Les milices pro-iraniennes au Liban : le Hezbollah à l'épreuve
Décapité en 2024, sommé de désarmer en 2025 : le Hezbollah, bras libanais de l'Iran, traverse sa crise la plus grave. État des lieux factuel et à jour.

À retenir
- Fondé dans les années 1980 avec le soutien de l'Iran, le Hezbollah est devenu un acteur politique et militaire majeur du Liban.
- En 2024, Israël a porté des coups dévastateurs au mouvement : attaque des bipeurs, mort de Hassan Nasrallah, milliers de victimes.
- Un cessez-le-feu a été conclu en novembre 2024, suivi de l'élection d'un président, Joseph Aoun, favorable au monopole de l'État sur les armes.
- En 2025, le gouvernement libanais a lancé un processus de désarmement, que le Hezbollah rejette tant qu'Israël occupe le sud.
- Affaibli mais pas anéanti, le mouvement reste au cœur de la fracture libanaise et de l'influence iranienne au Levant.
En l’espace de quelques jours de septembre 2024, le mouvement le plus puissant du Liban a vu son monde s’effondrer. Des milliers de bipeurs ont explosé dans les mains de ses combattants, son chef historique a été tué sous un déluge de bombes, et son aura d’invincibilité s’est dissipée d’un coup. Deux ans plus tard, le Hezbollah, bras libanais de l’Iran et longtemps considéré comme le plus redoutable acteur non étatique du Moyen-Orient, livre une bataille d’un genre nouveau : celle de sa survie politique et de son désarmement.
Un État dans l’État
Pour comprendre l’onde de choc, il faut mesurer ce que le Hezbollah représentait. Fondé dans les années 1980 avec le soutien des Gardiens de la Révolution, le « Parti de Dieu » est devenu bien plus qu’une milice : un parti siégeant au Parlement, participant aux gouvernements, et disposant d’une force militaire supérieure à celle de l’armée libanaise. Cette dualité en faisait un véritable État dans l’État, capable de défier l’autorité centrale et d’orienter la politique étrangère du pays.
Son ascension illustre la réussite de l’utilisation par l’Iran de forces mandataires. Pièce maîtresse de l’« axe de la résistance », le Hezbollah était l’aboutissement de décennies de soutien iranien : financement, armement, formation. Il incarnait la capacité de Téhéran à projeter sa puissance jusqu’aux frontières d’Israël. C’est précisément cette position qui a fait de lui une cible prioritaire.
Le Hezbollah n’était d’ailleurs pas le seul groupe pro-iranien au Liban. Le mouvement Amal, allié plus ancien, et diverses factions chiites gravitaient dans son orbite, formant un écosystème militant qui démultipliait l’influence de Téhéran. Mais aucun n’approchait la puissance du « Parti de Dieu », dont l’arsenal — estimé avant la guerre à plus de cent mille roquettes et missiles — faisait peser une menace stratégique directe sur Israël et constituait, aux yeux de l’Iran, une force de dissuasion avancée précieuse.
L’année terrible
Le basculement intervient en 2024. Le 17 septembre, une opération israélienne d’une audace inédite fait exploser simultanément des milliers de bipeurs piégés appartenant à des membres du Hezbollah : environ 13 morts et près de 4 000 blessés, dont beaucoup grièvement1. Le renseignement israélien avait réussi à infiltrer la chaîne d’approvisionnement du mouvement1. Le choc psychologique est immense : l’organisation découvre qu’elle est pénétrée jusque dans ses objets du quotidien. Des centaines de survivants, mutilés ou aveuglés, témoigneront ensuite des séquelles durables de cette attaque sans précédent dans l’histoire des conflits.
Dix jours plus tard, le coup de grâce. Le 27 septembre, Israël largue quelque 80 bombes anti-bunker sur la banlieue sud de Beyrouth, tuant le secrétaire général Hassan Nasrallah, figure tutélaire du mouvement depuis 19922. En douze jours, une grande partie du commandement est décapitée et plus de mille personnes périssent au Liban sous les frappes2. La guerre s’achève par un cessez-le-feu en novembre 2024, laissant un Hezbollah exsangue et un Liban traumatisé. Cet affaiblissement s’inscrit dans la débâcle plus large de l’appareil mandataire iranien en Syrie, dont la chute a privé le mouvement de sa profondeur logistique.
La bataille du désarmement
Affaibli militairement, le Hezbollah l’est aussi politiquement. En janvier 2025, le nouveau président libanais Joseph Aoun, élu après une longue vacance, fait du monopole de l’État sur les armes un objectif central de son mandat3. En août 2025, son gouvernement demande à l’armée libanaise d’élaborer un plan pour établir ce monopole d’ici décembre 20253. Pour la première fois depuis des décennies, l’État libanais ose poser ouvertement la question du désarmement du mouvement.
La réponse du Hezbollah est un refus catégorique. Il qualifie la décision gouvernementale de « péché grave » et déclare la traiter « comme si elle n’existait pas »4. Son argument : il ne déposera pas les armes tant que les forces israéliennes occuperont le sud du Liban, et un désarmement affaiblirait selon lui les défenses du pays4. Sur le terrain, la mise en œuvre se heurte aux réalités : les troupes libanaises réagiraient de façon sélective aux renseignements transmis, évitant les sites que le Hezbollah juge sensibles3. Fin 2025, Beyrouth affirmait néanmoins que la première phase du désarmement était « proche d’être achevée », tandis qu’une deuxième phase, plus délicate au nord du fleuve Litani, était annoncée comme nécessitant environ quatre mois supplémentaires début 20265.
