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Vieillissement et dénatalité : le pays qui rétrécit

Natalité au plus bas, dépopulation des campagnes, société super-âgée, immigration record : le Japon affronte un effondrement démographique aux lourdes conséquences.

Par ISS5 juin 2026Lecture 10 min
Une rue d'un village japonais à demi désert, maisons traditionnelles aux volets clos et personnes âgées marchant lentement, symboles du vieillissement et de la dépopulation de l'archipel.
Une rue d'un village japonais à demi désert, maisons traditionnelles aux volets clos et personnes âgées marchant lentement, symboles du vieillissement et de la dépopulation de l'archipel. (Image d'illustration IA © ISS 2026)

À retenir

  1. En 2025, le Japon a enregistré 671 236 naissances pour des nationaux et un taux de fécondité de 1,14, deux nouveaux records de faiblesse ; les décès dépassent les naissances depuis dix-neuf ans d'affilée.
  2. Près de 30 % de la population a plus de 65 ans : avec 29,4 %, l'archipel est la société la plus âgée du monde, et un habitant sur dix a plus de 80 ans.
  3. Le pays compte près de 3,85 millions de logements abandonnés, les *akiya*, et des villages entiers menacés de disparition.
  4. Faute de bras, le Japon a accueilli un nombre record de 2,57 millions de travailleurs étrangers fin 2025, tout en voyant monter un rejet politique de l'immigration.
  5. Robots de soin, recul de l'âge de la retraite, baisse programmée des pensions : Tokyo improvise des réponses à un déclin qui érode sa puissance économique et militaire.

À Tokyo, la maternité d’un quartier huppé a fermé faute de berceaux à remplir ; à six heures de route au nord, dans un hameau de l’Akita, le dernier enfant est né il y a une décennie et les volets de la moitié des maisons restent clos. Entre ces deux scènes se joue l’un des grands drames silencieux du siècle : un pays riche, en paix, à la pointe de la technologie, qui se vide de ses habitants. En 2025, le Japon a compté moins de 672 000 naissances et plus de 1,5 million de décès. Chaque année, l’archipel perd l’équivalent d’une grande ville. Et nul ne sait comment l’arrêter.

Une natalité qui bat chaque année son propre record de faiblesse

Les chiffres tombent, et chaque fois ils déçoivent les prévisions. En 2024, le nombre de naissances est passé pour la première fois sous la barre des 700 000, à 686 061, en recul pour la neuvième année consécutive1. L’indice conjoncturel de fécondité — le nombre moyen d’enfants par femme — est descendu à 1,15, très loin du seuil de renouvellement des générations, fixé autour de 2,11. À Tokyo, il est tombé sous 1, à 0,96 : la capitale, pourtant aimant à jeunes adultes, est l’endroit où l’on fait le moins d’enfants1.

Les données préliminaires de 2025 confirment la glissade. Le pays a enregistré 671 236 naissances pour des ressortissants japonais, un dixième record annuel d’affilée, et un indice de fécondité ramené à 1,142. Surtout, les décès — près de 1,59 million — dépassent les naissances de plus de 918 000, soit la dix-neuvième année consécutive de décroissance naturelle2. Le nombre d’enfants de moins de quinze ans est tombé à 13,29 millions, en baisse pour la quarante-cinquième année de suite2.

Le plus frappant tient au rythme. La crise démographique japonaise avance avec environ quinze ans d’avance sur les projections des experts, qui ne tablaient pas sur un passage sous les 690 000 naissances avant 20391. Un responsable du ministère de la Santé a qualifié la situation de « critique », évoquant des « facteurs multiples et complexes » qui empêchent les Japonais de réaliser leurs désirs de mariage et de famille1. Coût du logement, précarité de l’emploi, semaines de travail interminables, place encore difficile des mères dans l’entreprise : les causes sont connues, les remèdes introuvables.

La société la plus vieille de la planète

L’autre face du même phénomène, c’est l’âge. En septembre 2025, le Japon comptait 36,19 millions de personnes de 65 ans et plus, soit un record de 29,4 % de la population3. Une société est dite « super-âgée » dès que ce seuil dépasse 20 % ; l’archipel le double presque, et reste le pays le plus vieux du monde3. Plus d’un habitant sur dix a désormais franchi le cap des 80 ans3.

Ce vieillissement n’est pas un palier mais une pente. Le Japon vit ce que ses démographes appellent le « problème de 2025 » : la génération du premier baby-boom, née entre 1947 et 1949, a basculé dans la tranche des 75 ans et plus4. Ces grands aînés réclament davantage de soins, de pensions, d’hôpitaux — au moment précis où la population active se contracte. Et la mécanique ne s’arrêtera pas là : selon l’Institut national de recherche sur la population, la proportion de seniors continuera de grimper pour approcher 35 % vers 2040, lorsque le second baby-boom (1971-1974) atteindra l’âge de la retraite5.

