Sanctions économiques : le bilan russe et iranien en 2025-2026
Plafond pétrolier abaissé, snapback sur l'Iran, flotte fantôme : que pèsent vraiment les sanctions occidentales sur la Russie et l'Iran en 2025-2026 ?

À retenir
- La Banque mondiale ne table que sur +0,9 % de croissance russe en 2025 et +0,8 % en 2026.
- L'UE a abaissé le plafond du pétrole russe à 47,6 dollars le baril dans son 18e paquet de juillet 2025.
- Les sanctions de l'ONU contre l'Iran ont été rétablies le 27 septembre 2025 via le mécanisme de snapback.
- L'économie iranienne se contracte et l'inflation grimpe vers 60 %, nourrissant des manifestations dès fin 2025.
Pendant trois ans, on a répété que les sanctions ne marchaient pas, que la Russie tenait bon, que l’Iran s’adaptait. En 2025-2026, le tableau se nuance. Le PIB russe stagne, son déficit explose, le rial iranien s’effondre et la rue gronde à Téhéran. Les sanctions n’ont pas provoqué l’effondrement promis par leurs partisans ni l’inefficacité dénoncée par leurs critiques. Elles font autre chose : elles usent, lentement, deux économies prises au piège de la guerre et de l’isolement.
La Russie : la stagnation plutôt que l’effondrement
Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine, l’économie russe n’a pas sombré, mais elle s’essouffle. La Banque mondiale ne prévoit plus que 0,9 % de croissance en 2025, puis 0,8 % en 2026 et 1 % en 20271. L’Atlantic Council parle d’une économie « entre stagnation et militarisation », tendue par l’arbitrage du « beurre contre les canons » entre dépenses sociales et effort de guerre2.
Le tournant de 2025 est venu du pétrole. Avec son dix-huitième paquet de sanctions, en juillet 2025, l’Union européenne a abaissé le plafond du prix du brut russe de 60 à 47,6 dollars le baril, en y ajoutant un mécanisme d’ajustement automatique au marché1. Les effets sont mesurables : sur les onze premiers mois de 2025, les recettes pétrolières et gazières ont reculé de 22 %, et le déficit budgétaire fédéral a été multiplié par cinq, passant de 1 200 à 6 000 milliards de roubles, soit de 0,5 % à 3 % du PIB3. Au seul mois de novembre, les revenus pétro-gaziers ont chuté d’un tiers sur un an3. Chatham House anticipe une Russie contrainte de vivre, l’an prochain, avec un baril autour de 40-45 dollars3.
Cette asphyxie budgétaire pèse sur le moteur même de l’économie de guerre. Depuis 2022, la croissance russe reposait largement sur les dépenses militaires, qui dopaient artificiellement l’activité. Mais cet arbitrage du « beurre contre les canons » atteint ses limites : à mesure que les recettes se tarissent, financer à la fois le front et la paix sociale devient un casse-tête. La perspective à long terme s’assombrit, l’Atlantic Council jugeant que la guerre, les sanctions et le choix anti-occidental brideront durablement le potentiel de croissance du pays, sans qu’aucun rebond ne se profile2.
L’Iran : le choc du snapback
Pour Téhéran, 2025 a marqué une rupture brutale. Le 27 septembre 2025, les sanctions de l’ONU suspendues depuis l’accord nucléaire de 2015 ont été rétablies par le mécanisme dit de snapback, déclenché un mois plus tôt par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni4. Le motif : les violations nucléaires iraniennes, avec un enrichissement d’uranium porté à 60 % de pureté — contre 3,5 % autorisés — et un stock de 400 kilos d’uranium hautement enrichi4.
Le choc économique est sévère. La Banque mondiale prévoit une contraction du PIB iranien de 1,7 % en 2025 et de 2,8 % en 2026, avec une inflation grimpant vers 60 %5. La monnaie nationale s’effondre : début 2026, le dollar s’échangeait à 1,4-1,5 million de rials au marché libre, contre environ 600 000 auparavant5. Cette dépréciation vertigineuse pulvérise l’épargne des ménages, renchérit les importations vitales — médicaments, denrées, pièces détachées — et nourrit un sentiment de déclassement généralisé.
La spirale a un coût politique direct. À partir du 28 décembre 2025, des manifestations parties des bazars, en réaction à la flambée des prix, se sont étendues aux 31 provinces du pays, se muant en contestation nationale du régime5. Le mouvement, né des commerçants et marchands étranglés par la dévaluation, a rapidement agrégé d’autres catégories sociales. Pour Téhéran, le snapback n’a donc pas seulement asséché les finances publiques : il a rallumé la mèche d’une colère populaire que le pouvoir peine à contenir, dans un pays déjà éprouvé par plusieurs vagues de protestation.
La parade : flotte fantôme et yuans
Face à l’étau, Moscou et Téhéran ont bâti des circuits de contournement de plus en plus rodés. Au cœur du dispositif : la « flotte fantôme », ces pétroliers vieillissants naviguant sous pavillons opaques, avec assureurs, registres et intermédiaires soigneusement assemblés6. Le système gagne en efficacité : les durées de trajet ont été ramenées de 85-90 jours à 50-70 jours grâce à des itinéraires optimisés6. Selon le cabinet Vortexa, les exportations iraniennes de brut vers la Chine tournaient à plein régime en 2025, autour de 1,5 à 1,7 million de barils par jour6.
