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Bases militaires chinoises : la poussée vers l'Afrique et l'océan Indien

De Djibouti à Ream, la Chine tisse un réseau de bases et de ports à double usage en Afrique et dans l'océan Indien. État des lieux d'une projection de puissance.

Par ISS2 janvier 2025, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 5 min
Installation portuaire et navale chinoise sur une côte stratégique, symbole de la projection militaire de Pékin.
Installation portuaire et navale chinoise sur une côte stratégique, symbole de la projection militaire de Pékin. (Image d'illustration IA © ISS 2025)

À retenir

  1. La Chine exploite depuis 2017 une base navale à Djibouti, dotée d'un quai capable d'accueillir un porte-avions.
  2. Selon le Pentagone, Pékin étudie des sites logistiques supplémentaires dans une combinaison de 21 pays.
  3. Un centre logistique conjoint a ouvert en avril 2025 à la base navale de Ream, au Cambodge.
  4. La Chine dispose d'intérêts dans plus de 95 ports mondiaux, dont une soixantaine dans l'océan Indien.
  5. L'Inde réplique par sa stratégie du « collier de diamants » et les exercices Malabar avec ses partenaires du Quad.

En décembre 2025, le Pentagone a livré un chiffre qui résume l’ambition de Pékin : la Chine envisage d’implanter de nouveaux sites logistiques militaires dans une combinaison de 21 pays, à travers l’océan Indien, l’Afrique et le Pacifique occidental1. Une seule base permanente existe pour l’instant, à Djibouti. Mais le maillage qui se dessine, fait de ports commerciaux et d’accords discrets, redessine déjà les équilibres de tout l’océan Indien.

Djibouti, la tête de pont d’une stratégie globale

Tout a commencé sur la Corne de l’Afrique. En 2017, la Chine a inauguré à Djibouti sa première base navale outre-mer, où stationnent désormais quelque 2 000 militaires2. L’installation n’a rien d’un poste symbolique : son quai peut accueillir un porte-avions, d’autres grands bâtiments de combat et des sous-marins3. Elle jouxte le port polyvalent de Doraleh, développé par des entreprises chinoises, illustration du lien entre infrastructures civiles et projection militaire.

L’emprise économique précède et accompagne l’emprise militaire. La Chine détient plus de 70 % de la dette de Djibouti et loue le port pour vingt millions de dollars par an depuis 20164. Ce cumul nourrit le débat récurrent sur la « diplomatie du piège de la dette » et la crainte d’un effet de levier excessif sur les décisions du petit État. Cette logique prolonge celle de l’influence économique de la Chine en Afrique, où le commerce et le crédit ouvrent la voie à une présence stratégique durable.

De Ream à l’Atlantique, l’expansion s’accélère

La base de Djibouti n’est plus un cas isolé. Selon le rapport annuel du Pentagone publié en décembre 2025, la Chine développe un centre logistique et d’entraînement conjoint à la base navale de Ream, au Cambodge, ouvert en avril 20251. Au-delà, Pékin chercherait surtout des accès le long des routes maritimes vitales, notamment le détroit de Malacca et le détroit d’Ormuz, par lesquels transitent chacun plus de 20 millions de barils de pétrole par jour1.

Le Pentagone précise la grille de lecture : Pékin serait « probablement le plus intéressé » par des accès militaires le long des routes maritimes vitales, à commencer par les détroits de Malacca et d’Ormuz1. Un réseau logistique outre-mer permettrait aussi à la Chine de surveiller les forces américaines, elles-mêmes dotées d’un maillage mondial — y compris à Djibouti, où les deux puissances cohabitent à quelques kilomètres1.

Sur la façade africaine, les spéculations se concentrent depuis des années sur une éventuelle base atlantique, en Guinée équatoriale, en Angola ou en Namibie5. Une telle implantation donnerait à la Chine, pour la première fois, une présence militaire permanente sur l’Atlantique5. La piste équato-guinéenne n’est pas fortuite : dès 2006, une banque chinoise et le gouvernement local avaient signé un accord de crédit de deux milliards de dollars pour développer le port en eau profonde de Bata6. Le Conseil européen des relations internationales y voit le signe d’une nouvelle phase de la politique africaine de Pékin, déterminée à se doter d’une force capable de projeter sa puissance loin de ses côtes7. Cette dynamique s’inscrit dans le prolongement des conséquences des nouvelles routes de la soie, dont l’Afrique est la première composante régionale.

Le « collier de perles » resserre l’océan Indien

Dans l’océan Indien, la stratégie chinoise porte un nom : le « collier de perles ». Il s’agit d’une chaîne d’infrastructures portuaires et navales reliant les principales voies maritimes — Gwadar au Pakistan, Hambantota au Sri Lanka, Kyaukpyu au Myanmar, et plusieurs points d’Afrique de l’Est8. Chaque « perle » offre une capacité de ravitaillement et, en cas de crise, un point d’appui potentiel pour les forces navales. En 2025, la Chine disposait d’intérêts dans plus de 95 ports dans le monde, dont une soixantaine dans le seul bassin de l’océan Indien8.

La présence n’est plus seulement statique. En 2024 et début 2025, la marine chinoise a multiplié les exercices dans des eaux stratégiques : mer d’Arabie, golfe d’Oman, détroit de Malacca, canal du Mozambique et mer Rouge8. Pékin a aussi resserré ses liens sécuritaires avec les voisins de l’Inde, signant un accord avec les Maldives, envoyant une délégation militaire au Sri Lanka et menant son tout premier exercice conjoint avec le Bangladesh9. La crainte des ports à double usage reste centrale, comme l’analyse le développement des installations portuaires chinoises : des sites présentés comme commerciaux, mais reconvertibles en escales militaires.

