 100 par an depuis 2023.
- Le Pentagone projette plus de 1 000 ogives chinoises d'ici 2030, et Pékin a creusé près de 350 nouveaux silos d'ICBM.
- En septembre 2025, la Chine a dévoilé le DF-5C, missile présenté comme capable de frapper n'importe quel point du globe.
- Sur le versant civil, Pékin a approuvé dix réacteurs en avril 2025 et exploite près de 60 GWe de capacité nucléaire.
Fin septembre 2025, lors d’un défilé militaire à Pékin, la Chine a dévoilé le DF-5C, un missile balistique intercontinental que ses officiels présentent comme capable de frapper n’importe quel point du globe1. Quelques mois plus tôt, le SIPRI annonçait que l’arsenal nucléaire chinois avait franchi le seuil des 600 ogives2. Deux signaux qui disent la même chose : la Chine mène aujourd’hui l’expansion nucléaire la plus rapide de la planète — sur le plan militaire comme sur le plan énergétique.
Une croissance d’arsenal sans équivalent
Les chiffres donnent le vertige. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), la Chine a ajouté une centaine d’ogives en un an, passant d’environ 500 à plus de 600 en 20252. C’est un rythme d’environ 100 nouvelles ogives par an depuis 2023, soit la croissance la plus rapide de tous les États dotés3.
Le Pentagone va plus loin dans la projection : l’arsenal chinois devrait dépasser les 1 000 ogives d’ici 2030, dans le cadre d’une montée en puissance diversifiée appelée à se poursuivre au-delà2. L’infrastructure suit : début 2025, la Chine avait achevé ou était en passe d’achever environ 350 nouveaux silos d’ICBM, répartis dans trois grands champs désertiques au nord et trois zones montagneuses à l’est4. De quoi, selon les structures de forces retenues, aligner à terme autant de missiles intercontinentaux que la Russie ou les États-Unis4. Cette dynamique prolonge l’expansion de l’arsenal nucléaire chinois documentée ces dernières années.
Le DF-5C et le tournant de la posture
Le DF-5C cristallise l’inquiétude occidentale. Présenté comme un missile de nouvelle génération à portée quasi mondiale — de l’ordre de 20 000 kilomètres selon plusieurs analyses —, il prolonge une lignée tout en la modernisant en profondeur1. Au-delà du missile lui-même, c’est la posture qui évolue : au moins une partie des nouvelles unités en silo adopterait une posture d’« alerte au lancement » (launch on warning), permettant de tirer sur détection d’une attaque4.
Ce changement est notable car, contrairement aux États-Unis et à la Russie, la quasi-totalité des ogives chinoises seraient stockées séparément de leurs lanceurs4. Faire passer une fraction de la force en alerte rapprochée marquerait donc une rupture. Cette évolution alimente le débat sur l’évolution de la stratégie de dissuasion nucléaire de la Chine et s’inscrit dans le mouvement plus large de la modernisation militaire de la Chine.
Doctrine affichée, intentions discutées
Officiellement, Pékin n’a pas changé de cap. Dans un livre blanc sur la maîtrise des armements publié en novembre 2025, la Chine a réaffirmé sa politique de non-emploi en premier comme « pierre angulaire » d’une stratégie défensive, se présentant comme dotée de « la politique nucléaire la plus stable, cohérente et prévisible » parmi les puissances nucléaires5.
Mais le contraste saute aux yeux : cette continuité doctrinale tranche avec la rapidité de l’expansion, la plus importante de l’histoire chinoise5. Le document fournit peu d’éléments sur les motivations du renforcement, tout en multipliant les critiques de la politique américaine5. Côté dialogue, Pékin se dit ouvert à des échanges sur la réduction des risques et la transparence, mais sur une base volontaire et sans compromettre sa sécurité — une réticence qui intrigue de nombreux observateurs6. Des pourparlers de niveau « technique » avec Washington ont privilégié la transparence plutôt que les plafonds chiffrés et les inspections6.
L’autre expansion : le nucléaire civil
Le volet énergétique avance au même rythme soutenu. En avril 2025, le Conseil des affaires d’État a approuvé dix nouveaux réacteurs — huit Hualong One et deux CAP1000 — sur cinq sites côtiers, pour environ 27 milliards de dollars, quatrième année consécutive avec au moins dix approbations7. La Chine exploite désormais 58 réacteurs, soit près de 60 GWe, et en construit 33 autres8.
Les jalons s’enchaînent : l’unité 2 de la centrale de Zhangzhou, appelée à devenir la plus grande installation Hualong One au monde, a été couplée au réseau le 22 novembre 20259. Le pays pousse aussi les frontières technologiques avec son petit réacteur modulaire Linglong One, attendu à la première criticité en 20268. Pour Pékin, ce nucléaire civil sert la sécurité énergétique et la réduction de la dépendance aux hydrocarbures importés, souvent exposés aux fluctuations de prix et aux tensions géopolitiques, tout en projetant une image de nation innovante. Cette expansion n’est toutefois pas sans débats internes : la gestion des déchets, le vieillissement de certaines installations et les craintes héritées de l’accident de Fukushima alimentent une vigilance que les autorités cherchent à apaiser par davantage de transparence. Cette ambition énergétique se conjugue à d’autres leviers de puissance régionale, comme l’expansion maritime de la Chine en mer de Chine méridionale.
