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L'influence économique de la Chine en Afrique : un partenariat sous tension

Commerce record à 295 milliards, droits de douane supprimés, dette en débat : où en est l'influence économique de la Chine en Afrique après le FOCAC 2024 ?

Par ISS10 décembre 2024, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 6 min
Chantier d'infrastructure financé par la Chine dans une ville africaine.
Chantier d'infrastructure financé par la Chine dans une ville africaine. (Image d'illustration IA © ISS 2024)

À retenir

  1. Le commerce sino-africain a atteint un record de 295,6 milliards de dollars en 2024.
  2. Au sommet FOCAC de Pékin (2024), la Chine a promis 50 milliards de dollars sur trois ans.
  3. Depuis décembre 2024, Pékin accorde des droits de douane nuls aux 53 pays africains qui le reconnaissent diplomatiquement.
  4. La dette africaine envers la Chine alimente un débat : les recherches récentes nuancent fortement la thèse du « piège ».
  5. Le modèle chinois évolue vers des projets plus ciblés, après des années de méga-chantiers financés par la dette.

Près de 296 milliards de dollars. C’est le montant record qu’a atteint le commerce entre la Chine et l’Afrique en 20241. En deux décennies, Pékin s’est imposé comme le partenaire économique incontournable du continent, transformant des dynamiques d’échange anciennes. Mais derrière les chiffres spectaculaires, la relation entre dans une phase plus mûre — et plus scrutée.

Un partenaire devenu central

La Chine est aujourd’hui de loin le premier partenaire commercial de l’Afrique, loin devant les États-Unis et l’Union européenne. Le premier trimestre 2025 a confirmé l’élan, avec 72,6 milliards de dollars d’échanges, en hausse de 2,7 % sur un an1. Cette présence repose sur un cadre institutionnel solide : le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), qui structure le dialogue depuis l’an 2000.

Au sommet de Pékin, en 2024, la Chine a renouvelé son engagement avec une promesse de 50 milliards de dollars sur trois ans : 29 milliards de prêts, 11 milliards d’aide et 10 milliards d’investissements2. Xi Jinping y a défini dix domaines prioritaires pour 2025-2027, du commerce à la santé en passant par la croissance verte2. L’attractivité du modèle chinois tient à un principe affiché de non-ingérence, qui séduit des dirigeants lassés des conditionnalités occidentales.

La mise en œuvre a suivi rapidement. Depuis le sommet, Pékin a fourni à la partie africaine plus de 130 milliards de yuans de soutien financier et près de 140 milliards de yuans de couverture d’assurance pour les projets sino-africains3. Ce volontarisme tranche avec la lenteur souvent reprochée aux bailleurs traditionnels. Mais il nourrit aussi un débat : ces engagements relèvent-ils du don, du prêt ou de l’investissement intéressé ? La frontière est parfois floue, et c’est précisément cette ambiguïté qui alimente les critiques comme les éloges.

Le tournant des droits de douane nuls

La mesure phare de ce nouveau cycle est commerciale. Depuis le 1er décembre 2024, Pékin accorde un accès sans droits de douane aux produits des pays africains les moins avancés qui le reconnaissent diplomatiquement3. À partir de mai 2025, vingt pays africains non classés parmi les moins avancés en bénéficient également, ce qui étend l’avantage aux 53 États du continent liés à la Chine3.

L’enjeu est de taille : il s’agit de rééquilibrer, au moins symboliquement, une relation commerciale souvent déséquilibrée. Car les exportations africaines vers la Chine restent dominées par les matières premières — pétrole, cuivre, cobalt — tandis que le continent importe surtout des produits manufacturés1. Reste à savoir si la franchise douanière permettra aux économies africaines de diversifier réellement leurs ventes.

Des infrastructures aux promesses ambivalentes

L’empreinte chinoise la plus visible demeure le béton : routes, ponts, chemins de fer, ports. Ces chantiers répondent à des besoins criants, mais leur bilan divise. Ils stimulent la croissance à court terme, tout en soulevant des questions de durabilité, de qualité et de transfert de compétences. Les entreprises chinoises sont régulièrement accusées de privilégier leur propre main-d’œuvre, laissant peu d’opportunités locales4.

Cette stratégie d’infrastructures s’inscrit dans l’initiative Belt and Road et rejoint les investissements chinois dans les infrastructures critiques des pays en développement. Elle s’accompagne d’une présence sécuritaire croissante, comme le montre l’essor des bases militaires chinoises en Afrique et dans l’océan Indien, au point que volet économique et volet stratégique deviennent indissociables.

L’impact sur les économies locales reste, lui aussi, ambivalent. D’un côté, l’arrivée des capitaux chinois a créé des emplois, diffusé des technologies et comblé des déficits d’infrastructures criants. De l’autre, la concurrence des produits chinois peut fragiliser les petites entreprises africaines, et le déséquilibre commercial — matières premières exportées contre biens manufacturés importés — limite la montée en gamme industrielle du continent. Cette structure d’échange expose aussi les économies africaines aux soubresauts du marché mondial des matières premières, un risque que la franchise douanière ne suffira pas, à elle seule, à corriger.

