La stratégie climatique de la Chine : entre records verts et charbon
Premier émetteur mondial mais champion des renouvelables, la Chine a fixé en 2025 sa première cible d'émissions en valeur absolue. Décryptage d'un double jeu.

À retenir
- La Chine vise un pic de ses émissions de CO2 avant 2030 et la neutralité carbone avant 2060, soit une transition en trente ans.
- En novembre 2025, elle a publié sa première cible d'émissions en valeur absolue : une baisse de 7 à 10 % des gaz à effet de serre d'ici 2035.
- Les renouvelables ont fourni près de 40 % de l'électricité au premier semestre 2025 ; les émissions pourraient avoir atteint leur sommet cette année-là.
- Le charbon reste pourtant plus de 60 % de l'approvisionnement énergétique, et plusieurs observateurs jugent les engagements insuffisants.
La Chine est le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre au monde. C’est aussi celui qui installe le plus de panneaux solaires, vend le plus de voitures électriques et investit le plus dans l’énergie propre. Tout l’enjeu de sa stratégie climatique tient dans ce grand écart : décarboner à marche forcée sans renoncer à la croissance ni à la sécurité énergétique. En 2025, Pékin a franchi un cap historique — mais le charbon, lui, n’a pas disparu.
Un cap fixé en 2020, accéléré en 2025
Le point de départ remonte à septembre 2020. Xi Jinping promet alors que les émissions de CO2 de la Chine atteindront leur sommet avant 2030 et que le pays sera neutre en carbone avant 20601. L’engagement est ambitieux : là où la plupart des économies développées disposent de quarante à soixante-dix ans pour passer du pic à la neutralité, la Chine s’en accorde une trentaine1.
Cinq ans plus tard, l’horloge s’est emballée. Le 3 novembre 2025, Pékin a dévoilé sa troisième contribution déterminée au niveau national (NDC) sous l’Accord de Paris2. La nouveauté est majeure : pour la première fois, la Chine fixe une cible « absolue » de réduction de ses émissions, et non plus seulement une baisse de l’intensité carbone par unité de PIB2. L’objectif annoncé est une diminution de 7 à 10 % des gaz à effet de serre d’ici 2035, couvrant cette fois tous les gaz et non le seul dioxyde de carbone2. S’y ajoutent une part des énergies non fossiles portée à plus de 30 % de la consommation et un parc éolien et solaire de 3 600 gigawatts3.
La machine verte tourne à plein régime
Sur le terrain, la transformation est spectaculaire. Au premier semestre 2025, les renouvelables ont assuré près de 40 % de la production électrique chinoise4. Surtout, le Climate Action Tracker estime que 2025 pourrait marquer le pic des émissions de CO2 du pays, après un recul d’environ 1 % sur les six premiers mois de l’année — un basculement potentiellement en avance sur le calendrier officiel3.
Cette dynamique repose sur une industrie verte devenue colossale. En 2025, les investissements chinois dans l’énergie propre ont atteint environ 7 200 milliards de yuans, soit près de 1 000 milliards de dollars — quatre fois les sommes consacrées aux énergies fossiles5. Le trio des véhicules électriques, des batteries et du solaire concentre les deux tiers de la valeur ajoutée du secteur et attire plus de la moitié des investissements5. La Chine est désormais en passe de représenter 60 % des nouvelles capacités renouvelables installées dans le monde d’ici 2030, selon le Forum économique mondial4. Le pays a d’ailleurs déjà dépassé sa cible de 1 200 gigawatts d’éolien et de solaire qu’il s’était fixée pour 20304. La capacité solaire installée a quadruplé entre 2021 et 2025, égalant à elle seule l’ensemble du parc électrique américain5. Quant aux voitures électriques, elles sont passées de 6 % des ventes en 2020 à plus de 50 % en 20255. Résultat : l’énergie propre a généré plus d’un tiers de la croissance du PIB chinois en 20256.
Le charbon, l’angle mort persistant
Reste une ombre au tableau. Malgré ses records verts, la Chine demeure profondément accrochée au charbon, qui représente encore plus de 60 % de son approvisionnement énergétique5. Dans le nouveau « système énergétique » promu par Pékin, le charbon doit certes passer du statut de socle à celui d’appoint flexible5. Mais le 15e plan quinquennal ne fixe aucun calendrier pour cette bascule et se contente d’« encourager un pic » de la consommation de charbon — une formulation plus prudente que la promesse de Xi en 2021 de la « réduire progressivement »5.
Ce double langage nourrit les critiques. Le Conseil des affaires d’État a publié en novembre 2025 un livre blanc détaillant ses « plans et solutions » pour le pic et la neutralité carbone7, mais plusieurs partenaires jugent l’ambition trop faible. La commissaire européenne au climat a estimé que le plan chinois « reste bien en deçà » du nécessaire et rend les objectifs mondiaux « plus difficiles » à atteindre2. Pour le Council on Foreign Relations, les derniers engagements de Pékin « n’étaient pas à la hauteur » de ce qu’exigeait la COP308. Tout le paradoxe est là : la Chine décarbone vite chez elle tout en sécurisant ses approvisionnements, quitte à décevoir sur la scène internationale.
