Tensions nucléaires États-Unis-Iran : l'après-bombardements
Après les frappes américaines de juin 2025 sur Fordo et Natanz, où en est le programme nucléaire iranien ? Stocks d'uranium, inspections perdues et négociations bloquées.

À retenir
- Du 12 au 24 juin 2025, une « guerre de 12 jours » a opposé Israël et l'Iran, ponctuée par des frappes américaines sur trois sites nucléaires.
- L'opération Midnight Hammer du 21 juin a visé Fordo, Natanz et Ispahan avec des bombardiers B-2 et des bombes anti-bunker GBU-57.
- L'Iran avait accumulé 440,9 kg d'uranium enrichi à 60 % ; l'AIEA a perdu l'accès à ses installations et ne peut plus le localiser.
- Mi-2026, les services américains estiment que Téhéran n'a pas repris l'enrichissement, mais les négociations restent bloquées.
Pendant des décennies, la confrontation nucléaire entre Washington et Téhéran s’est jouée à coups de sanctions, de résolutions et de négociations interminables. En juin 2025, elle a basculé dans une autre dimension : des bombardiers furtifs américains ont largué leurs charges sur les installations enfouies de l’Iran. Un an plus tard, le pays n’a plus d’arme imminente, mais le monde a perdu de vue son uranium le plus dangereux.
Une rivalité née d’une révolution
Le contentieux remonte à 1979. La Révolution islamique renverse le Shah, allié de Washington, et installe un régime ouvertement hostile, qui qualifie les États-Unis de « Grand Satan ». La prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran — 52 ressortissants retenus 444 jours — scelle une défiance qui ne s’est jamais dissipée. Au fil des décennies, le programme nucléaire iranien, soupçonné de viser l’arme atomique, devient le cœur du litige. Paradoxe de l’histoire : ce programme avait été lancé dans les années 1950 avec l’aide même des États-Unis, avant de devenir l’objet de leur plus grande inquiétude au Moyen-Orient.
Une éclaircie survient le 14 juillet 2015 avec le Plan d’action global commun (PAGC), signé entre l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’UE1. L’accord limite l’enrichissement d’uranium en échange d’un allègement des sanctions, et entre en vigueur en janvier 2016 une fois l’AIEA assurée de pouvoir vérifier les engagements de Téhéran1. Mais le 8 mai 2018, Donald Trump dénonce « le pire accord jamais négocié » et rétablit l’ensemble des sanctions, y compris secondaires1.
L’effet est dévastateur pour l’économie iranienne : les exportations de pétrole s’effondrent de 2,5 millions de barils par jour à 300 000-500 000, le PIB se contracte d’environ 6 % en 2019 et le rial perd près de 60 % de sa valeur1. Téhéran réplique en relançant son enrichissement. La spirale est enclenchée, et la diplomatie sous l’administration Biden ne parviendra pas à l’enrayer durablement.
Douze jours qui ont tout changé
L’affrontement direct survient à l’été 2025. Le 12 juin, Israël lance une vaste campagne de frappes contre des cibles nucléaires, militaires et des infrastructures du régime iranien2. La séquence, baptisée plus tard « guerre de 12 jours », fait suite à près de deux ans d’affrontements avec les groupes soutenus par Téhéran2.
À mesure que l’escalade s’intensifie, les États-Unis entrent dans la danse pour viser les sites les plus fortifiés, hors de portée de l’arsenal israélien2. Le 21 juin, l’opération Midnight Hammer frappe trois installations : les usines d’enrichissement de Fordo et de Natanz, et le site d’Ispahan3. L’attaque mobilise plus de 125 aéronefs, dont sept bombardiers furtifs B-2, et environ 75 munitions guidées de précision, parmi lesquelles quatorze bombes anti-bunker GBU-57, en l’espace de 25 minutes3. Les B-2 ont effectué un raid de dix-huit heures depuis le Missouri, avec plusieurs ravitaillements en vol3. Le 24 juin, Trump annonce un cessez-le-feu2. L’Iran affirme avoir perdu au moins 610 de ses citoyens ; Israël fait état de 28 morts dans ses rangs2.
Détruit, ou seulement retardé ?
L’ampleur des dégâts a immédiatement fait débat. Le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées, a affirmé que les trois sites avaient subi « des dommages et une destruction extrêmement sévères »3. Le porte-parole du Pentagone a chiffré le recul du programme à « un à deux ans »3. Mais une première évaluation du renseignement américain estimait, elle, que les frappes n’avaient pas détruit les composants centraux du programme et ne l’auraient retardé que de quelques mois2.
L’imagerie satellitaire commerciale a révélé des cratères à Fordo et à Natanz, dont l’un de 5,5 mètres de diamètre au-dessus de l’installation souterraine3. Surtout, une question hante les analystes : des camions ont été repérés à l’entrée de Fordo quelques jours avant l’attaque3. L’uranium enrichi avait-il été déplacé, et si oui, combien et où ? Cette incertitude est devenue le cœur du problème.
L’écart entre les évaluations n’est pas qu’une querelle d’experts : il commande la suite. Si le programme n’a reculé que de quelques mois et que le stock d’uranium a survécu, alors les frappes n’auront fait que gagner du temps, au prix d’une escalade militaire majeure. Si, au contraire, les installations souterraines sont durablement hors d’usage, l’Iran devra reconstruire des années d’efforts sous l’œil des satellites. La vérité se situe sans doute entre les deux — et c’est précisément cette zone grise qui rend toute prévision hasardeuse.
