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Énergie verte : la Chine, championne et pollueuse à la fois

1 840 GW d'éolien et de solaire, des émissions de CO2 en recul pour la première fois, mais le charbon qui résiste : radioscopie du virage vert chinois.

Par ISS10 décembre 2024, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 6 min
Parc solaire et éoliennes côte à côte dans un paysage chinois, sous un ciel dégagé
Parc solaire et éoliennes côte à côte dans un paysage chinois, sous un ciel dégagé (Image d'illustration IA © ISS 2024)

À retenir

  1. Fin 2025, l'éolien et le solaire chinois dépassaient 1 840 GW installés, le solaire franchissant à lui seul le cap des 1 200 GW (1,2 TW).
  2. Pour la première fois, la croissance des énergies propres a fait reculer les émissions de CO2 de la Chine, en baisse d'environ 0,3 % sur l'année 2025.
  3. Les technologies propres ont porté plus d'un tiers de la croissance économique chinoise en 2025 et plus de 90 % de la hausse de l'investissement.
  4. Le charbon reste pourtant la colonne vertébrale du système : 66,7 GW de nouvelles centrales approuvées en 2024, au nom de la sécurité énergétique.
  5. La Chine fabrique l'essentiel du solaire, des batteries et des véhicules électriques de la planète, avec des exportations record de 20 milliards de dollars en un seul mois.

C’est un basculement que les climatologues attendaient depuis des années. En 2025, pour la première fois, les émissions de dioxyde de carbone de la Chine — premier pollueur de la planète — ont reculé non pas à cause d’une crise économique, mais parce que ses panneaux solaires et ses éoliennes produisent enfin assez pour faire plier le charbon.1 Le centre d’analyse britannique Carbon Brief y voit le possible point de retournement de la courbe mondiale. Mais derrière l’exploit, une autre Chine continue de creuser ses mines.

Le pays qui installe le monde

Les chiffres donnent le vertige. À la fin de 2025, l’éolien et le solaire chinois cumulaient 1 840 gigawatts de capacité installée, selon les statistiques officielles.2 Le solaire à lui seul a franchi le cap des 1 200 GW — 1,2 térawatt —, en hausse de plus de 35 % en un an.2 Pour la première fois, le parc combiné éolien-solaire a dépassé le thermique, et les renouvelables représentent désormais plus de 60 % de la capacité électrique du pays.3

Le rythme de construction défie l’entendement. Sur la seule année 2025, la Chine a ajouté plus de 430 GW de nouvelles capacités éoliennes et solaires.2 À titre de comparaison, le pays a mis en service en un an plusieurs fois la puissance ajoutée par les États-Unis sur la même période, illustrant un écart d’échelle devenu abyssal entre les deux géants. L’Agence internationale de l’énergie le rappelle : la Chine devrait installer plus de la moitié des capacités renouvelables nécessaires dans le monde d’ici 2030, ce qui rend son rôle décisif pour tout objectif climatique global.4

Cet effort ne sort pas de nulle part. Il s’appuie sur une planification quinquennale, des subventions ciblées et une demande intérieure colossale, qui ont fait de groupes comme JinkoSolar ou Trina Solar des champions mondiaux. La même logique d’État stratège irrigue d’autres filières d’avenir, de la recherche en informatique quantique aux semi-conducteurs.

Quand le vert tire la croissance

Longtemps, l’écologie a été présentée comme un frein à la prospérité. La Chine en fait la démonstration inverse. En 2025, les technologies propres ont porté plus d’un tiers de la croissance du produit intérieur brut chinois — et plus de 90 % de la hausse de l’investissement, selon Carbon Brief.5 Autrement dit, sans le vert, l’économie chinoise patinerait.

