Guerre en Ukraine : le prix payé par la Russie
Croissance retombée à 1 %, défense à 7,5 % du PIB, près de 1,2 million de pertes : en 2025-2026, la facture politique et économique de la guerre rattrape Moscou.

À retenir
- Vladimir Poutine a confirmé en février 2026 que la croissance russe n'a atteint que 1 % en 2025, après deux années au-dessus de 4 %.
- Selon le SIPRI, les dépenses militaires russes ont atteint 190 milliards de dollars en 2025, soit 7,5 % du PIB, un record depuis l'URSS.
- Les recettes pétro-gazières ont chuté de plus de 25 % et les profits de Rosneft de 70 % sur les neuf premiers mois de 2025.
- Les pertes humaines russes approcheraient 1,2 million depuis février 2022, selon plusieurs estimations occidentales.
- Environ 700 000 Russes auraient quitté le pays, aggravant une pénurie de main-d'œuvre estimée à 2,4 millions de personnes d'ici 2030.
En février 2026, Vladimir Poutine l’a reconnu lui-même : l’économie russe n’a crû que de 1 % en 20251. Trois ans plus tôt, le Kremlin se vantait d’avoir déjoué les sanctions occidentales avec des taux de croissance supérieurs à 4 %. Le ralentissement brutal raconte une autre histoire — celle d’un pays qui a transformé son économie en machine de guerre, et commence à en payer la facture.
Une économie de guerre qui s’essouffle
Le tournant de 2025 est net. Après deux années de croissance dopée par les commandes militaires, l’économie russe glisse vers la stagnation. Le gouvernement a abaissé sa prévision 2026 à 0,4 %, contre 1,3 % auparavant ; le FMI table sur 0,6 % en 2025 et 1 % en 20261. L’inflation, elle, a contraint la Banque centrale à porter son taux directeur à un pic de 21 %, maintenu durant tout le premier semestre 2025 avant un assouplissement prudent1.
Surtout, l’économie est devenue à deux vitesses. La valeur ajoutée des branches liées à l’effort de guerre a bondi de 20 % en 2025, tandis que celle de l’ensemble des autres industries manufacturières ne progressait que de 0,4 %1. Le complexe militaro-industriel prospère ; le reste s’étiole. Le signe le plus parlant vient de l’industrie civile : la production automobile russe a chuté de 23 % en 2025, tombant à 830 000 véhicules, tandis que les pannes d’avions, faute de pièces détachées, ont dépassé 800 incidents sur l’année — plus du triple de l’année précédente2. La Banque centrale a d’ailleurs durci sa politique précisément pour refroidir une économie surchauffée par les dépenses de guerre3. C’est l’envers du discours officiel sur la résilience : l’adaptation russe existe, mais elle a un coût croissant, comme l’analyse aussi notre dossier sur l’adaptation économique de la Russie aux sanctions.
Le poids écrasant du budget militaire
Jamais, depuis la chute de l’URSS, la Russie n’avait consacré une telle part de sa richesse aux armes. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires russes ont atteint 190 milliards de dollars en 2025, soit 7,5 % du PIB4. Les seuls crédits fédéraux de « défense nationale » ont atteint 13,5 trillions de roubles en 2025, et défense et sécurité combinées approchent désormais 40 % du budget fédéral, un niveau sans précédent dans la Russie moderne3.
Pour tenir ce rythme, le Kremlin multiplie les expédients. Le ministère des Finances a proposé de relever la TVA à 22 % en 2026 afin de financer les besoins militaires et de limiter le déficit3. Moscou a transformé le Fonds national de richesse en source clé du financement de guerre, vidant ses actifs liquides à des plus-bas historiques, et s’appuie sur des canaux opaques : des banques d’État sont sommées d’accorder de gros prêts aux entreprises de défense, dissimulant une partie du coût réel dans le système bancaire plutôt que dans le budget3. Le budget 2026 prévoit certes un léger repli, à 14,9 trillions de roubles (6,3 % du PIB), mais reste taillé pour une cinquième année de guerre4.
Sanctions et pétrole : l’étau se resserre
Le nerf de la guerre, c’est l’argent du pétrole — et il se tarit. L’appréciation du rouble et le régime de sanctions ont provoqué une chute de plus de 25 % des recettes pétrolières et gazières5. Le géant Rosneft a vu ses profits s’effondrer de 70 % sur les neuf premiers mois de 20255. Début 2026, la décote du brut de l’Oural a frôlé 30 dollars le baril, sous l’effet de sanctions encore durcies sur le secteur pétrolier russe5.
Le choc se lit dans les comptes publics. Pour la première fois depuis la pandémie, la Russie a collecté moins de recettes budgétaires que prévu en 2025 : environ 36,6 trillions de roubles contre 40,3 attendus5. Le déficit consolidé, initialement fixé à 0,8 % du PIB, a finalement avoisiné 4 %5. Cette dépendance aux hydrocarbures, longtemps atout, devient un talon d’Achille — un sujet que prolonge notre analyse de l’influence stratégique de la Russie sur les ressources énergétiques.
L’hémorragie humaine et la fuite des cerveaux
Mais le prix le plus lourd est humain. Plusieurs estimations occidentales évoquent près de 1,2 million de pertes russes — tués et blessés — depuis février 2022, dont environ 415 000 pour la seule année 2025, soit près de 35 000 par mois2. Ce serait le bilan le plus lourd subi par une grande puissance depuis la Seconde Guerre mondiale2.