Cette inversion de la pyramide des âges est le moteur caché de la stagnation économique du pays. Moins d’actifs, c’est moins de production, moins de recettes fiscales et davantage de dépenses sociales. Le fardeau pèse sur des épaules de plus en plus rares : on comptait 2,1 personnes en âge de travailler pour un senior, on n’en comptera plus que 1,3 en 20705.

Des campagnes qui s’effacent de la carte

Dans les villes, le déclin se devine ; dans les campagnes, il se voit. Le Japon est constellé de logements abandonnés, les akiya : environ 3,85 millions de maisons inhabitées et laissées à elles-mêmes, soit 360 000 de plus qu’en 2018, et la barre des 4,7 millions pourrait être franchie d’ici 20306. Dans des préfectures rurales comme Wakayama ou Tokushima, le taux de vacance dépasse 21 %6. De l’Akita à l’Aomori, des communautés entières s’éteignent : les jeunes partent vers les métropoles, les naissances se tarissent, les rizières retournent en friche7.

Les pouvoirs publics multiplient les expédients. Maisons cédées pour quelques centaines d’euros, voire offertes ; subventions à la rénovation ; agences de rencontres financées par les mairies ; et, depuis 2023, une prime d’un million de yens par enfant aux familles acceptant de quitter le Grand Tokyo pour la province6. Rien n’inverse le mouvement de fond. Le géographe Hiroya Masuda avait marqué les esprits dès le milieu des années 2010 en chiffrant à près de 900 le nombre de municipalités menacées de « disparition » à mesure que s’évaporent les femmes en âge de procréer — un avertissement que la décennie écoulée a largement confirmé7.

Cette dévitalisation a un coût stratégique. Un territoire qui se vide, ce sont des écoles fermées, des lignes ferroviaires supprimées, des terres agricoles à l’abandon dans un pays déjà dépendant de l’étranger pour son alimentation, et des littoraux entiers où il devient difficile de maintenir une présence — dans un archipel dont la géographie commande pourtant la sécurité.

Le recours, tabou, à la main-d’œuvre étrangère

Faute de bras, le Japon a fini par entrouvrir ses frontières, longtemps parmi les plus fermées des grandes démocraties. Fin octobre 2025, le pays comptait un nombre record de 2,57 millions de travailleurs étrangers, en hausse de 11,7 % sur un an — un treizième record annuel d’affilée et presque le triple du chiffre de 20158. Ils tiennent à bout de bras des secteurs entiers : usines, chantiers, agriculture, restauration, maisons de retraite.

Tokyo refuse pourtant de parler d’« immigration » et préfère encadrer strictement ces flux. Le gouvernement prévoit de plafonner à environ 1,23 million le nombre de travailleurs admis au titre de ses principaux programmes jusqu’à l’exercice 20289. Le décrié dispositif de « stagiaires techniques », accusé d’abus proches du travail forcé, doit être remplacé en 2027 par un nouveau statut de « résidence pour le développement des compétences », lui-même contingenté9. La doctrine reste celle d’une main-d’œuvre d’appoint, idéalement temporaire — pas celle d’un pays d’installation.

Or l’opinion se crispe à mesure que la présence étrangère grandit. Aux élections sénatoriales de juillet 2025, le parti populiste Sanseito et son slogan « les Japonais d’abord » ont raflé quatorze sièges, infligeant un revers au parti au pouvoir10. Une enquête du quotidien Yomiuri publiée en décembre 2025 montrait près de 60 % de Japonais hostiles à l’accueil de travailleurs étrangers, contre 46 % un an plus tôt10. Devenue Première ministre à l’automne 2025, Sanae Takaichi a fait de la « politique à l’égard des étrangers » l’une de ses priorités, promettant fermeté contre les séjours irréguliers10.

Sur le fond, économistes et chercheurs sont divisés. Pour la revue américaine Foreign Affairs, référence de l’establishment diplomatique occidental, le pays mène une « expérience migratoire à l’arrêt » : il importe de la main-d’œuvre sans assumer d’en faire des citoyens, ce qui condamne son modèle à l’inefficacité11. La revue The Diplomat, spécialiste de l’Asie-Pacifique, parle d’un « paradoxe » japonais — un besoin criant de bras heurté par une défiance croissante — et rappelle que les peurs nourrissant ce rejet reposent largement sur des idées fausses : les étrangers représentent 3,2 % des bénéficiaires de l’aide sociale, à peine plus que leur 3,1 % de la population12. À l’inverse, les forums proches des milieux conservateurs de Tokyo défendent un natalisme d’abord national, jugeant qu’aucune immigration ne saurait compenser l’effondrement des naissances sans dénaturer la société. C’est ce dilemme — ouvrir ou se replier — qui structurera la prochaine décennie politique japonaise.

