L'offensive diplomatique chinoise : un nouvel ordre sur mesure
BRI record, initiatives mondiales, sommet de Tianjin : comment la Chine déploie en 2025-2026 une offensive diplomatique pour redessiner l'ordre mondial.

À retenir
- La Chine a signé un montant record de 213,5 milliards de dollars de nouveaux contrats des nouvelles routes de la soie en 2025.
- L'Initiative de sécurité mondiale revendique le soutien de plus de 120 pays et organisations.
- Le sommet de l'OCS à Tianjin a été le plus vaste des vingt-quatre ans d'histoire de l'organisation.
- Afrique, Asie centrale et Moyen-Orient captent plus des deux tiers de l'engagement de la BRI ; l'Amérique latine reste marginale.
- Pékin entre en 2026 confronté à une résistance croissante et à un appareil diplomatique jugé sous tension.
Tandis que Washington recentre sa diplomatie sur ses seuls intérêts, Pékin avance ses pions. En 2025, la Chine a signé un montant record de 213,5 milliards de dollars de nouveaux contrats dans le cadre des nouvelles routes de la soie, porté par les métaux, les mines, les énergies fossiles et les technologies émergentes1. Loin de s’essouffler, l’offensive diplomatique chinoise change de braquet et de méthode.
Les routes de la soie, troisième acte
On a longtemps annoncé le déclin de la Belt and Road Initiative. Les chiffres disent l’inverse. Selon le Green Finance & Development Center de l’université Griffith, le premier semestre 2025 a enregistré le plus haut niveau d’engagement jamais atteint sur six mois : environ 123 milliards de dollars, dont 66 de contrats de construction et 57 d’investissements2. La géographie est révélatrice : l’Afrique, l’Asie centrale et le Moyen-Orient captent plus des deux tiers de cet engagement, l’Amérique latine ne recevant que 1,14 % de la construction et 0,4 % des investissements2.
Le contenu change aussi. L’engagement chinois dans les métaux et les mines a bondi à un record de 32,6 milliards de dollars en 2025, dont environ 60 % concentrés au seul Kazakhstan2. Derrière ces projets, un objectif clair : sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, exactement le terrain où se joue la rivalité technologique que nous décrivons à propos des risques convergents de 2026. Le modèle de croissance chinois s’est en effet déplacé vers les « hauteurs dominantes » de l’économie — science, technologie, industrie de pointe — autour de quatre piliers : intelligence artificielle, semi-conducteurs, terres rares et biotechnologie3. La BRI devient ainsi l’instrument d’une bataille industrielle autant que diplomatique.
Cette diplomatie économique a toutefois ses zones d’ombre. Les investissements chinois s’accompagnent souvent de prêts qui font naître une crainte de dépendance : le « piège de la dette », illustré par l’épisode du port sri-lankais de Hambantota cédé à une entreprise chinoise après un défaut de remboursement, reste une critique récurrente. Pékin rétorque que ses initiatives profitent au développement des pays partenaires, mais la perception d’une exploitation néocoloniale persiste dans plusieurs opinions publiques locales, ce qui oblige la Chine à manœuvrer avec prudence pour ne pas s’aliéner ceux qu’elle courtise.
L’arsenal des « initiatives mondiales »
L’offensive ne se limite pas aux infrastructures. Pékin a bâti un arsenal conceptuel pour contester l’ordre occidental. L’Initiative de sécurité mondiale, qui prétend « éliminer les causes profondes » des conflits et réformer la gouvernance sécuritaire, revendique le soutien de plus de 120 pays et organisations, et la Chine a prévu environ 1 700 formations en 2025 pour former des personnels de sécurité de pays en développement4. C’est une manière d’exporter un modèle autant qu’une expertise.
L’année 2025 a marqué un tournant institutionnel. Xi Jinping a lancé une Initiative de gouvernance mondiale lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai à Tianjin — le plus vaste rassemblement des vingt-quatre ans d’histoire de l’organisation5. Le message adressé au Sud global est explicite : « démocratiser les relations internationales » en donnant davantage de voix aux pays non occidentaux, en contraste avec le retrait américain des forums multilatéraux6. Cette stratégie prolonge l’expansion de l’influence chinoise dans les organisations internationales et s’étend jusqu’à l’approche chinoise de la gouvernance mondiale d’internet.
Ces initiatives s’appuient sur un réseau dense de partenariats. La création de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures en 2015 a offert une alternative aux institutions dominées par l’Occident, tandis que le Forum sur la coopération sino-africaine cimente les liens avec le continent africain. Le rapprochement avec la Russie, renforcé ces dernières années dans l’énergie et la défense, complète ce dispositif. À chaque fois, la logique est la même : multiplier les enceintes où la voix de Pékin pèse, pour faire émerger un ordre où l’Occident n’est plus le seul à fixer les règles.
Un monde qui voit la Chine monter
Le pari de Pékin trouve un écho réel dans l’opinion mondiale. Un sondage du Conseil européen des relations internationales, relayé par le magazine Time, montre qu’une large part du monde perçoit la Chine comme une puissance en ascension, et que pour beaucoup l’ordre multipolaire est parfaitement compatible avec un monde où prévaut « la Chine d’abord »6. Le centre de réflexion de l’Asia Society confirme que le système glisse de l’unipolarité vers un cadre multipolaire, structuré par des regroupements souples — BRICS, OCS, mais aussi Quad et AUKUS du côté occidental3.