La question de la dette, sans caricature

Aucun débat n’est plus vif que celui du « piège de la dette ». Les chiffres inquiètent : en 2025, les 75 pays les plus pauvres doivent rembourser à la Chine environ 22 milliards de dollars, sur une dette globale due cette année-là de 35 milliards5. Une douzaine d’États africains, dont le Kenya, sont en situation de surendettement6.

Mais la thèse d’un piège délibérément tendu par Pékin est de plus en plus contestée par la recherche. Plusieurs travaux récents trouvent « peu de preuves d’un endettement orchestré » et soulignent le rôle actif des États africains dans la négociation de ces accords6. Entre 2000 et 2019, la Chine a même annulé 3,4 milliards de dollars de dette africaine et en a refinancé 15 milliards, selon l’université Johns Hopkins6. La réalité est donc plus nuancée qu’un récit binaire : ni générosité désintéressée, ni complot d’asservissement, mais un rapport de force où l’Afrique n’est pas dépourvue de marges de manœuvre.

Un modèle qui se recompose

Sous l’effet de cette pression sur la dette — l’encours extérieur chinois dépasse désormais 1 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale5 —, Pékin ajuste sa stratégie. Aux méga-chantiers financés à crédit succèdent des projets plus ciblés, davantage tournés vers le commerce, la santé et le numérique. Cette évolution s’accompagne d’initiatives financières comme les outils de monnaie numérique chinois, qui pourraient à terme faciliter les règlements bilatéraux hors du dollar.

L’influence économique chinoise s’inscrit aussi dans une projection de puissance plus large, dont la modernisation militaire de la Chine constitue l’autre face. Pour l’Afrique, l’enjeu est de capter les bénéfices de ce partenariat tout en préservant sa souveraineté économique.

Ce qu’il faudra surveiller

La relation sino-africaine n’est ni le miracle vanté par Pékin ni le piège dénoncé par ses critiques. Elle se joue dans la capacité des gouvernements africains à négocier des accords équilibrés. Le signal à surveiller dans les prochains mois ? L’effet réel de la franchise douanière sur les exportations africaines et la trajectoire des remboursements de dette en 2026. C’est là, plus que dans les discours de sommet, que se mesurera la maturité de ce partenariat.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel est le volume du commerce entre la Chine et l'Afrique ?

En 2024, le commerce sino-africain a atteint un record de 295,6 milliards de dollars. Le premier trimestre 2025 a confirmé la tendance avec 72,6 milliards de dollars, en hausse de 2,7 % sur un an. La Chine demeure de loin le premier partenaire commercial du continent africain.

Qu'a promis la Chine au sommet FOCAC de 2024 ?

À Pékin, la Chine a promis 50 milliards de dollars sur trois ans : 29 milliards de prêts, 11 milliards d'aide et 10 milliards d'investissements publics et privés. Xi Jinping a défini dix domaines prioritaires de coopération pour 2025-2027, dont le commerce, l'industrie, la santé et la croissance verte.

La Chine pratique-t-elle un « piège de la dette » en Afrique ?

La thèse du piège délibéré est très débattue. Plusieurs travaux récents trouvent peu de preuves d'un endettement orchestré et soulignent le rôle actif des États africains. Entre 2000 et 2019, la Chine a annulé 3,4 milliards de dollars de dette africaine et en a refinancé 15 milliards, selon l'université Johns Hopkins.

En quoi consiste la politique de droits de douane nuls ?

Depuis le 1er décembre 2024, la Chine accorde un accès sans droits de douane aux produits des pays africains les moins avancés qui la reconnaissent. À partir de mai 2025, vingt pays africains non classés parmi les moins avancés en bénéficient aussi, étendant l'avantage aux 53 États du continent liés à Pékin.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Capital Ethiopia, « FOCAC 2025: China and Africa deepen ties with new tariff-free trade, investment, and solidarity initiatives », Capital Ethiopia, 15 juin 2025. https://capitalethiopia.com/2025/06/15/focac-2025-china-and-africa-deepen-ties-with-new-tariff-free-trade-investment-and-solidarity-initiatives/ 2 3

  2. Brookings Institution, « 2024 FOCAC Beijing Summit: A new chapter? », Brookings, 2024. https://www.brookings.edu/articles/2024-focac-beijing-summit-a-new-chapter/ 2

  3. Forum on China-Africa Cooperation, « China implements zero-tariff policy for 53 African countries », FOCAC, 15 août 2025. http://www.focac.org/eng/zfgx_4/jmhz/202508/t20250815_11690877.htm 2 3

  4. rpublc, « Is China’s Belt and Road Initiative in Africa a Development Catalyst or Debt Trap? », rpublc, 2025. https://rpublc.com/africa-2/china-belt-and-road-initiative-africa/

  5. Al Jazeera, « ‘Tidal wave’: How 75 nations face Chinese debt crisis in 2025 », Al Jazeera, 28 mai 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/5/28/tidal-wave-how-75-nations-face-chinese-debt-crisis-in-2025 2

  6. ScienceDirect, « Examining the sustainability of African debt owed to China in the context of debt-trap diplomacy », Social Sciences & Humanities Open / ScienceDirect, 2024. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2468227624001091 2 3

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