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La défense américaine se replie sur son hémisphère

Stratégie de défense 2025, frappes dans les Caraïbes, capture de Maduro : Washington recentre sa puissance militaire sur son arrière-cour latino-américaine.

Par ISS10 septembre 2025, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 6 min
Navire de guerre américain patrouillant dans les eaux des Caraïbes au coucher du soleil
Navire de guerre américain patrouillant dans les eaux des Caraïbes au coucher du soleil (Image d'illustration IA © ISS 2025)

À retenir

  1. La stratégie de défense nationale de 2025 fait du territoire et de l'hémisphère occidental la première priorité du Pentagone, devant l'Indo-Pacifique.
  2. Avec « Southern Spear », les États-Unis ont massé près de 15 000 militaires dans les Caraïbes et frappé des dizaines de bateaux soupçonnés de narcotrafic.
  3. L'opération a culminé le 3 janvier 2026 avec la capture de Nicolás Maduro, transféré et incarcéré à New York.
  4. Ce recentrage répond aussi à l'avancée économique chinoise en Amérique latine, des ports aux mines de lithium.

Pendant des décennies, la puissance américaine s’est pensée loin de chez elle : en Europe, dans le Golfe, sur les mers d’Asie. En 2025, la boussole a changé de nord. Le Pentagone a fait du territoire national et de son voisinage immédiat sa priorité absolue, déployé une flotte dans les Caraïbes et, au matin du 3 janvier 2026, extrait par la force le président vénézuélien de son palais. Washington ne projette plus seulement sa force au loin : il reprend en main son arrière-cour.

Le territoire d’abord : une stratégie qui rebat les cartes

La rupture est inscrite noir sur blanc. La nouvelle stratégie de défense nationale, dévoilée fin 2025, place la défense du territoire « au-dessus de l’Indo-Pacifique » et annonce, en filigrane, des coupes dans les forces américaines déployées en Europe et en Corée du Sud1. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a résumé la doctrine devant le Reagan National Defense Forum, le 6 décembre 2025 : « Après des années de négligence, les États-Unis vont restaurer leur domination militaire dans l’hémisphère occidental »2.

Quatre priorités structurent le texte : défendre le territoire en se concentrant sur les menaces de l’hémisphère occidental ; dissuader la Chine dans l’Indo-Pacifique ; faire porter une part accrue du fardeau aux alliés ; et « suralimenter » la base industrielle de défense2. Ce rééquilibrage des responsabilités vers les partenaires, conjugué à la priorité donnée au sol national, inquiète particulièrement les capitales européennes, qui y voient l’amorce d’un retrait3. Le document réactive aussi une lecture musclée de la doctrine Monroe, promettant de « garantir l’accès militaire et commercial des États-Unis aux terrains clés, en particulier le canal de Panama, le golfe d’Amérique et le Groenland »3. Le glissement n’est pas qu’une question d’effectifs militaires : il redéfinit ce que Washington considère comme son périmètre vital.

Les Caraïbes transformées en théâtre d’opérations

Les mots ont vite cédé la place aux navires. Depuis septembre 2025, l’armée américaine a rassemblé dans les Amériques son plus important déploiement depuis des décennies : environ 15 000 militaires, plusieurs bâtiments de guerre, des chasseurs F-35 et un sous-marin à propulsion nucléaire au large du Venezuela4. L’arrivée du porte-avions Gerald R. Ford a porté la présence à près d’une douzaine de navires, dans ce que Hegseth a baptisé « Operation Southern Spear »4.

L’opération s’est doublée d’une campagne de frappes meurtrières. À la fin novembre 2025, au moins 26 attaques contre des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue avaient été recensées, faisant au moins 95 morts ; le rythme, d’abord d’environ une par semaine, s’est intensifié et étendu au Pacifique oriental4. Au-delà des bateaux, Washington a aussi resserré l’étau économique en bloquant des pétroliers sous sanctions entrant et sortant du Venezuela5. Des défenseurs des droits humains et plusieurs élus du Congrès ont dénoncé des exécutions potentiellement illégales, menées sans justification publique ni autorisation parlementaire4. Signe de tension interne, le chef du Southern Command, l’amiral Alvin Holsey, a annoncé son départ en décembre 2025, à peine un an après sa prise de fonction4. Ce déploiement, l’un des plus massifs dans la région depuis la guerre froide, a brouillé la frontière entre opération de police anti-stupéfiants et campagne militaire de coercition.

L’extraction de Maduro, point d’orgue

La campagne a basculé dans une autre dimension au tournant de l’année. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, une opération baptisée « Absolute Resolve » a capturé Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores à Caracas, avant de les transférer à bord d’un navire américain5. Selon le récit du Pentagone, une équipe de la CIA s’était infiltrée pour suivre les déplacements et habitudes du dirigeant ; Donald Trump a donné l’ordre final peu avant 23 heures5. Le même jour, Maduro arrivait à New York pour y être incarcéré et poursuivi pour un système de « corruption fondée sur les stupéfiants »5.

L’événement a immédiatement nourri une question lancinante : et après ? Les analystes soulignent l’incertitude sur la transition politique vénézuélienne, le risque d’instabilité régionale et le précédent que constitue le renversement d’un chef d’État par une opération militaire extérieure6. La frontière entre lutte antidrogue et changement de régime, déjà floue, s’est encore estompée. Reste à savoir si l’épisode restera une exception spectaculaire ou s’il préfigure une doctrine plus interventionniste à l’égard des régimes hostiles de la région, du Nicaragua à Cuba.