Reste que cette ascension nourrit la rivalité avec Washington. Les deux capitales façonnent un face-à-face où chacune dépend de l’autre : les États-Unis pour les terres rares, la Chine pour les marchés de consommation américains, ce qui pousse à une « coexistence gérée » plutôt qu’à la rupture ouverte3. La question de l’approche chinoise envers Taïwan demeure le point de friction le plus explosif de cet équilibre instable.
Les limites d’une machine diplomatique sous tension
L’offensive a pourtant ses revers. Selon The Diplomat, la Chine entre en 2026 avec une résistance croissante à sa diplomatie coercitive, précisément dans les régions que Xi juge centrales pour son essor : escalade avec le Japon, confrontations physiques avec les Philippines, dossier taïwanais, rivalité avec les États-Unis qui s’aiguise7. La centralisation de l’appareil de politique étrangère autour du Parti aurait, paradoxalement, affaibli sa capacité à réagir avec souplesse dans un monde qui bouge vite7.
À cela s’ajoutent les critiques persistantes sur les droits humains — Xinjiang, Hong Kong — qui ternissent l’image que Pékin cherche à projeter. Le discours d’un « ordre plus juste » se heurte ainsi à la réalité d’un comportement jugé coercitif par nombre de partenaires, y compris parmi les pays en développement courtisés.
Le test : séduire sans braquer
L’offensive diplomatique chinoise illustre une ambition cohérente : transformer la puissance économique en influence normative, et l’influence en réécriture des règles. Mais elle bute sur une tension structurelle. Plus Pékin presse ses partenaires, plus il alimente la défiance qu’il cherche à dissiper. Les outils numériques eux-mêmes — y compris l’IA appliquée à l’analyse diplomatique — ne suffiront pas à compenser un déficit de confiance.
Le signal à surveiller dans les prochains mois n’est pas un sommet de plus, mais la capacité de la Chine à convertir ses milliards et ses initiatives en adhésions durables sans braquer ses voisins. Si elle y parvient, le « nouvel ordre mondial plus juste » qu’elle promeut prendra corps. Si la coercition l’emporte sur la séduction, l’offensive risque de produire l’inverse de son objectif : un monde qui se ligue contre celui qui voulait le rallier.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'offensive diplomatique chinoise ?
C'est la combinaison d'investissements massifs, d'initiatives mondiales et d'une présence accrue dans les institutions par laquelle Pékin cherche à redéfinir les règles internationales. En 2025, elle s'appuie sur un record de 213,5 milliards de dollars de nouveaux contrats des routes de la soie.
Les nouvelles routes de la soie sont-elles en déclin ?
Au contraire. Le premier semestre 2025 a été le plus actif de l'histoire de la BRI, portée par les métaux, les mines, les énergies fossiles et les nouvelles technologies. L'Afrique, l'Asie centrale et le Moyen-Orient captent plus des deux tiers de cet engagement.
Quelles sont les grandes initiatives de Pékin ?
L'Initiative de sécurité mondiale, soutenue par plus de 120 pays, et l'Initiative de gouvernance mondiale lancée au sommet de l'OCS à Tianjin en 2025. Elles visent à proposer une alternative aux cadres occidentaux et à donner davantage de voix au Sud global.
La Chine rencontre-t-elle des résistances ?
Oui. Selon The Diplomat, Pékin entre en 2026 avec un appareil diplomatique sous tension et une opposition croissante, notamment des tensions avec le Japon, des frictions avec les Philippines et la question de Taïwan, qui ternissent l'image qu'elle cherche à projeter.
Sources
-
South China Morning Post, « China signs record US$213 billion of new ‘belt and road’ deals in 2025: report », South China Morning Post, 2025. https://www.scmp.com/economy/china-economy/article/3340442/china-signs-record-us213-billion-new-belt-and-road-deals-2025-report ↩
-
Green Finance & Development Center, « China Belt and Road Initiative (BRI) Investment Report 2025 », Griffith University, 2025. https://greenfdc.org/china-belt-and-road-initiative-bri-investment-report-2025/ ↩ ↩2 ↩3
-
Asia Society, « China-US Relations and the Emerging Multipolar World Order », Asia Society, 2025. https://asiasociety.org/hong-kong/china-us-relations-and-emerging-multipolar-world-order ↩ ↩2 ↩3
-
China’s Diplomacy in the New Era, « Global Security Initiative », Ministère des Affaires étrangères de la RPC, 2025. https://en.chinadiplomacy.org.cn/gsi/index.shtml ↩
-
The State Council of the PRC, « Xi’s diplomacy in 2025: Shedding light on a world at crossroads », gov.cn, 30 décembre 2025. https://english.www.gov.cn/news/202512/30/content_WS695323d7c6d00ca5f9a08515.html ↩
-
Time, « Global Survey Finds Much of World See China on the Rise », Time, 2025. https://time.com/7346802/european-council-foreign-relations-survey-china-power-trump-geopolitics-diplomacy/ ↩ ↩2
-
The Diplomat, « China’s Diplomatic Machinery Is Wearing Thin », The Diplomat, décembre 2025. https://thediplomat.com/2025/12/chinas-diplomatic-machinery-is-wearing-thin/ ↩ ↩2
Recevez nos analyses chaque mercredi.
Une synthèse hebdomadaire des dynamiques géopolitiques, technologiques et de défense.