Robots, retraites et l’argent qui manque

Puisque ni la natalité ni l’immigration ne suffisent, le Japon mise sur les machines. Le secteur du soin est en première ligne : il n’offrait, fin 2024, qu’un candidat pour 4,25 postes à pourvoir, et le ministère de la Santé anticipait un déficit d’environ 380 000 soignants4. D’où l’investissement dans la robotique d’assistance. Le prototype AIREC, un humanoïde de 150 kilos piloté par intelligence artificielle, est conçu pour aider à retourner un patient, prévenir les escarres ou changer une protection4. Le ministère de l’Économie projette un marché des robots de soin de 3,8 milliards de dollars d’ici 20354. Mais la réalité reste modeste : leur coût, l’inconfort qu’ils suscitent et leur diffusion encore partielle montrent qu’ils soulageront le travail humain sans le remplacer4.

L’autre front, c’est la soutenabilité des retraites. Le système repose sur les cotisations des actifs pour financer les pensions des retraités ; or le rapport entre les deux se dégrade vite. Pour préserver l’équilibre, Tokyo recule l’âge ouvrant droit à pension, élargit l’assurance vieillesse aux salariés à temps partiel et encourage l’épargne-retraite individuelle13. La contrepartie est rude : selon les projections des chercheurs, le taux de remplacement — la part du dernier salaire couverte par la pension — pourrait glisser de 60 % à moins de 40 % dans les décennies qui viennent13. Travailler plus longtemps pour toucher moins : telle est l’équation que le pays présente, sans le dire trop fort, à ses générations futures.

Tout cela coûte cher, et l’argent vient à manquer. Le Japon a pourtant dépensé sans compter pour relancer la natalité. L’ancien Premier ministre Fumio Kishida avait qualifié les années à venir de « dernière chance » et lancé une stratégie « d’une dimension différente », dotée de 3,6 trillions de yens par an — quelque 22 milliards de dollars — en allocations familiales élargies et aides à la garde d’enfants14. Le résultat, jusqu’ici, est décevant : malgré l’envolée des dépenses familiales depuis vingt ans, le taux de fécondité n’a pas remonté14. Les chèques, à eux seuls, ne fabriquent pas d’enfants.

Quand la démographie devient une question de puissance

Le déclin démographique n’est pas qu’une affaire de société : c’est, à terme, une affaire de puissance. Avec moins d’actifs et une base fiscale qui s’érode, le Japon voit se réduire sa capacité à financer ses ambitions, au premier rang desquelles le réarmement décidé face à la montée en puissance de la modernisation militaire de la Chine. Les Forces d’autodéfense en font déjà l’amère expérience : elles n’atteignent plus leurs objectifs de recrutement depuis 2014, avec un déficit pouvant atteindre 25 % dans les rangs subalternes, faute de jeunes en nombre suffisant15. Une armée qui peine à recruter dans un pays qui vieillit : le paradoxe résume tout le défi.

À l’horizon 2070, la population pourrait tomber à 87 millions d’habitants, contre près de 124 aujourd’hui, dont 38,7 % de plus de 65 ans et 10,8 % de résidents étrangers5. Un Japon plus petit, plus vieux, et plus dépendant de l’extérieur. Pendant qu’il rétrécit, ses rivaux et partenaires asiatiques investissent à marche forcée, qu’il s’agisse des initiatives chinoises dans l’énergie verte, des investissements chinois dans les infrastructures critiques des pays en développement ou de l’expansion militaire de l’Inde, portée par une jeunesse encore abondante. À défaut du nombre, Tokyo joue désormais la carte de l’influence et de la technologie, à l’image de sa diplomatie culturelle qui rappelle l’essor de la puissance douce indienne.

Le signal à surveiller tient en deux courbes. La première, celle des naissances : tant qu’elle continue de battre des records de faiblesse, aucune réforme ne suffira à enrayer le rétrécissement. La seconde, plus politique, celle du débat sur l’immigration : c’est là, entre repli identitaire et ouverture assumée, que se décidera la forme du Japon de la seconde moitié du siècle. Le pays est, pour le reste du monde développé, un laboratoire grandeur nature. Il découvre le premier ce que signifie vieillir et se dépeupler en même temps — et le monde, qui suit la même pente avec quelques décennies de retard, l’observe pour savoir si l’on peut décliner sans décrocher.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel est le taux de fécondité du Japon ?

En 2025, l'indice conjoncturel de fécondité est tombé à 1,14 enfant par femme, un nouveau plus bas historique. Il faudrait environ 2,1 pour renouveler les générations. À Tokyo, le chiffre est descendu sous 1, à 0,96, le plus faible du pays.

