Investissements quantiques : la ruée des milliards en 2025
Financements record, paris des États et concentration des capitaux : panorama d'un marché de l'informatique quantique qui change d'échelle en 2025-2026.

À retenir
- Les startups quantiques ont levé un montant record de 4,2 milliards de dollars en 2025, plus du double de l'année précédente.
- Une poignée d'acteurs — PsiQuantum, Quantinuum, IQM — captent l'essentiel des capitaux : le marché se concentre.
- Les États s'invitent dans la course : la Chine a lancé un fonds de 138 milliards de dollars, Washington réautorise son initiative nationale.
- Le percée de Google sur la correction d'erreur fin 2024 a rallumé l'appétit des investisseurs.
- Les cabinets revoient leurs prévisions : la valeur promise reste immense, mais l'horizon se décale au-delà de 2040.
Au premier trimestre 2025, les startups de l’informatique quantique ont aspiré plus de capitaux qu’au cours de toute l’année 2023. En quelques mois, des chèques d’un milliard de dollars sont devenus banals, signés par des fonds souverains, par NVIDIA et par des États. Après des années de promesses, l’argent afflue — mais il se concentre dans très peu de mains.
Une année 2025 hors norme
Les chiffres donnent le vertige. Sur le seul premier trimestre 2025, le secteur a capté plus de 1,25 milliard de dollars, soit plus du double des 550 millions levés un an plus tôt — une hausse de 128 % sur un an1. Au terme de l’année, le total atteint un record de 4,2 milliards de dollars, et le cumul historique du secteur grimpe à 11,1 milliards répartis sur 492 tours de table2. Pour une technologie qui ne génère encore presque aucun revenu, l’écart entre les sommes investies et le chiffre d’affaires réel reste vertigineux.
Cette accélération a un déclencheur. Fin 2024, Google a publié dans Nature une avancée décisive : sa puce Willow démontre, pour la première fois, une correction d’erreur « sous le seuil » — c’est-à-dire que le taux d’erreur diminue à mesure que l’on agrandit le système, au lieu d’empirer3. C’est l’inverse de ce que l’on observait jusque-là, et la levée d’un verrou vieux de près de trente ans. Le signal a été reçu cinq sur cinq par les marchés : la machine utile cesse d’être une chimère.
Il faut mesurer ce que représentent ces qubits, ces « bits quantiques » qui fondent la promesse du secteur. Là où un bit classique vaut soit 0, soit 1, un qubit peut, par superposition, explorer plusieurs états à la fois — d’où l’espoir d’une puissance de calcul démultipliée pour certains problèmes. Mais ces qubits sont fragiles : la moindre vibration thermique les perturbe. C’est précisément ce point faible que la percée de Google attaque, en montrant qu’on peut le compenser à l’échelle. D’où l’enthousiasme renouvelé des bailleurs de fonds, qui voient enfin se dessiner un chemin vers la fiabilité.
Le capital se concentre
Mais cette manne ne se répartit pas équitablement. Un petit groupe de plateformes — PsiQuantum, Quantinuum, SandboxAQ, l’allemand IQM, l’espagnol Multiverse Computing — absorbe une part disproportionnée des fonds2. L’année 2025 a vu défiler des opérations spectaculaires. En septembre, NVIDIA est entré au capital de trois jeunes pousses en une seule semaine : Quantinuum, PsiQuantum et QuEra Computing1. Quantinuum, adossé à Honeywell, a bouclé une levée de 600 millions de dollars sur une valorisation pré-monnaie de 10 milliards4.
L’arrivée de NVIDIA agit comme un sceau de crédibilité. Le géant des puces graphiques, devenu l’arbitre de la révolution de l’intelligence artificielle, parie désormais sur le quantique — un signal lourd de sens pour le reste de l’industrie. Cette logique de « gagnant qui rafle la mise » comporte toutefois un risque : si la consolidation s’accélère, des dizaines d’acteurs plus modestes pourraient disparaître avant même d’avoir prouvé leur technologie.
Les pionniers cotés en Bourse vivent eux aussi cette nouvelle donne. IonQ, D-Wave ou Rigetti, souvent entrés sur les marchés par fusion avec des sociétés d’acquisition, ont vu leurs valorisations s’envoler puis tanguer au gré des annonces. Leur volatilité résume l’ambiance du secteur : une foi puissante dans le potentiel, doublée d’une nervosité permanente sur le calendrier.