Le moteur a un nom : les « trois nouveautés », soit les véhicules électriques, les batteries et le solaire. À eux seuls, ils génèrent les deux tiers de la valeur ajoutée du secteur des énergies propres.5 Et ce moteur s’exporte. En août 2025, les exportations chinoises de technologies propres ont atteint un record de 20 milliards de dollars sur un seul mois, tirées par les voitures électriques et les batteries, selon le centre de réflexion Ember.6 Sur huit mois, les ventes vers l’Asie du Sud-Est ont bondi de 75 %.6

Cette domination industrielle rejaillit sur toute la géopolitique énergétique. En inondant le monde de panneaux et de batteries bon marché, Pékin accélère la transition planétaire tout en l’arrimant à ses chaînes d’approvisionnement — un levier d’influence comparable à celui déployé via les nouvelles routes de la soie ou son emprise économique en Afrique.

L’ombre persistante du charbon

Voilà pour la lumière. L’ombre, elle, s’appelle charbon. Car au moment même où elle battait des records de renouvelables, la Chine a approuvé en 2024 quelque 66,7 GW de nouvelles centrales à charbon et lancé la construction de 94,5 GW — le niveau le plus élevé depuis 2015.7 Le charbon assurait encore environ 53 % de la production électrique du pays.7

Pourquoi cette course apparemment contradictoire ? La sécurité d’approvisionnement, répond Pékin. Le charbon sert de filet de secours quand la demande grimpe ou que le soleil et le vent font défaut.7 Mais chaque nouvelle centrale verrouille des émissions pour des décennies, prévient Carbon Brief, rendant les objectifs climatiques plus difficiles à tenir.7

Des signes d’inflexion apparaissent toutefois. En 2025, les mises en chantier de nouvelles capacités charbonnières sont retombées à 83 GW, contre 98 GW l’année précédente, et les nouvelles autorisations ont chuté à un plus bas de quatre ans.7 L’organisation Greenpeace East Asia estime même que le pic des émissions du secteur électrique est désormais à portée de main.8

La mécanique d’un basculement

Comment expliquer le recul historique de 2025 ? Par la simple arithmétique de la production. Cette année-là, le solaire chinois a bondi de 43 %, l’éolien de 14 % et le nucléaire de 8 %, ce qui a suffi à faire reculer la production au charbon de 1,9 %.1 Résultat : les émissions de CO2 ont baissé d’environ 0,3 % sur l’ensemble de 2025, malgré une demande électrique en hausse.1

Le recul a touché presque tous les secteurs — transport, électricité, matériaux de construction. Une exception notable : la chimie, dont les émissions ont grimpé de 12 %.1 Surtout, la tendance dure. Les émissions chinoises sont « plates ou en baisse » depuis mars 2024, soit près de deux ans, ce qui pourrait annoncer le déclin structurel longtemps espéré.1

Reste un défi technique de taille : intégrer ces flux intermittents. Le soleil ne brille pas la nuit, le vent souffle par à-coups : sans un réseau modernisé et des capacités de stockage massives, l’électron vert risque le gaspillage, faute de pouvoir être acheminé ou conservé au bon moment. La modernisation du réseau électrique et l’investissement dans le stockage deviennent donc aussi cruciaux que la production elle-même. La Chine y consacre d’importants efforts de recherche, du déploiement de batteries géantes à l’hydrogène vert, encore balbutiant mais prometteur pour les usages difficiles à électrifier.

La bataille des prochaines années se jouera ainsi moins sur les gigawatts installés que sur la souplesse du système. Et ces technologies de flexibilité, la Chine ne se contente pas de les développer pour elle-même : elle les exporte déjà, de l’Amérique latine à l’Afrique, étendant son influence énergétique à mesure qu’elle perfectionne ses solutions. Le charbon, lui, demeure le filet de sécurité qui pallie cette intermittence tant que le stockage n’est pas à la hauteur — d’où la difficulté, pour Pékin, de tourner la page du minerai noir.

Ce qu’il faut surveiller

La Chine offre un paradoxe saisissant : elle est à la fois la plus grande pollueuse et la plus grande force de décarbonation de la planète. Le pari vert nourrit sa croissance, dope ses exportations et a fait, pour la première fois, plier sa courbe d’émissions. Mais tant que de nouvelles centrales à charbon sortent de terre, le basculement reste réversible. Le signal à guetter n’est pas le prochain record solaire — ils s’enchaînent — mais le moment où Pékin cessera d’approuver du charbon. Ce jour-là, le pic d’émissions du premier pollueur mondial sera vraiment derrière nous, et avec lui une part de l’avenir climatique de tous.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

La Chine a-t-elle déjà atteint son pic d'émissions ?

