Voitures électriques : l'empire chinois et ses fragilités
La Chine domine la voiture électrique mondiale, fait reculer sa dépendance au pétrole et avance vite, mais une guerre des prix menace tout un secteur.

À retenir
- En 2025, la Chine a vendu 16,49 millions de véhicules électrifiés, soit une hausse de 28 % sur un an.
- BYD a dépassé Tesla en ventes de voitures 100 % électriques et capté environ 18 % du marché mondial.
- Les constructeurs chinois contrôlent près de 69 % du marché mondial des batteries de voiture électrique.
- L'électrique a fait reculer la demande chinoise de pétrole, qui a baissé en 2024 pour la première fois en vingt ans.
- Une guerre des prix ruineuse menace la rentabilité du secteur et pousse Pékin à freiner la surcapacité.
En 2025, un seul constructeur chinois, BYD, a vendu plus de voitures 100 % électriques que Tesla. La nouvelle a valeur de symbole : la voiture électrique n’est plus une vitrine occidentale équipée de cellules asiatiques, c’est une industrie chinoise qui exporte ses modèles, ses batteries et ses standards. Derrière cette domination, pourtant, couve une crise qui pourrait redessiner tout le secteur.
Une domination devenue écrasante
Les chiffres donnent le vertige. En 2025, la Chine a écoulé 16,49 millions de véhicules à énergies nouvelles, en hausse de 28,2 % sur un an1. Le marché mondial, lui, a franchi pour la première fois la barre des 20,7 millions d’unités, plus d’une voiture neuve sur quatre vendue sur la planète2. La Chine en représente donc le cœur battant.
Au sommet trône BYD. Le groupe de Shenzhen a livré environ 4,6 millions de véhicules électrifiés dans le monde et capté quelque 18 % du marché mondial de l’électrique2. Surtout, il a dépassé Tesla en ventes de voitures purement électriques, avec 2,26 millions d’unités contre 1,64 million pour l’américain2. Sur son marché intérieur, BYD conserve la première place avec 27,2 % de parts, un recul par rapport aux 34,1 % de 2024 qui en dit long sur l’intensité de la concurrence locale1.
L’autre fait marquant de 2025, c’est la bascule vers l’international. Pour la première fois, BYD a écoulé plus d’un million de véhicules hors de Chine, soit plus du double de l’année précédente2. Sur le seul mois de novembre, ses ventes à l’étranger ont dépassé 130 000 unités, près de quatre fois le niveau d’un an plus tôt2. À l’échelle du pays, les exportations chinoises de véhicules électrifiés ont elles aussi doublé, à 2,62 millions d’unités1. La machine industrielle ne se contente plus de saturer le marché intérieur : elle cherche des débouchés partout, et la même rivalité aiguillonne, on le verra, l’industrie des semi-conducteurs.
La bataille gagnée des batteries
La vraie clé de voûte n’est pas la voiture, c’est la batterie. Entre janvier et octobre 2025, six fabricants chinois ont assuré 68,9 % des installations mondiales de batteries pour véhicules électriques, pour une capacité installée de 644,4 GWh3. CATL et BYD écrasent en particulier la technologie LFP, ces cellules au lithium-fer-phosphate moins coûteuses et plus robustes3.
L’avance est aussi technologique. CATL met en avant des batteries offrant environ 500 kilomètres d’autonomie pour cinq minutes de charge3, un argument qui balaie l’objection historique contre l’électrique. Cette maîtrise se traduit à l’export : en Europe, l’usage de batteries BYD a bondi de 216 % sur les dix premiers mois de 20253. Pékin a d’ailleurs commencé à protéger ce trésor industriel, en soumettant à licence l’exportation de certaines technologies de fabrication des cathodes et de raffinage des métaux4 — une arme commerciale qui rappelle ses leviers dans la monnaie numérique.
Moins de pétrole, moins de pollution
L’enjeu dépasse l’économie : il touche à la sécurité énergétique. Longtemps deuxième consommateur mondial de pétrole, la Chine voit l’électrique réduire sa dépendance. En 2024, sa demande de pétrole a reculé pour la première fois en vingt ans5. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande de carburants y a atteint un plateau, et le parc électrique chinois a évincé environ un million de barils par jour en 20255.
La trajectoire s’accélère. L’AIE estime que les véhicules électriques chinois pourraient évincer 2,7 millions de barils par jour d’ici 20305. À l’échelle mondiale, l’électrique évincerait alors plus de 5 millions de barils de diesel et d’essence par jour, et les voitures chinoises représenteraient à elles seules la moitié de ce pétrole déplacé5. La pénétration suit la même courbe ascendante : plus d’un tiers des voitures neuves vendues en Chine sont déjà électriques, et le pays pourrait franchir la barre des 50 % avant 20275. L’effet environnemental suit la même pente : chaque véhicule thermique remplacé, surtout dans des villes longtemps asphyxiées par la pollution, allège les émissions et améliore la qualité de l’air. Pékin vise un pic de ses émissions de CO₂ avant 2030 et la neutralité carbone avant 20605. L’électrification du parc est l’un de ses leviers les plus concrets.