Cette lenteur a un coût. Pour plusieurs analystes, l’incapacité de l’État libanais à imposer rapidement son monopole sur les armes prolonge l’insécurité et expose le pays à de nouvelles frappes israéliennes, Israël continuant de viser des positions du Hezbollah malgré le cessez-le-feu6. Le Liban se trouve ainsi pris en étau, entre un mouvement qui refuse de désarmer et un voisin qui sanctionne militairement toute reconstitution de ses capacités. Cette dynamique rappelle celle observée ailleurs, notamment avec les milices pro-iraniennes en Irak, où la question du monopole étatique sur la force reste tout aussi explosive.
Un acteur affaibli mais irremplaçable
Malgré ces revers, il serait prématuré d’enterrer le Hezbollah. Le mouvement conserve une base sociale solide au sein de la communauté chiite, des élus, et un arsenal résiduel encore considérable. Sa capacité à survivre politiquement, même décapité, témoigne de son enracinement dans le tissu libanais. L’influence iranienne au Liban, elle, est diminuée mais loin d’être nulle : la rupture du corridor terrestre via la Syrie complique le réapprovisionnement, sans le rendre impossible.
L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule dimension militaire. Le Hezbollah s’appuie sur un vaste réseau d’institutions sociales — écoles, hôpitaux, aides financières — qui lui assure une loyauté difficile à démanteler par la seule force. Dans un pays ravagé par l’une des pires crises économiques de son histoire, où l’État peine à fournir les services de base, cette toile sociale constitue un atout politique majeur. Désarmer le mouvement sans répondre aux besoins de sa base reviendrait à traiter le symptôme en ignorant la cause, ce qui explique la prudence de Beyrouth autant que la résilience du « Parti de Dieu ».
Le défi pour le Liban reste entier. Le désarmement du Hezbollah, s’il aboutissait, marquerait un tournant historique vers la restauration de la souveraineté de l’État. Mais un mouvement acculé peut aussi se radicaliser, et les tensions confessionnelles que sa présence exacerbe demeurent vives. Le signal à surveiller est le rythme de la deuxième phase du désarmement et la réaction du Hezbollah : acceptera-t-il une transformation en parti purement politique, ou s’arc-boutera-t-il sur ses armes au risque d’une nouvelle confrontation ? L’avenir du Liban, et une part de l’influence iranienne au Levant, se jouent dans cette réponse.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quel rôle le Hezbollah joue-t-il au Liban ?
Le Hezbollah est à la fois un parti politique, présent au Parlement et au gouvernement, et une organisation militaire plus puissante que l'armée libanaise. Soutenu par l'Iran, il a longtemps fonctionné comme un État dans l'État, défiant l'autorité centrale et orientant la politique étrangère du pays.
Quels coups le Hezbollah a-t-il subis en 2024 ?
Une série de revers historiques : l'attaque des bipeurs piégés en septembre 2024, qui a fait environ 13 morts et 4 000 blessés, puis la mort de son chef Hassan Nasrallah dans une frappe sur Beyrouth, ainsi que l'élimination d'une grande partie de son commandement. Un cessez-le-feu a suivi en novembre 2024.
Le Hezbollah va-t-il désarmer ?
Le gouvernement libanais, sous le président Joseph Aoun, a lancé en 2025 un processus visant le monopole de l'État sur les armes. Le Hezbollah refuse de désarmer tant qu'Israël occupe le sud du pays et qualifie cette décision de « péché grave ». Le processus avance lentement et de façon contestée.
Que reste-t-il de l'influence iranienne au Liban ?
Elle est affaiblie mais persistante. La rupture du corridor terrestre via la Syrie, après la chute d'Assad, complique le réapprovisionnement du Hezbollah. Mais le mouvement conserve une base sociale, des élus et un arsenal résiduel, ce qui en fait un acteur incontournable de la vie libanaise.
Sources
-
« Lebanon’s terrible year: From exploding pagers to Israeli occupation », Al Jazeera, 17 septembre 2025. https://www.aljazeera.com/features/2025/9/17/lebanons-terrible-year-from-exploding-pagers-to-israeli-occupation ↩ ↩2
-
« From pager blasts to Nasrallah’s killing: 12 days that transformed a bloody conflict », NPR, 29 septembre 2024. https://www.npr.org/2024/09/29/g-s1-25348/israel-hezbollah-lebanon-hassan-nasrallah-timeline ↩ ↩2
-
« Lebanon 2025: Plans to disarm Hezbollah », House of Commons Library, 2025. https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-10347/ ↩ ↩2 ↩3
-
« Hezbollah to treat Lebanon’s disarmament decision ‘as if it does not exist’ », Al Jazeera, 6 août 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/8/6/hezbollah-to-treat-lebanons-disarmament-decision-as-if-it-does-not-exist ↩ ↩2
-
« Lebanon sets four months for second phase of Hezbollah disarmament », Al Jazeera, 17 février 2026. https://www.aljazeera.com/news/2026/2/17/lebanon-says-four-months-needed-for-second-phase-of-hezbollah-disarmament ↩
-
« Lebanon’s Failure to Disarm Hezbollah Comes With a Price », The Washington Institute for Near East Policy, 2026. https://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/lebanons-failure-disarm-hezbollah-comes-price ↩
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