Pourquoi parle-t-on de société « super-âgée » pour le Japon ?

On qualifie de super-âgée une société où plus de 20 % des habitants ont 65 ans ou plus. Le Japon atteint 29,4 % en 2025, le taux le plus élevé du monde, et un habitant sur dix a déjà dépassé 80 ans. La proportion de seniors pourrait approcher 39 % en 2070.

Le Japon ouvre-t-il ses portes à l'immigration ?

Par nécessité, oui : 2,57 millions de travailleurs étrangers fin 2025, un record, près du triple de 2015. Mais Tokyo refuse le mot « immigration », plafonne les programmes et fait face à une opinion crispée, près de 60 % des sondés se disant hostiles à l'accueil de main-d'œuvre étrangère.

Les robots peuvent-ils compenser le manque de soignants ?

C'est le pari de Tokyo, qui développe des robots de soin comme le prototype AIREC, capable d'aider à retourner ou changer un patient. Mais leur coût, leur diffusion encore limitée et la pénurie persistante de personnel — 380 000 soignants manquants — montrent que la technologie ne remplacera pas tout le travail humain.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Nippon.com, « Births in Japan Fall Below 700,000 for the First Time in 2024 », Nippon.com, 2025. https://www.nippon.com/en/japan-data/h02429/ 2 3 4 5

  2. Japan Today, « Japan births, fertility rate at record lows in 2025 », Japan Today, 3 juin 2026. https://japantoday.com/category/national/japan-births-fertility-rate-at-record-lows-in-2025 2 3

  3. Japan Today, « Share of population aged 65 or older hits record high 29.4 percent: gov’t », Japan Today, 15 septembre 2025. https://japantoday.com/category/national/share-of-population-aged-65-or-older-hits-record-high-29.4-percent-gov’t 2 3

  4. The Japan Times, « AI robots may hold key to nursing Japan’s aging society », The Japan Times, 1ᵉʳ mars 2025. https://www.japantimes.co.jp/news/2025/03/01/japan/society/robots-japan-aging-society/ 2 3 4 5

  5. Nippon.com, « Japan’s Population Projected to Fall to 87 Million in 2070 », Nippon.com, 2023. https://www.nippon.com/en/japan-data/h01664/ 2 3

  6. RICS, « Hollowing out: the scourge of Japan’s empty homes », Modus, RICS, 2025. https://ww3.rics.org/uk/en/modus/built-environment/homes-and-communities/japan-empty-homes.html 2 3

  7. Al Jazeera, « In Japan’s ageing countryside, some villages face extinction », Al Jazeera, 15 août 2024. https://www.aljazeera.com/news/2024/8/15/in-japans-ageing-countryside-communities-are-facing-extinction 2

  8. The Japan Times, « Foreign workers in Japan reach a record 2.57 million in 2025 », The Japan Times, 30 janvier 2026. https://www.japantimes.co.jp/news/2026/01/30/japan/foreign-workers-record-high/

  9. The Japan Times, « Japan aims to take in 1.23M foreign workers under labor migration programs », The Japan Times, 23 décembre 2025. https://www.japantimes.co.jp/news/2025/12/23/japan/society/foreign-worker-cap/ 2

  10. East Asia Forum, « Takaichi’s victory delays Japan’s reckoning with immigration reform », East Asia Forum, 12 octobre 2025. https://eastasiaforum.org/2025/10/12/takaichis-victory-delays-japans-reckoning-with-immigration-reform/ 2 3

  11. Foreign Affairs, « Japan’s Stalled Immigration Experiment », Foreign Affairs, 2026. https://www.foreignaffairs.com/japan/japans-stalled-immigration-experiment

  12. The Diplomat, « The Paradox of Japan’s Anti-Immigrant Sentiments and Demand for Foreign Labor », The Diplomat, janvier 2026. https://thediplomat.com/2026/01/the-paradox-of-japans-anti-immigrant-sentiments-and-demand-for-foreign-labor/

  13. Social Security Administration, « International Update, January 2025 », U.S. Social Security Administration, janvier 2025. https://www.ssa.gov/policy/docs/progdesc/intl_update/2025-01/index.html 2

  14. Center for Strategic and International Studies, « Can Japan’s ‘New Dimension’ Measure Reverse Its Low Fertility Rate? », CSIS. https://www.csis.org/analysis/can-japans-new-dimension-measure-reverse-its-low-fertility-rate 2

  15. Brookings Institution, « The personnel base of the Japan Self-Defense Forces in an era of demographic decline », Brookings. https://www.brookings.edu/articles/the-personnel-base-of-the-japan-self-defense-forces-in-an-era-of-demographic-decline/

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