L’autre pilier est monétaire. Le commerce russo-chinois se règle désormais à environ 90 % en yuans et en roubles6. Pékin construit un système alternatif de messagerie et de paiements destiné à permettre des transactions en renminbi hors de portée des États-Unis6. Cette dédollarisation partielle limite la portée des sanctions financières, sans toutefois soustraire ces économies à leur dépendance structurelle aux matières premières. C’est la logique au cœur des réponses stratégiques des régimes autoritaires aux sanctions : encaisser le coup, réorienter les flux, tenir.
L’effet boomerang et ses limites
Les chiffres révèlent un paradoxe que la propagande des deux camps masque. Les sanctions n’ont pas renversé les régimes visés, qu’elles ont même parfois soudés autour d’un nationalisme de résistance. Mais elles ne sont pas restées sans effet : elles rabotent le potentiel de croissance, vident les caisses publiques et reportent la facture sur les populations. En Russie comme en Iran, le citoyen ordinaire paie l’addition par l’inflation et la chute de son pouvoir d’achat.
Surtout, leur efficacité dépend désormais d’un mot : l’application. Le séquestre de pétroliers — au moins dix saisis depuis décembre 2025 dans le cadre d’une opération de pression maritime — n’a eu qu’un impact limité tant que les réseaux logistiques restent intacts6. Et la Chine, en facilitant l’évasion des sanctions au bénéfice de la Russie, de l’Iran et de la Corée du Nord, érode l’arme économique occidentale6. C’est tout l’enjeu de l’adaptation économique de la Russie aux sanctions, qui inspire désormais d’autres États visés.
Le signal à surveiller : le prix du baril et le seuil de rupture
L’avenir des sanctions se jouera sur deux variables. Côté russe, le seuil critique est le prix du brut : si le baril s’installe durablement sous 45 dollars, le budget de guerre du Kremlin deviendra intenable sans coupes douloureuses3. Côté iranien, c’est la rue qui dicte le tempo : la conjonction d’une récession, d’une inflation galopante et d’une monnaie en lambeaux crée un terreau d’instabilité que le régime maîtrise mal.
Ces dynamiques dépassent les seuls cas russe et iranien. Elles éclairent la stratégie américaine de pression maximale appliquée ailleurs, notamment dans la crise avec le Venezuela, et confirment une leçon valable pour l’économie iranienne soumise aux sanctions internationales : l’arme économique fonctionne par accumulation, pas par choc. Elle exige du temps, de la cohésion entre alliés et une traque sans relâche des circuits de contournement. Trois conditions plus difficiles à réunir que jamais.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Les sanctions ont-elles fait s'effondrer l'économie russe ?
Non, mais elles l'asphyxient lentement. La Banque mondiale ne prévoit que +0,9 % de croissance en 2025 et +0,8 % en 2026, soit une stagnation. Le déficit budgétaire a été multiplié par cinq en 2025, atteignant 6 000 milliards de roubles, sous l'effet de la chute des revenus pétroliers.
Qu'est-ce que le snapback sur l'Iran ?
Le snapback est un mécanisme de l'accord nucléaire de 2015 permettant de rétablir automatiquement les sanctions de l'ONU. Déclenché par la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni le 28 août 2025, il est entré en vigueur le 27 septembre 2025, en réponse à l'enrichissement d'uranium iranien à 60 %.
Comment la Russie et l'Iran contournent-ils les sanctions ?
Tous deux s'appuient sur une flotte fantôme de pétroliers vieillissants, sous pavillons opaques, et sur des paiements en monnaies alternatives. Le commerce russo-chinois se règle désormais à environ 90 % en yuans et roubles, échappant largement au système financier en dollars.
Pourquoi des manifestations ont-elles éclaté en Iran fin 2025 ?
À partir du 28 décembre 2025, des manifestations ont gagné les 31 provinces iraniennes. Parties des bazars, sous l'effet de la flambée des prix et de l'effondrement du rial, elles se sont muées en contestation nationale du gouvernement, sur fond de récession aggravée par le snapback.
Sources
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« The World Bank now expects Russia’s GDP to grow 0.9% in 2025 », cité dans « Stiffening European sanctions against the Russian oil trade », Brookings, 2025. https://www.brookings.edu/articles/stiffening-european-sanctions-against-the-russian-oil-trade/ ↩ ↩2
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Atlantic Council, « The Russian economy in 2025: Between stagnation and militarization », Atlantic Council, 2025. https://www.atlanticcouncil.org/content-series/russia-tomorrow/the-russian-economy-in-2025-between-stagnation-and-militarization/ ↩ ↩2
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Chatham House, « Tightening the oil-price cap to increase the pressure on Russia », Chatham House, septembre 2025. https://www.chathamhouse.org/2025/09/tightening-oil-price-cap-increase-pressure-russia/introduction ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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The Soufan Center, « UN Sanctions on Iran Are Reimposed », The Soufan Center IntelBrief, octobre 2025. https://thesoufancenter.org/intelbrief-2025-october-2/ ↩ ↩2
-
House of Commons Library, « Iran: What challenges face the country in 2026? », UK Parliament, 2026. https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-10456/ ↩ ↩2 ↩3
-
Middle East Institute, « How Iran, China, and Russia Use the Shadow Fleet to Evade US Sanctions », Middle East Institute, 2026. https://mei.edu/policymemo/how-iran-china-and-russia-use-the-shadow-fleet-to-evade-us-sanctions/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7
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