La Chine, adversaire silencieux de l’arrière-cour

Derrière la mise en scène militaire se joue une compétition plus discrète, économique celle-là. La Chine a patiemment tissé un maillage d’infrastructures en Amérique latine. Sur 37 ports recensés par le CSIS, 21 ont été construits avec la participation d’une entreprise chinoise, alors que les États-Unis souffrent d’un manque d’acteurs privés capables de mener de tels chantiers7. Le port de Chancay, au Pérou, opéré et majoritairement détenu par le géant public COSCO, est devenu le terminal en eaux profondes le plus influent de la côte pacifique sud-américaine7.

À ces ports s’ajoute la course aux ressources. Pékin a concentré ses investissements sur le « triangle du lithium » — Argentine, Bolivie, Chili — qui recèle environ la moitié des réserves mondiales connues, avec un accord initial d’un milliard de dollars pour exploiter les salars boliviens d’Uyuni et y produire plus de 35 000 tonnes de lithium par an7. Là où Washington assortit son aide de conditions, la Chine offre, selon le CSIS, « des infrastructures sans leçons et des financements sans conditionnalité »7. Les États-Unis répliquent timidement : à l’été 2025, le génie de l’armée a signé avec le Guatemala un projet de 110 millions de dollars pour moderniser ses ports7. Ce recentrage militaire est aussi une réponse, encore inégale, à une percée commerciale qui ne se mesure pas en navires de guerre.

Ce qu’il faudra surveiller

Le pari est risqué. En concentrant ses forces sur l’hémisphère occidental, Washington libère de l’espace pour ses rivaux ailleurs : c’est le cœur de l’inquiétude européenne face à un possible désengagement, et la raison pour laquelle la rivalité avec Pékin continue de se jouer dans le Pacifique comme dans le domaine des armes hypersoniques. La logique de souveraineté technologique qui anime aussi la stratégie numérique européenne trouve ici son pendant militaire, tout comme les outils d’analyse dopés à l’intelligence artificielle réécrivent la manière de surveiller un théâtre maritime.

Trois signaux méritent attention dans les mois qui viennent : la nature de la transition à Caracas, le sort réservé aux contingents américains en Europe, et la capacité de Washington à transformer sa supériorité militaire régionale en influence économique durable. Reprendre la maîtrise d’un hémisphère se décrète vite. La conserver, sans s’aliéner ni ses voisins ni ses alliés lointains, sera une tout autre affaire.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quelle est la première priorité de la stratégie de défense américaine de 2025 ?

La défense du territoire national et de l'hémisphère occidental passe devant l'Indo-Pacifique. Le document, dévoilé fin 2025, annonce aussi un transfert de charge vers les alliés et de probables réductions de forces en Europe et en Corée du Sud.

Qu'est-ce que l'opération Southern Spear ?

C'est le nom donné par le Pentagone au déploiement militaire massif lancé en 2025 dans les Caraïbes : près de 15 000 militaires, un porte-avions, des F-35 et un sous-marin nucléaire, officiellement pour combattre le narcotrafic vers les États-Unis.

Maduro a-t-il vraiment été capturé ?

Oui. Le 3 janvier 2026, lors de l'opération « Absolute Resolve », des forces américaines ont extrait Nicolás Maduro de Caracas. Transféré aux États-Unis le jour même, il est désormais incarcéré à New York et poursuivi pour narcotrafic.

Pourquoi la Chine est-elle au cœur de ce recentrage ?

Pékin a tissé un réseau d'infrastructures en Amérique latine : ports, dont Chancay au Pérou, et mines de lithium en Bolivie. Washington voit dans cette présence économique une menace pour son influence historique sur la région.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Breaking Defense, « Pentagon releases National Defense Strategy, with homeland defense as top priority », Breaking Defense, janvier 2026. https://breakingdefense.com/2026/01/national-defense-strategy-hegseth-pentagon-western-hemisphere/

  2. Breaking Defense, « Hegseth endorses National Security Strategy, outlines military priorities focused on the West », Breaking Defense, 8 décembre 2025. https://breakingdefense.com/2025/12/hegseth-endorses-national-security-strat-outlines-military-priorities-focused-on-the-west/ 2

  3. Defense Security Monitor, « National Defense Strategy Prioritizes the Western Hemisphere, Shifts Burden-Sharing to Allies », Forecast International, 27 janvier 2026. https://dsm.forecastinternational.com/2026/01/27/national-defense-strategy-prioritizes-the-western-hemisphere-shifts-burden-sharing-to-allies/ 2

  4. AS/COA, « Timeline: U.S. Military Ramp-Up in the Caribbean Raises Tensions with Venezuela », Americas Society/Council of the Americas, décembre 2025. https://www.as-coa.org/articles/timeline-us-military-ramp-caribbean-raises-tensions-venezuela 2 3 4 5

  5. NBC News, « How the U.S. captured Maduro in Venezuela: A CIA team, steel doors and a fateful phone call », NBC News, 3 janvier 2026. https://www.nbcnews.com/politics/donald-trump/us-venezuela-strike-nicolas-maduro-captured-how-timeline-trump-rcna252041 2 3 4

  6. CSIS, « Maduro Captured: What Comes Next for Venezuela? », Center for Strategic and International Studies, janvier 2026. https://www.csis.org/analysis/maduro-captured-what-comes-next-venezuela

  7. CSIS, « China’s Expanding Interests in Latin America: Development, Leverage, Coercion, and Crime », Center for Strategic and International Studies, 2025. https://www.csis.org/analysis/chinas-expanding-interests-latin-america-development-leverage-coercion-and-crime 2 3 4 5

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