Les États entrent dans la danse
Le fait marquant de 2025, c’est l’irruption massive de l’argent public. En mars, la Chine a dévoilé un fonds d’orientation du capital-risque d’environ 138 milliards de dollars, dont le quantique est l’une des priorités, avec pour règle d’« investir tôt, investir petit, investir longtemps, investir dans la tech dure »5. Pékin affiche par ailleurs une enveloppe gouvernementale de 15 milliards de dollars dédiée au quantique, même si les analystes rappellent que ces annonces reflètent souvent des montants planifiés plus que des fonds réellement décaissés6.
Washington n’est pas en reste. La National Quantum Initiative a été réautorisée à hauteur de 1,8 milliard de dollars pour 2025-2029, et un projet de loi au Sénat propose d’aller jusqu’à 2,7 milliards sur cinq ans6. En novembre 2025, un comité fédéral est allé plus loin : il presse le Congrès d’adopter un objectif national « Quantum First » à l’horizon 2030, par crainte de voir des puissances rivales prendre l’avantage7. Le modèle de financement bascule : la levée de PsiQuantum, combinant capitaux privés de BlackRock et 620 millions de dollars australiens de subventions publiques, illustre cette hybridation entre venture et soutien étatique1.
Des promesses revues à la baisse
Reste la question qui fâche : que valent ces paris ? Les cabinets se montrent plus prudents qu’autrefois. MarketsandMarkets table sur un marché passant de 3,5 milliards de dollars en 2025 à 20,2 milliards en 2030, soit une croissance annuelle de près de 42 %8. BCC Research, plus conservateur, voit le marché grimper de 1,6 à 7,3 milliards sur la même période, à un rythme de 34,6 % par an9. McKinsey estime que les technologies quantiques pourraient générer jusqu’à 97 milliards de dollars de revenus annuels d’ici 2035, dont l’essentiel pour l’informatique quantique10.
Le contraste est saisissant avec les projections d’hier. Le Boston Consulting Group, qui évoquait naguère 450 à 850 milliards de dollars de valeur créée d’ici 2040, a révisé ses hypothèses : le marché mûrit plus lentement que prévu, et le cabinet repousse désormais l’avantage quantique à large échelle au-delà de 204010. Cette correction n’est pas un désaveu, mais un signe de maturité : l’enthousiasme cède la place à des trajectoires industrielles plus sobres.
Où l’argent espère-t-il un retour ? Les paris se concentrent sur quelques verticales. La finance teste les algorithmes quantiques pour modéliser le risque et optimiser les portefeuilles. La pharmacie y voit un moyen de simuler des molécules complexes, donc d’accélérer la découverte de médicaments. La logistique mise sur l’optimisation des chaînes d’approvisionnement et des tournées de livraison. La cybersécurité, enfin, occupe une place à part : la même machine qui menace les chiffrements actuels nourrit le marché naissant de la cryptographie post-quantique. Cette diversité des débouchés explique pourquoi tant d’investisseurs, malgré l’absence de revenus immédiats, refusent de rester à l’écart.
Perspectives
L’informatique quantique vit un « moment magique » côté financement, selon les termes mêmes de McKinsey11. Mais l’abondance de capital ne garantit rien. La technologie reste pré-commerciale, la rentabilité large se dérobe, et la concentration des fonds fait peser un risque de bulle sectorielle. Le vrai test viendra de la croissance effective du marché mondial et de la capacité des acteurs à transformer les avancées en correction d’erreur quantique en revenus réels. L’enjeu dépasse la finance : il touche à la construction d’écosystèmes durables et à l’accès équitable à une puissance de calcul qui pourrait redessiner les rapports de force mondiaux. Le signal à surveiller en 2026 : la première application commerciale qui justifiera, enfin, les milliards engagés.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Combien le secteur quantique a-t-il levé en 2025 ?
Les startups d'informatique quantique ont attiré un montant record de 4,2 milliards de dollars en 2025, plus du double de 2024. Le cumul historique des levées dépasse 11 milliards de dollars, mais une poignée d'entreprises concentre l'essentiel de ces capitaux.
Quels pays investissent le plus dans le quantique ?