À la saignée du front s’ajoute l’exode. Jusqu’à 700 000 Russes auraient quitté le pays depuis le début de l’invasion, souvent pour échapper à la mobilisation ou au recrutement forcé2. Le secteur informatique est en première ligne : plus de 100 000 jeunes professionnels qualifiés sont partis, creusant un déficit de plus d’un demi-million de travailleurs dans la tech2. Cette hémorragie est d’autant plus lourde qu’elle vide le pays de sa jeunesse la plus éduquée et la plus tournée vers l’extérieur, au moment précis où la Russie a le plus besoin d’innovation pour compenser les technologies que les sanctions lui ferment. Le Premier ministre Mikhaïl Michoustine a lui-même averti que la Russie pourrait manquer de 2,4 millions d’actifs d’ici 20302. Cette fuite des cerveaux frappe un pays déjà confronté à un « triple choc démographique » : faible natalité, forte mortalité, émigration massive6.
Une victoire qui pourrait coûter cher
Sur le plan intérieur, la guerre a permis au Kremlin de resserrer son emprise, en muselant l’opposition et en érigeant le patriotisme en loyauté — une dynamique décrite dans notre analyse de la centralisation du pouvoir en Russie. Isolée de l’Occident, Moscou s’est rapprochée de ses partenaires asiatiques : la dépendance accrue à Pékin façonne désormais la relation stratégique Russie-Chine, tandis que l’appui militaire de Pyongyang nourrit la relation stratégique Russie-Corée du Nord. Mais cette résistance affichée masque une érosion profonde : économie à bout de souffle, finances sous tension, jeunesse en fuite. Le signal à surveiller en 2026 sera budgétaire autant que militaire — la capacité de l’État à financer la guerre sans casser le reste de l’économie. Car une victoire territoriale obtenue au prix d’un appauvrissement durable n’aurait, pour la Russie, qu’un goût amer.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quel est l'état de l'économie russe en 2025-2026 ?
La croissance s'est effondrée à 1 % en 2025, contre plus de 4 % en 2023-2024, et le gouvernement n'attend que 0,4 % en 2026. L'inflation a forcé la Banque centrale à porter son taux directeur à 21 %. L'économie glisse vers la stagnation, sous le double poids des sanctions et de l'effort de guerre.
Combien la Russie dépense-t-elle pour la guerre ?
Selon le SIPRI, les dépenses militaires russes ont atteint 190 milliards de dollars en 2025, soit 7,5 % du PIB, la part la plus élevée depuis la chute de l'URSS. Défense et sécurité absorbent près de 40 % du budget fédéral, financées notamment par le Fonds national de richesse et des canaux hors budget.
Les sanctions occidentales fonctionnent-elles ?
Elles mordent de plus en plus. Les recettes pétro-gazières ont chuté de plus de 25 % en 2025, les profits de Rosneft de 70 %, et la décote du pétrole de l'Oural a approché 30 dollars le baril début 2026. Pour la première fois depuis la pandémie, Moscou a encaissé moins de recettes budgétaires que prévu.
Quelles sont les pertes humaines russes ?
Plusieurs estimations occidentales évoquent près de 1,2 million de pertes russes (tués et blessés) depuis février 2022, dont environ 415 000 pour la seule année 2025, soit près de 35 000 par mois. Ce serait le bilan le plus lourd pour une grande puissance depuis la Seconde Guerre mondiale.
La guerre provoque-t-elle une fuite des cerveaux ?
Oui. Jusqu'à 700 000 Russes auraient quitté le pays depuis février 2022, dont plus de 100 000 professionnels de l'informatique. Le secteur des technologies fait face à un déficit de plus d'un demi-million de travailleurs, et le pays pourrait manquer de 2,4 millions d'actifs d'ici 2030.
Sources
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The Moscow Times, « Russia’s Economy in 2026: More War, Slower Growth and Higher Taxes », The Moscow Times, 2 janvier 2026. https://www.themoscowtimes.com/2026/01/02/russias-economy-in-2026-more-war-slower-growth-and-higher-taxes-a91579 ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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Atlantic Council, « The toll on Russia from its war in Ukraine, by the numbers », Atlantic Council, 2025. https://www.atlanticcouncil.org/blogs/new-atlanticist/the-toll-on-russia-from-its-war-in-ukraine-by-the-numbers/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
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SIPRI, « A Budget for a Fifth Year of War: Military Spending in Russia’s Budget for 2026 », SIPRI Insights, 2026. https://www.sipri.org/publications/2026/sipri-insights-peace-and-security/budget-fifth-year-war-military-spending-russias-budget-2026 ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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Odessa Journal, « SIPRI: Russia’s military spending rises to 7.5% of GDP amid global increase », Odessa Journal, 2026. https://odessa-journal.com/sipri-russias-defence-budget-rises-59-to-190-billion-reaching-75-of-gdp ↩ ↩2
-
Atlantic Council, « The Russian economy in 2025: Between stagnation and militarization », Atlantic Council, 2025. https://www.atlanticcouncil.org/content-series/russia-tomorrow/the-russian-economy-in-2025-between-stagnation-and-militarization/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
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Institut Montaigne, « Tragedy After Disaster? War in Ukraine and Demography », Institut Montaigne, 2024. https://www.institutmontaigne.org/en/expressions/tragedy-after-catastrophe-demographic-impact-war-russia-and-ukraine ↩
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