Une diplomatie verte à double détente
Cette stratégie n’est pas que domestique. En exportant massivement panneaux, batteries et véhicules électriques, la Chine façonne la transition énergétique mondiale et tisse des partenariats, notamment avec des pays en développement en quête d’énergie abordable. Ses fabricants de panneaux solaires ont exporté en 2025 une capacité équivalente à celle qu’ils ont installée sur le sol chinois, irriguant des marchés entiers en équipements bon marché5. Sa position de premier fournisseur de technologies propres lui confère un levier d’influence comparable, dans un autre registre, à celui qu’elle cultive via sa technologie agricole. Le climat est ainsi devenu un terrain de puissance autant qu’un enjeu environnemental.
Cette domination industrielle nourrit toutefois des tensions commerciales. États-Unis et Union européenne s’inquiètent d’une dépendance croissante à la technologie chinoise et multiplient enquêtes et droits de douane sur les véhicules électriques et le solaire importés. Pékin, de son côté, fait valoir que ses surcapacités abaissent le coût mondial de la décarbonation. Le débat illustre une nouvelle ligne de fracture : la transition énergétique est-elle un bien commun ou un avantage stratégique à protéger ?
Le contraste avec d’autres grands émetteurs est saisissant. Là où la stratégie climatique russe reste arrimée aux hydrocarbures, Pékin a fait du leadership vert un pilier de sa compétitivité future. Cette divergence pourrait redessiner les rapports de force énergétiques de la décennie à venir.
Un pic à confirmer
La stratégie climatique chinoise est un pari sur le temps long, traversé d’une contradiction assumée. D’un côté, des chiffres qui en font le moteur incontesté de la transition mondiale ; de l’autre, une dépendance au charbon que Pékin refuse de planifier à la baisse. Le signal décisif à surveiller en 2026 : la confirmation que les émissions ont bien plafonné en 2025 et entament une décrue durable. Si tel est le cas, la Chine aura prouvé qu’un grand pays industriel peut conjuguer croissance et décarbonation. Sinon, l’écart entre les promesses absolues et la réalité du charbon deviendra le vrai test de sa crédibilité.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quels sont les objectifs climatiques officiels de la Chine ?
Annoncés en 2020, ils prévoient que les émissions de CO2 culminent avant 2030 et que le pays atteigne la neutralité carbone avant 2060. La Chine se donne ainsi trente ans pour passer du pic à la neutralité, contre quarante à soixante-dix ans pour de nombreuses économies développées.
Qu'a annoncé la Chine en novembre 2025 ?
Sa troisième contribution déterminée au niveau national (NDC) sous l'Accord de Paris, et la première à fixer une cible absolue : une réduction de 7 à 10 % des gaz à effet de serre d'ici 2035, couvrant tous les gaz, avec un objectif de 3 600 gigawatts d'éolien et de solaire.
Les émissions chinoises ont-elles atteint leur sommet ?
Possiblement. Le Climate Action Tracker estime que 2025 pourrait marquer le pic des émissions de CO2 de la Chine, après un recul d'environ 1 % au premier semestre 2025, porté par la forte croissance des énergies propres.
Pourquoi parle-t-on de contradiction dans la stratégie chinoise ?
Parce que la Chine domine les technologies vertes tout en restant dépendante du charbon, qui représente plus de 60 % de son approvisionnement énergétique. Son nouveau plan quinquennal emploie un langage plus prudent sur la réduction du charbon que les engagements antérieurs de Xi Jinping.
Sources
-
« China poised to achieve carbon neutrality before 2060 goal », Institute for Business in Global Society, Harvard Business School, 2025. https://www.hbs.edu/bigs/china-poised-to-meet-carbon-neutrality-goal-before-2060 ↩ ↩2
-
« Q&A: What does China’s new Paris Agreement pledge mean for climate action? », Carbon Brief, 3 novembre 2025. https://www.carbonbrief.org/qa-what-does-chinas-new-paris-agreement-pledge-mean-for-climate-action/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4
-
« 2035 NDC — China », Climate Action Tracker, 2025. https://climateactiontracker.org/countries/china/2035-ndc/ ↩ ↩2
-
« Global energy transition: Tracking China’s falling emissions », World Economic Forum, juin 2025. https://www.weforum.org/stories/2025/06/clean-energy-china-emissions-peak/ ↩ ↩2 ↩3
-
« China Is Planning Decades Ahead on Clean Energy. The U.S. Has Other Priorities. », Council on Foreign Relations, 2026. https://www.cfr.org/articles/china-is-planning-decades-ahead-on-clean-energy-the-u-s-has-other-priorities ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7 ↩8
-
« Analysis: Clean energy drove more than a third of China’s GDP growth in 2025 », Carbon Brief, 2026. https://www.carbonbrief.org/analysis-clean-energy-drove-more-than-a-third-of-chinas-gdp-growth-in-2025/ ↩
-
« Carbon Peaking and Carbon Neutrality: China’s Plans and Solutions (livre blanc) », Conseil des affaires d’État de la République populaire de Chine, 8 novembre 2025. https://english.www.gov.cn/archive/whitepaper/202511/08/content_WS690ee812c6d00ca5f9a076cd.html ↩
-
« China’s Latest Climate Pledges Fall Short of What’s Needed at COP30 », Council on Foreign Relations, 2025. https://www.cfr.org/articles/chinas-latest-climate-pledges-fall-short-whats-needed-cop30 ↩
Recevez nos analyses chaque mercredi.
Une synthèse hebdomadaire des dynamiques géopolitiques, technologiques et de défense.