Probablement très près. Les émissions de CO2 ont reculé d'environ 0,3 % en 2025, première baisse provoquée par l'essor des énergies propres et non par un ralentissement économique. Le centre d'analyse Carbon Brief observe une tendance « plate ou en baisse » depuis mars 2024, soit près de deux ans.

Quelle est la capacité renouvelable installée de la Chine ?

Fin 2025, l'éolien et le solaire cumulaient 1 840 gigawatts, le solaire dépassant à lui seul 1 200 GW, en hausse de plus de 35 % sur un an. Les renouvelables représentent désormais plus de 60 % de la capacité électrique totale du pays.

Pourquoi la Chine continue-t-elle de construire des centrales à charbon ?

Par souci de sécurité d'approvisionnement. Le charbon sert de filet de secours quand la demande électrique grimpe ou que le soleil et le vent manquent. En 2024, Pékin a approuvé 66,7 GW de nouvelles centrales, verrouillant des émissions pour des décennies — la principale contradiction de sa stratégie.

L'énergie verte rapporte-t-elle à l'économie chinoise ?

Énormément. Les technologies propres ont porté plus d'un tiers de la croissance du PIB chinois en 2025 et plus de 90 % de la hausse de l'investissement. Le trio véhicules électriques, batteries et solaire constitue le nouveau moteur industriel du pays, doublé d'exportations record.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Carbon Brief, « Analysis: Clean energy just put China’s CO2 emissions into reverse for first time », Carbon Brief, 2025. https://www.carbonbrief.org/analysis-clean-energy-just-put-chinas-co2-emissions-into-reverse-for-first-time/ 2 3 4 5

  2. Yicai Global, « China’s Wind, Solar Power Installed Capacity Exceeded 1,800 GW for First Time in 2025 », Yicai Global, 2026. https://www.yicaiglobal.com/news/chinas-wind-solar-power-installed-capacity-exceeded-1800-gw-for-first-time-in-2025 2 3

  3. The State Council of the People’s Republic of China, « Renewables account for over 60 pct of China’s power capacity in 2025 », english.www.gov.cn, 30 janvier 2026. https://english.www.gov.cn/archive/statistics/202601/30/content_WS697cb463c6d00ca5f9a08da7.html

  4. International Energy Agency, « Coal 2025 — Analysis and forecast to 2030 », IEA, 2025. https://iea.blob.core.windows.net/assets/113a8274-500c-4684-951f-947d25bef3c9/Coal2025.pdf

  5. Carbon Brief, « Analysis: Clean energy drove more than a third of China’s GDP growth in 2025 », Carbon Brief, 2025. https://www.carbonbrief.org/analysis-clean-energy-drove-more-than-a-third-of-chinas-gdp-growth-in-2025/ 2

  6. Ember, « China’s clean technology exports hit record high in August, reaching $20bn », Ember, octobre 2025. https://ember-energy.org/latest-updates/chinas-clean-technology-exports-hit-record-high-in-august-reaching-20bn/ 2

  7. Carbon Brief, « ‘Rush’ for new coal in China hits record high in 2025 as climate deadline looms », Carbon Brief, 2025. https://www.carbonbrief.org/rush-for-new-coal-in-china-hits-record-high-in-2025-as-climate-deadline-looms/ 2 3 4 5

  8. Greenpeace East Asia, « China’s power sector emissions peak within reach as new coal power approvals decline to 41.77 GW in Q1-Q3 2025 », Greenpeace East Asia, 2025. https://www.greenpeace.org/eastasia/press/68510/chinas-power-sector-emissions-peak-within-reach-as-new-coal-power-approvals-decline-to-41-77-gw-in-q1-q3-2025-greenpeace-report/

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