La Chine a annoncé en mars 2025 un fonds public de 138 milliards de dollars incluant le quantique. Les États-Unis ont réautorisé leur National Quantum Initiative à hauteur de 1,8 milliard sur 2025-2029. L'Europe, l'Australie et le Japon multiplient aussi les programmes nationaux.
Le marché de l'informatique quantique est-il rentable aujourd'hui ?
Pas encore. Les revenus restent modestes — quelques milliards de dollars en 2025 — et la plupart des acteurs ne sont pas profitables. Les cabinets parient sur une valeur de dizaines de milliards d'ici 2035, mais l'horizon de rentabilité large s'est décalé au-delà de 2040.
Pourquoi les investisseurs reviennent-ils vers le quantique ?
La percée de Google sur la correction d'erreur fin 2024, l'entrée de NVIDIA au capital de plusieurs startups en 2025 et le soutien massif des États ont restauré la confiance. Le secteur passe d'une promesse lointaine à une trajectoire industrielle plus crédible.
Sources
-
Tracxn / The Quantum Insider, « Q1 2025 Quantum Technology Investment: What’s Driving the Surge? », The Quantum Insider, 27 mai 2025. https://thequantuminsider.com/2025/05/27/q1-2025-quantum-technology-investment-whats-driving-the-surge-in-quantum-investment/ ↩ ↩2 ↩3
-
Tracxn, « Global Quantum Computing Sees Strategic Rationalization and Infrastructure Scaling as 2025 Funding Hits Record $4.2B », Tracxn Report, janvier 2026. https://w.tracxn.com/report-releases/quantum-computing-report-2025 ↩ ↩2
-
Davide Castelvecchi, « ‘A truly remarkable breakthrough’: Google’s new quantum chip achieves accuracy milestone », Nature, 9 décembre 2024. https://www.nature.com/articles/d41586-024-04028-3 ↩
-
Quantinuum, « Honeywell Announces $600 Million Capital Raise for Quantinuum at $10b Pre-Money Equity Valuation », Quantinuum Press Release, 2025. https://www.quantinuum.com/press-releases/honeywell-announces-600-million-capital-raise-for-quantinuum-at-10b-pre-money-equity-valuation-to-advance-quantum-computing-at-scale ↩
-
The Quantum Insider, « China Launches $138 Billion Government-Backed Venture Fund, Includes Quantum Startups », The Quantum Insider, 7 mars 2025. https://thequantuminsider.com/2025/03/07/china-launches-138-billion-government-backed-venture-fund-includes-quantum-startups/ ↩
-
PatentPC, « Government Spending on Quantum Computing: Who’s Investing the Most? », PatentPC, 2025. https://patentpc.com/blog/government-spending-on-quantum-computing-whos-investing-the-most-latest-stats ↩ ↩2
-
The Quantum Insider, « U.S. Commission on China Calls for ‘Quantum First’ National Goal by 2030 », The Quantum Insider, 18 novembre 2025. https://thequantuminsider.com/2025/11/18/u-s-commission-on-china-calls-for-quantum-first-national-goal-by-2030-recommends-significant-funding/ ↩
-
MarketsandMarkets, « Quantum Computing Market Report 2025-2030 », MarketsandMarkets, 2025. https://www.marketsandmarkets.com/Market-Reports/quantum-computing-market-144888301.html ↩
-
BCC Research, « Global Quantum Computing Market to Grow 34.6% Annually Through 2030 », GlobeNewswire, 11 août 2025. https://www.globenewswire.com/news-release/2025/08/11/3131173/0/en/Global-Quantum-Computing-Market-to-Grow-34-6-Annually-Through-2030.html ↩
-
Brian D. Colwell, « 2025 Quantum Computing Industry Report and Market Analysis: The Race to $170B by 2040 », briandcolwell.com, 2025. https://briandcolwell.com/2025-quantum-computing-industry-report-and-market-analysis-the-race-to-170b-by-2040/ ↩ ↩2
-
McKinsey & Company, « Quantum technology investment hits a ‘magic moment’ », McKinsey & Company, 2025. https://www.mckinsey.com/capabilities/tech-and-ai/our-insights/tech-forward/quantum-technology-investment-hits-a-magic-moment ↩
Recevez nos analyses chaque mercredi.
Une synthèse hebdomadaire des dynamiques géopolitiques, technologiques et de défense.


