Le retour de Donald Trump : un pouvoir transactionnel
Droits de douane, OTAN sous condition, guerre en Iran : comment le second mandat de Donald Trump redessine la stratégie américaine et inquiète ses alliés.

À retenir
- De retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a fait de la puissance américaine un levier transactionnel.
- Les droits de douane sont son arme centrale : 20 % puis 10 % sur l'UE, menace de 100 % sur les partenaires de la Russie.
- Il a conditionné le soutien à l'OTAN à une hausse des dépenses, fixée à 5 % du PIB d'ici 2035.
- Sa popularité s'érode : environ 37 % d'approbation début 2026, l'inflation étant sa vulnérabilité majeure.
Donald Trump n’est plus un candidat : il gouverne. De retour à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025, après sa victoire de novembre 2024, il a imprimé à la puissance américaine une logique inédite. Non plus un bien public mis au service d’alliances, mais un actif que l’on monnaie. En dix-huit mois, ce pouvoir transactionnel a bouleversé le commerce mondial, l’OTAN et le Moyen-Orient.
Le droit de douane comme arme stratégique
La marque de fabrique du second mandat tient en un mot : droits de douane. Trump a passé l’essentiel de 2025 à reconfigurer les taxes sur les importations, brandissant la menace douanière pour infléchir le comportement de l’Inde, du Pakistan, du Canada, de l’Europe et du Royaume-Uni1. Avec l’Union européenne, il ouvre le bras de fer par un droit de douane « réciproque » de 20 %, ramené à 10 % une semaine plus tard après des turbulences sur les marchés2.
Cet instrument déborde le champ commercial. Pour forcer Moscou à un cessez-le-feu en Ukraine, Trump menace de droits de douane de 100 % tout pays continuant à commercer avec la Russie, tout en promettant à Kiev des systèmes Patriot via l’OTAN3. La logique est constante : la pression économique devient un substitut à la diplomatie classique.
Cette approche reflète une vision du monde où la puissance américaine n’est plus un bien public mais un actif négociable1. La politique ukrainienne en offre l’illustration la plus déconcertante : Washington a tour à tour renvoyé dos à dos Kiev et Moscou, suspendu puis rétabli son aide militaire, menacé la Russie de sanctions avant de l’exempter de droits de douane, et évoqué la livraison de missiles Tomahawk sans jamais la concrétiser1. Cette instabilité assumée éclaire d’un jour cru les débats sur la dissuasion stratégique : la crédibilité d’une menace tient à sa constance, qualité que la méthode Trump cultive peu.
L’OTAN sous condition
L’alliance atlantique subit le même traitement. L’administration Trump a recadré l’engagement américain comme conditionnel : l’Europe ne conserverait le soutien sécuritaire de Washington qu’à condition d’augmenter ses dépenses de défense, d’accélérer ses contributions aux programmes d’armement américains et d’aligner sa politique commerciale sur celle des États-Unis4. Au sommet de l’OTAN de 2025, aux Pays-Bas, les membres se sont engagés à porter leurs dépenses militaires à 5 % du PIB d’ici 20354.
Le message est entendu, mais il fragilise la confiance. Côté européen, on parle de relation à « faible confiance », contrainte de s’organiser face à un allié devenu imprévisible4. Pour les capitales du continent, l’enjeu n’est plus seulement budgétaire : il s’agit de bâtir une autonomie stratégique que des décennies de protection américaine avaient différée. La cible de 5 % du PIB — un niveau inédit depuis la guerre froide — représente un effort considérable pour des économies déjà sous tension, et nourrit un débat sur la hiérarchie réelle des priorités de Washington, résumée par certains analystes en une formule grinçante : « l’Amérique d’abord, l’Europe en quatrième ». L’alignement commercial exigé en prime transforme l’alliance militaire en package où sécurité et échanges deviennent indissociables.
Un activisme au Moyen-Orient
C’est sur le théâtre moyen-oriental que la doctrine Trump s’est exprimée le plus brutalement. En quelques mois, le président a frappé des combattants au Yémen, bombardé des installations nucléaires iraniennes et tenté de négocier un fragile cessez-le-feu à Gaza5. L’engagement contre l’Iran, en particulier, marque une rupture : après les frappes de juin 2025, Washington est entré en février 2026 dans une guerre ouverte visant le programme nucléaire et la direction iranienne.
Cet interventionnisme tranche avec la rhétorique « America First », volontiers présentée comme isolationniste. En réalité, Trump combine repli sélectif et coups de force ciblés, au gré d’un calcul d’opportunité plus que d’une doctrine fixe. Les ressorts militaires de ces opérations — frappes de précision, asymétrie des moyens — renvoient aux analyses de la guerre asymétrique. La décision de viser le programme nucléaire iranien, fondée sur l’appréciation que la diplomatie était « épuisée », illustre aussi le poids du renseignement dans l’arbitrage présidentiel, sujet que développe notre dossier sur l’intelligence stratégique. Là encore, Trump assume une part de risque et d’imprévisibilité que ses prédécesseurs auraient hésité à endosser.