La riposte indienne : un « collier de diamants »

Face à cet encerclement perçu, l’Inde n’est pas restée passive. New Delhi déploie une contre-stratégie surnommée le « collier de diamants », cherchant à nouer ses propres accès navals à Oman, en Indonésie, au Vietnam et en Iran9. L’Inde s’appuie aussi sur sa position aux îles Andaman-et-Nicobar et sur ses partenariats au sein du Quad, avec les États-Unis, le Japon et l’Australie.

Les exercices Malabar incarnent cette réponse coordonnée : entraînements de groupes aéronavals, lutte anti-sous-marine et patrouilles conjointes dans l’océan Indien9. La rivalité s’organise donc en miroir, chaque camp cherchant à sécuriser les mêmes détroits. Le Centre d’études stratégiques et internationales souligne que cette compétition maritime touche directement la sécurité des approvisionnements énergétiques mondiaux10. Elle s’inscrit, plus largement, dans une montée en puissance globale dont l’expansion de l’arsenal nucléaire chinois est un autre volet.

Le maillage à surveiller plutôt que les bases

L’influence militaire chinoise en Afrique et dans l’océan Indien ne se mesure plus au nombre de bases — il n’y en a officiellement qu’une — mais à la densité d’un réseau. Ports civils reconvertibles, accords sécuritaires, exercices répétés : la projection se construit par petites touches, souvent sous couvert d’intérêts commerciaux. Le véritable signal à guetter n’est pas l’annonce spectaculaire d’une seconde base, mais la lente accumulation de points d’appui logistiques dans les 21 pays cités par le Pentagone. À l’horizon 2027, échéance que l’armée chinoise s’est fixée pour atteindre ses objectifs stratégiques majeurs1, la question n’est plus de savoir si Pékin projette sa puissance au loin, mais jusqu’où — et avec quelle réponse de l’Inde et de l’Occident.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Combien de bases militaires la Chine possède-t-elle à l'étranger ?

Officiellement une seule base permanente, à Djibouti, ouverte en 2017. Mais le Pentagone estime que Pékin développe un centre logistique conjoint à Ream, au Cambodge, ouvert en avril 2025, et étudie des sites supplémentaires dans une combinaison de 21 pays d'Afrique, de l'océan Indien et du Pacifique occidental.

Qu'est-ce que la stratégie du « collier de perles » ?

C'est le nom donné par les analystes au réseau d'infrastructures portuaires et navales chinoises s'étirant à travers l'océan Indien. Il relie des points stratégiques comme Gwadar au Pakistan, Hambantota au Sri Lanka et Kyaukpyu au Myanmar, permettant à la Chine de ravitailler et, en cas de crise, de projeter ses forces.

Pourquoi parle-t-on de ports à double usage ?

De nombreux ports commerciaux construits par des entreprises chinoises peuvent être reconvertis pour un usage militaire. Le lien étroit entre ces firmes et l'armée populaire de libération nourrit la crainte que des installations présentées comme purement commerciales servent un jour de points d'appui navals.

Comment l'Inde réagit-elle ?

New Delhi développe une contre-stratégie surnommée le « collier de diamants », cherchant à nouer des accès navals à Oman, en Indonésie, au Vietnam et en Iran. L'Inde multiplie aussi les exercices Malabar avec les États-Unis, le Japon et l'Australie dans le cadre du Quad.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. USNI News, « Pentagon Annual Report on Chinese Military and Security Developments », USNI News, 24 décembre 2025. https://news.usni.org/2025/12/24/pentagon-annual-report-on-chinese-military-and-security-developments-2 2 3 4 5 6

  2. United States Institute of Peace, « Is China Eyeing a Second Military Base in Africa? », USIP, janvier 2024. https://www.usip.org/publications/2024/01/china-eyeing-second-military-base-africa

  3. Congressional Research Service, « China’s Engagement in Djibouti », Congress.gov, 2025. https://www.congress.gov/crs-product/IF11304

  4. The Africa Report, « Is Africa undercutting its sovereignty with China’s debt-trap diplomacy? », The Africa Report, 2024. https://www.theafricareport.com/230524/is-africa-undercutting-its-sovereignty-with-chinas-debt-trap-diplomacy/

  5. Africa Center for Strategic Studies, « Considerations for a Prospective New Chinese Naval Base in Africa », Africa Center, 2024. https://africacenter.org/spotlight/considerations-prospective-chinese-naval-base-africa/ 2

  6. Foreign Policy, « Fears of a Chinese Naval Base in West Africa Are Overblown », Foreign Policy, 3 mars 2022. https://foreignpolicy.com/2022/03/03/china-pla-navy-base-west-africa-atlantic-equatorial-guinea/

  7. European Council on Foreign Relations, « China’s new military base in Africa: What it means for Europe and America », ECFR, 2024. https://ecfr.eu/article/chinas-new-military-base-in-africa-what-it-means-for-europe-and-america/

  8. BakuNetwork, « “String of Pearls”: China’s Oceanic Gambit », BakuNetwork, 2025. https://www.bakunetwork.org/en/news/analytics/14332 2 3

  9. The Friday Times, « The String Of Pearls And Global Unrest », The Friday Times, 7 janvier 2026. https://www.thefridaytimes.com/07-Jan-2026/string-pearls-global-unrest 2 3

  10. Center for Strategic and International Studies, « Security Implications of China’s Military Presence in the Indian Ocean », CSIS, 2025. https://www.csis.org/analysis/security-implications-chinas-military-presence-indian-ocean

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