Un uranium introuvable, une diplomatie à l’arrêt
Avant les frappes, l’Iran avait accumulé 440,9 kg d’uranium enrichi à 60 %, un seuil tout proche des 90 % de qualité militaire4. Or, depuis l’attaque, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a plus accès à aucune des quatre installations d’enrichissement déclarées5. Fin février 2026, elle reconnaissait ne pouvoir ni établir la taille, la composition ou la localisation du stock, ni vérifier si Téhéran avait suspendu l’enrichissement5. Le directeur de l’AIEA, Rafael Grossi, estime que l’essentiel de cet uranium se trouve probablement encore à Ispahan4.
Il y a tout de même une note rassurante. Le 18 mars 2026, la directrice du renseignement national américain Tulsi Gabbard a témoigné que l’Iran n’avait pas repris l’enrichissement, l’AIEA ne relevant aucune trace satellitaire d’une reprise5. Mais la diplomatie patine. Téhéran a proposé de reprendre un enrichissement plafonné à 20 %, sans accumulation de gaz enrichi et sous large supervision de l’AIEA5. Washington campe sur des exigences maximalistes : aucun enrichissement, démantèlement des installations, retrait de l’uranium hors d’Iran5. Entre ces positions, le fossé reste béant.
Le signal à surveiller
Les frappes de juin 2025 ont peut-être éloigné la perspective d’une bombe iranienne. Elles ont aussi créé un paradoxe inquiétant : en détruisant les caméras et les scellés de l’AIEA, elles ont plongé le programme dans l’opacité. Le Carnegie Endowment le résume ainsi : deux guerres plus tard, la question nucléaire iranienne reste entière6. Le risque n’est plus une course visible vers l’arme, mais un programme clandestin que plus personne ne peut surveiller. Pour certains à Téhéran, l’épisode pourrait même renforcer l’argument inverse : qu’une dissuasion nucléaire est la seule garantie contre une nouvelle attaque.
Cette confrontation ne se joue pas en vase clos. Elle nourrit les recompositions de toute la région et au-delà, des relations de l’Iran avec ses voisins à sa coopération militaire et énergétique avec la Russie, en passant par les tensions diplomatiques que la politique étrangère américaine attise jusqu’en Asie, et par l’attractivité nouvelle de partenaires comme l’Asie centrale. Le test des prochains mois sera double : la reprise, ou non, des inspections de l’AIEA, et la capacité des deux camps à transformer un cessez-le-feu fragile en accord durable. Faute de quoi, la prochaine crise se jouera dans le noir.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la guerre de 12 jours de juin 2025 ?
C'est le conflit ouvert qui a opposé Israël et l'Iran du 12 au 24 juin 2025. Israël a frappé des cibles nucléaires et militaires iraniennes, les États-Unis sont intervenus le 21 juin contre trois sites nucléaires, avant un cessez-le-feu annoncé par Donald Trump le 24 juin.
Quels sites l'opération Midnight Hammer a-t-elle visés ?
Le 21 juin 2025, les États-Unis ont frappé deux usines d'enrichissement d'uranium, à Fordo et Natanz, ainsi qu'un site à Ispahan, à l'aide de sept bombardiers B-2 et de quatorze bombes anti-bunker GBU-57, en une vingtaine de minutes.
Le programme nucléaire iranien a-t-il été détruit ?
Non, seulement retardé. Le Pentagone a d'abord parlé d'un recul d'un à deux ans, tandis que de premières évaluations du renseignement évoquaient quelques mois. L'incertitude majeure porte sur le sort des 440,9 kg d'uranium enrichi à 60 %, que l'AIEA ne peut plus localiser.
Où en sont les négociations en 2026 ?
Elles sont bloquées. L'Iran a proposé un enrichissement limité à 20 % sous contrôle de l'AIEA, mais Washington exige l'arrêt total de l'enrichissement et le démantèlement des installations. Mi-2026, les services américains estiment que Téhéran n'a pas repris l'enrichissement.
Sources
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Center for Arms Control and Non-Proliferation, « Fact Sheet: The Iran Deal, Then and Now », Center for Arms Control and Non-Proliferation, 2025. https://armscontrolcenter.org/the-iran-deal-then-and-now/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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Al Jazeera, « Is the 12-day Israel-Iran war really over – and who gained what? », Al Jazeera, 24 juin 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/6/24/is-the-12-day-israel-iran-war-really-over-and-who-gained ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
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CBS News, « Pentagon reveals how B-2 bombers struck Iran nuclear sites in mission dubbed “Operation Midnight Hammer” », CBS News, juin 2025. https://www.cbsnews.com/news/pentagon-briefing-us-strikes-iran-nuclear-sites/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7
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Foreign Policy, « IAEA’s Grossi: Much of Iran’s Enriched Uranium Likely Still at Isfahan », Foreign Policy, 29 avril 2026. https://foreignpolicy.com/2026/04/29/iran-nuclear-program-iaea-grossi-isfahan-enriched-uranium-us-war-hegseth-caine/ ↩ ↩2
-
Agence internationale de l’énergie atomique, « Board of Governors GOV/2026/8 », AIEA, 27 février 2026. https://www.iaea.org/sites/default/files/gov2026-8.pdf ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
-
Carnegie Endowment for International Peace, « Two Wars Later, Iran’s Nuclear Question Is Still on the Table », Carnegie Endowment, mai 2026. https://carnegieendowment.org/emissary/2026/05/iran-nuclear-program-progress-deal ↩
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