Une popularité qui s’effrite
Ce volontarisme a un coût intérieur. Début 2026, le taux d’approbation de Trump tourne autour de 37 %, pour une désapprobation proche de 60 %6. Surtout, il est désormais négatif sur l’ensemble des grands dossiers7. L’inflation est devenue la vulnérabilité définissant son second mandat : seuls 22 % des Américains pensent que ses politiques réduiront la hausse des prix, contre 41 % au lendemain de sa réélection7.
Les droits de douane, présentés comme une force, se retournent dans l’opinion : 63 % des Américains s’opposent aux nouvelles taxes sur les importations, et 68 % estiment qu’elles ont fait grimper les prix en 20257. Seule l’immigration reste un point fort, son approbation y atteignant son meilleur niveau de l’année, autour de 45 %7 — mais ce dossier a reculé dans la hiérarchie des préoccupations, supplanté par l’économie. Le paradoxe est net : la fermeté qui galvanise sa base inquiète une majorité d’électeurs sur leur portefeuille. Un président qui avait bâti sa réélection sur la promesse de juguler l’inflation se retrouve sanctionné, dans les sondages, sur ce terrain précis. Cette érosion intérieure n’est pas anodine pour la conduite extérieure : un exécutif affaibli dans l’opinion peut être tenté de chercher à l’étranger les succès qui lui échappent chez lui, ou au contraire d’éviter tout enlisement coûteux à l’approche des élections de mi-mandat.
Le pari d’un pouvoir sans contrepoids
Le retour de Donald Trump aura confirmé une intuition : sa force réside dans sa capacité à transformer chaque relation — commerciale, militaire, diplomatique — en transaction. Cette méthode produit des résultats spectaculaires à court terme, de l’augmentation des budgets européens aux concessions arrachées à Pékin5. Mais elle érode les alliances de long terme et expose l’économie américaine aux contrecoups de ses propres droits de douane. Trois indicateurs diront si le pari tient : la trajectoire de l’inflation, baromètre de sa popularité ; la solidité d’un lien transatlantique mis à rude épreuve ; et l’issue de la guerre iranienne, où l’engagement américain reste inachevé. Comme dans toute stratégie de coercition, la limite du levier transactionnel apparaît quand l’adversaire — ou l’allié — cesse de céder, un seuil que la maîtrise de l’armement nucléaire et du désarmement rend particulièrement périlleux à franchir.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quand Donald Trump est-il revenu au pouvoir ?
Donald Trump a remporté l'élection de novembre 2024 et entamé son second mandat le 20 janvier 2025. Son retour s'est traduit par une diplomatie transactionnelle, une offensive tarifaire généralisée et un engagement militaire direct au Moyen-Orient.
Quelle est la doctrine commerciale de Trump ?
Les droits de douane sont son outil de prédilection. Il a instauré un droit de douane de 20 % sur l'Union européenne, ramené à 10 % après des turbulences de marché, et menacé de 100 % les pays continuant à commercer avec la Russie pour forcer un cessez-le-feu en Ukraine.
Comment Trump a-t-il changé la relation avec l'OTAN ?
Il a rendu le soutien américain conditionnel : l'Europe ne bénéficierait de la protection des États-Unis qu'en augmentant ses dépenses de défense, fixées à 5 % du PIB d'ici 2035 au sommet de l'OTAN de 2025, et en alignant sa politique commerciale.
Quelle est la popularité de Trump en 2026 ?
Elle s'est dégradée. Début 2026, son taux d'approbation tourne autour de 37 %, contre près de 60 % de désapprobation. L'inflation et l'économie constituent ses points faibles, tandis que l'immigration reste son meilleur score.
Sources
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TIME, « How Trump’s Foreign Policy Gambits Are Reshaping the World », TIME, 2026. https://time.com/collections/davos-2026/7345543/trump-foreign-policy-second-term/ ↩ ↩2 ↩3
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TRENDS Research & Advisory, « Trump and the Transatlantic Alliance: Greenland, Tariffs, and NATO Under Strain », trendsresearch.org, 2025. https://trendsresearch.org/insight/trump-and-the-transatlantic-alliance-greenland-tariffs-and-nato-under-strain/ ↩
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NPR, « Trump touts weapon sales to NATO for Ukraine and threatens Russia with 100% tariffs », NPR, 14 juillet 2025. https://www.npr.org/2025/07/14/nx-s1-5467272/russia-ukraine-war-trump-nato-weapons-tariffs ↩
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EU Institute for Security Studies, « Low trust: navigating transatlantic relations under Trump 2.0 », EUISS, 2025. https://www.iss.europa.eu/publications/chaillot-papers/low-trust ↩ ↩2 ↩3
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TIME, « How Trump’s Foreign Policy Gambits Are Reshaping the World », TIME, 2026. https://time.com/collections/davos-2026/7345543/trump-foreign-policy-second-term/ ↩ ↩2
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NBC News, « Trump’s approval rating takes a hit in his first year back in office », NBC News, 2026. https://www.nbcnews.com/politics/trump-administration/trumps-approval-rating-takes-hit-first-year-back-office-rcna253192 ↩
-
Newsweek, « Trump’s Approval Rating Underwater on All Issues in Two Polls », Newsweek, 2026. https://www.newsweek.com/donald-trump-approval-ratings-2026-polls-inflation-economy-12026520 ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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