Le revers : une guerre des prix ruineuse
Mais l’empire a sa faille. La concurrence intérieure a viré à la guerre des prix, au point que Pékin a forgé un mot, nei juan — « l’involution » — pour décrire cette compétition autodestructrice6. Les marges automobiles sont tombées à environ 4 % début 2025, leur plus bas niveau récent, et les prix de l’électrique ont reculé de près de 6 % sur un an6. Dans la batterie, le taux d’utilisation des capacités plafonne à 41 %6.
La pression se répercute sur toute la chaîne. Les marques exigent souvent de leurs fournisseurs des baisses de prix d’au moins 10 % chaque année, que ces derniers n’ont guère les moyens de refuser6. Le consommateur y gagne à court terme, mais l’écosystème s’épuise. Le déséquilibre est structurel. D’ici 2026, les constructeurs chinois pourraient disposer d’une capacité de 25 millions de véhicules par an, soit presque la demande mondiale entière6. Le tri sera brutal : selon des analyses du secteur, sur près de 130 marques d’électriques et d’hybrides rechargeables, une quinzaine seulement resteraient financièrement viables d’ici 20306. Le gouvernement a donc lancé une campagne « anti-involution », misant sur de nouvelles normes de sécurité en 2026 pour assainir le marché plutôt que sur des coupes autoritaires6. À l’export, les groupes chinois contournent les barrières — surtaxes européennes jusqu’à 35 %, droits américains de 100 % — en vendant des hybrides moins taxés et en bâtissant des usines au Brésil, en Turquie, en Hongrie et en Asie du Sud-Est7. Cette poussée nourrit aussi l’influence chinoise en Amérique latine.
Ce qu’il faut surveiller
La Chine a remporté la course industrielle de l’électrique : volumes, batteries, exportations, recul de la dépendance pétrolière. Le tableau n’a qu’une ombre, mais elle est large. La guerre des prix mine la rentabilité d’un secteur pourtant stratégique, et sa résolution dictera la suite. Le signal à guetter pour 2026 : la consolidation. Si Pékin parvient à réduire la surcapacité sans casser l’innovation, comme il l’espère pour son agriculture de pointe ou sa technologie agricole, il aura transformé une bulle en avantage durable. Sinon, la domination chinoise se paiera d’une vague de faillites retentissantes.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
La Chine domine-t-elle vraiment la voiture électrique ?
Oui, largement. En 2025, le pays a vendu 16,49 millions de véhicules électrifiés et ses constructeurs contrôlent près de 69 % du marché mondial des batteries. BYD a même dépassé Tesla en ventes de voitures 100 % électriques, signe d'un basculement industriel durable.
L'électrique réduit-il la dépendance chinoise au pétrole ?
Nettement. En 2024, la demande chinoise de pétrole a reculé pour la première fois en vingt ans. Selon l'Agence internationale de l'énergie, le parc électrique chinois a évincé environ un million de barils par jour en 2025, et le double est attendu d'ici 2030.
Pourquoi parle-t-on de crise dans le secteur ?
Une guerre des prix féroce a écrasé les marges, tombées à environ 4 % début 2025. Les capacités installées dépassent largement la demande mondiale. Des analystes estiment que sur près de 130 marques, une quinzaine seulement seront encore viables en 2030.
Comment les constructeurs chinois contournent-ils les droits de douane ?
L'Union européenne a imposé des surtaxes pouvant atteindre 35 % et les États-Unis 100 %. Les groupes chinois répliquent en exportant des hybrides, moins taxés, et en bâtissant des usines locales, notamment en Hongrie, en Turquie, au Brésil et en Asie du Sud-Est.
Sources
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Global Times, « China’s 2025 NEV wholesale sales rise 25% to 15.33 million units: data », Global Times, janvier 2026. https://www.globaltimes.cn/page/202601/1352337.shtml ↩ ↩2 ↩3
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CnEVPost, « Automakers’ share in China NEV market in 2025: BYD leads with 27.2%, Tesla 5th with 4.9% », CnEVPost, 12 janvier 2026. https://cnevpost.com/2026/01/12/automakers-share-china-nev-market-2025/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
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Carbon Credits, « China Now Controls 69% of the Global EV Battery Market as CATL and BYD Surge in 2025 », Carbon Credits, 2025. https://carboncredits.com/china-now-controls-69-of-the-global-ev-battery-market-as-catl-and-byd-surge-in-2025/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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CNN Business, « China puts new restrictions on EV battery technology in latest move to consolidate dominance », CNN, 17 juillet 2025. https://www.cnn.com/2025/07/17/business/china-new-export-controls-ev-battery-intl-hnk ↩
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International Energy Agency, « Oil demand for fuels in China has reached a plateau », IEA, 2025. https://www.iea.org/commentaries/oil-demand-for-fuels-in-china-has-reached-a-plateau ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
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CNN Business, « Chinese electric cars are going global. A cut-throat price war at home could kill off many of its brands », CNN, 26 septembre 2025. https://www.cnn.com/2025/09/26/cars/chinese-electric-cars-price-wars-intl-hnk-dst ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7
-
European Council on Foreign Relations, « EV endgame: Stalling China’s export surge in Europe’s southern neighbourhood », ECFR, 2025. https://ecfr.eu/publication/ev-endgame-stalling-chinas-export-surge-in-europes-southern-neighbourhood/ ↩
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