Un double saut aux conséquences durables
L’expansion nucléaire chinoise se joue donc sur deux tableaux : un arsenal militaire qui rebat les cartes de la dissuasion mondiale, et un parc civil qui fait du pays un poids lourd de l’énergie atomique. Les deux dynamiques partagent une même logique — souveraineté, autonomie, prestige —, mais ne soulèvent pas les mêmes inquiétudes.
Le signal à surveiller : la trajectoire de l’arsenal vers le cap des 1 000 ogives et l’éventuelle ouverture de Pékin à un cadre de maîtrise des armements. À mesure que la Chine se rapproche de la parité numérique avec les deux anciens grands, la question d’un dialogue trilatéral deviendra difficile à esquiver.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Combien d'ogives nucléaires la Chine possède-t-elle ?
Selon le SIPRI, l'arsenal chinois a dépassé 600 ogives en 2025, contre environ 500 un an plus tôt. La Chine ajoute environ 100 ogives par an depuis 2023, le rythme le plus rapide au monde. Le Pentagone projette un dépassement des 1 000 ogives d'ici 2030.
Qu'est-ce que le missile DF-5C ?
Dévoilé lors d'un défilé militaire fin septembre 2025, le Dongfeng-5C est un missile balistique intercontinental de nouvelle génération que des responsables chinois présentent comme capable de frapper n'importe quel point de la planète. Sa portée serait d'environ 20 000 kilomètres.
La Chine respecte-t-elle une doctrine de non-emploi en premier ?
Officiellement, oui. Dans un livre blanc de novembre 2025, Pékin a réaffirmé sa politique de non-emploi en premier comme pierre angulaire d'une stratégie défensive. Des analystes relèvent toutefois la tension entre ce discours et la rapidité de l'expansion de l'arsenal.
Où en est le nucléaire civil chinois ?
La Chine a approuvé dix nouveaux réacteurs en avril 2025, pour environ 27 milliards de dollars, quatrième année consécutive avec au moins dix approbations. Le pays exploite 58 réacteurs, soit environ 60 GWe, et en construit 33 autres, devenant un leader mondial du secteur.
Sources
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Defence Security Asia, « China’s DF-5C ICBM Debut: Nuclear Superweapon With Global Strike Range Shakes U.S., NATO and Asia-Pacific Balance », Defence Security Asia, septembre 2025. https://defencesecurityasia.com/en/china-df5c-icbm-global-strike-nuclear-superweapon/ ↩ ↩2
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Breaking Defense, « China’s nuclear arsenal surges 20% in one year, reaching over 600 warheads: SIPRI », Breaking Defense, juin 2025. https://breakingdefense.com/2025/06/chinas-nuclear-arsenal-surges-20-in-one-year-reaching-over-600-warheads-sipri/ ↩ ↩2 ↩3
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Radio Free Asia, « China’s nuclear arsenal is growing faster than any other country’s: report », RFA, 17 juin 2025. https://www.rfa.org/english/china/2025/06/17/china-nuclear-arsenal-growth-rate/ ↩
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Bulletin of the Atomic Scientists, « Chinese nuclear weapons, 2025 », Bulletin of the Atomic Scientists, mars 2025. https://thebulletin.org/premium/2025-03/chinese-nuclear-weapons-2025/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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Arms Control Association, « China Signals Continuity in Nuclear Policy Paper », Arms Control Association, 11 décembre 2025. https://www.armscontrol.org/blog/2025-12-11/china-signals-continuity-nuclear-policy-paper ↩ ↩2 ↩3
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Lawfare, « Why Isn’t China Interested in Nuclear Risk Reduction? », Lawfare, 2025. https://www.lawfaremedia.org/article/why-isn-t-china-interested-in-nuclear-risk-reduction ↩ ↩2
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Nuclear Engineering International, « China approves 10 new reactors », Nuclear Engineering International, 2025. https://www.neimagazine.com/news/china-approves-10-new-reactors/ ↩
-
World Nuclear Association, « Nuclear Power in China », World Nuclear Association, 2025. https://world-nuclear.org/information-library/country-profiles/countries-a-f/china-nuclear-power ↩ ↩2
-
CGTN, « New unit of world’s largest nuclear reactor base connects to grid », CGTN, 22 novembre 2025. https://news.cgtn.com/news/2025-11-22/New-unit-of-world-s-largest-nuclear-reactor-base-connects-to-grid-1IvkpbT5UNq/p.html ↩
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