Déchets nucléaires : la Finlande ouvre la voie souterraine
Gestion des déchets nucléaires : la Finlande s'apprête à enfouir le premier combustible usé, Suède et France suivent. Tour d'horizon d'un défi de 100 000 ans.

À retenir
- Les déchets de haute activité restent dangereux pendant des milliers d'années, ce qui impose un stockage géologique profond.
- La Finlande, avec Onkalo, pourrait enfouir le premier combustible usé dès fin 2026 ou début 2027 : une première mondiale.
- La Suède a lancé en janvier 2025 le chantier de son dépôt de Forsmark, conçu pour 12 000 tonnes de combustible.
- En France, le projet Cigéo a reçu un avis de sûreté satisfaisant en décembre 2025, avant une enquête publique en 2026.
Pendant des décennies, la question a hanté l’industrie nucléaire sans réponse : que faire des déchets les plus dangereux, ceux qui restent radioactifs plus longtemps que n’a duré toute l’histoire humaine ? En 2026, la Finlande s’apprête à fournir un début de réponse, en devenant le premier pays au monde à enfouir son combustible usé pour de bon. Un tournant qui pourrait dissiper l’un des principaux reproches faits à l’atome.
Un déchet pas comme les autres
Tous les déchets nucléaires ne se valent pas. On les classe selon leur niveau de radioactivité et leur durée de vie. Les déchets de faible et moyenne activité, les plus volumineux, se gèrent par stockage de surface ou subsurface, sous surveillance. Le vrai casse-tête, ce sont les déchets de haute activité, principalement le combustible usé : peu volumineux mais intensément radioactifs, et dangereux pendant des milliers d’années.
Cette longévité interdit les solutions provisoires. Les approches actuelles de traitement réduisent le risque sans l’éliminer. La vitrification, par exemple, transforme les déchets radioactifs en blocs de verre stables, diminuant leur volume et leur mobilité, ce qui facilite leur confinement à long terme. Le stockage à sec, en conteneurs robustes et surveillés, sécurise le combustible usé à court terme. Mais ces techniques ne font que gagner du temps : elles attendent une solution définitive, longtemps restée hors de portée, faute de site agréé et de consensus politique. Cette incertitude a nourri l’opposition au nucléaire, au même titre que les accidents qui ont façonné la politique mondiale.
La Finlande franchit le pas
Cette solution porte un nom : le stockage géologique profond. Le principe consiste à enfouir les déchets à plusieurs centaines de mètres sous terre, dans une roche stable, derrière des barrières successives censées les confiner pendant des dizaines de milliers d’années. La Finlande est la première à le concrétiser.
Son site d’Onkalo, à Olkiluoto, sera le premier dépôt géologique permanent au monde pour combustible usé et déchets de haute activité1. L’autorité finlandaise de sûreté radiologique et nucléaire, la STUK, doit rendre son évaluation finale d’ici la fin juin 20262. Si elle est positive et que la licence d’exploitation suit, Onkalo pourrait recevoir ses premiers colis de combustible usé dès la fin 2026 ou le début 20272. Le dépôt est conçu pour accueillir environ 6 500 tonnes de combustible sur une centaine d’années d’exploitation3. Un essai grandeur nature, mené début 2025, a validé les procédés d’enfouissement3.
La Suède et la France dans le sillage
Le mouvement dépasse la seule Finlande. En Suède, l’entreprise SKB a officiellement lancé en janvier 2025 la construction de son dépôt géologique de Forsmark, dans la commune d’Östhammar, pour un chantier d’une dizaine d’années4. À terme, l’installation stockera 12 000 tonnes de combustible usé dans 6 000 conteneurs de cuivre, protégés par de la bentonite et répartis le long de 60 kilomètres de tunnels4. Le dépôt devrait être prêt à recevoir des déchets dans les années 2030.
La France avance elle aussi, plus lentement. Son projet Cigéo, à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne, vise à enfouir environ 10 000 mètres cubes de déchets de haute activité et 73 000 mètres cubes de déchets de moyenne activité à vie longue, à 500 mètres de profondeur5. En décembre 2025, le projet de l’agence Andra a reçu un avis de sûreté satisfaisant6. Une enquête publique est attendue au second semestre 2026, mais les opérations à pleine échelle ne commenceraient qu’autour de 2040-20506. L’AIEA a par ailleurs procédé à une revue internationale du projet français5.
Ces calendriers, qui se comptent en décennies, illustrent une réalité du dossier : entre la première galerie creusée et l’enfouissement à pleine échelle, il s’écoule souvent un demi-siècle. Chaque pays avance à son rythme, en fonction de sa géologie, de son cadre réglementaire et de l’acceptation de ses citoyens. La convergence de la Finlande, de la Suède et de la France vers le stockage géologique marque néanmoins un tournant : après des décennies d’atermoiements, la solution de référence fait désormais consensus parmi les ingénieurs.
Réduire le déchet à la source
Au-delà de l’enfouissement, la recherche explore des pistes pour réduire la quantité ou la nocivité des déchets. La plus prometteuse est la transmutation, qui vise à transformer les isotopes les plus radioactifs en éléments moins nocifs ou à vie plus courte, ce qui allégerait la charge des dépôts. Ces travaux restent expérimentaux et coûteux, réservés aux pays disposant d’une expertise de pointe.
Le retraitement, déjà pratiqué en France, permet de récupérer une partie de l’uranium et du plutonium du combustible usé pour le réutiliser, réduisant d’autant le volume de déchets ultimes. Mais il soulève ses propres questions, notamment de coût et de prolifération, le plutonium séparé étant un matériau sensible. Là encore, aucune technique ne supprime totalement le problème : elle le déplace ou le réduit.
D’autres approches passent par le combustible lui-même. Les cycles à base de thorium promettent des déchets à durée de vie plus courte, tandis que les réacteurs de nouvelle génération pourraient consommer une partie des matières aujourd’hui considérées comme des rebuts. Les petits réacteurs modulaires et le développement de combustibles résistants aux accidents s’inscrivent dans cette quête d’un cycle plus sobre. Mais aucune de ces voies ne dispense d’une solution de stockage final : même optimisé, le nucléaire produira toujours des déchets ultimes.
La confiance, clé de voûte
Le défi n’est pas que technique. Le choix d’un site de stockage soulève des questions d’équité et d’acceptabilité : quelle communauté accepte d’accueillir, pour des millénaires, les déchets des autres ? Le succès finlandais doit autant à sa géologie qu’à un long travail de dialogue local et de confiance. À l’inverse, l’abandon du projet américain de Yucca Mountain, faute de consensus politique, a laissé les États-Unis sans solution définitive, leur combustible usé restant entreposé sur les sites mêmes des centrales.
Le transport des déchets ajoute sa propre complexité. Déplacer des matières hautement radioactives vers un dépôt impose des protocoles de sûreté stricts, des conteneurs spécialisés et une planification minutieuse, le tout sous le regard de populations souvent inquiètes. Les normes internationales, portées notamment par l’AIEA, fournissent un cadre commun, mais chaque pays doit l’adapter à son contexte, ce qui crée des disparités d’application.
L’enjeu, désormais, est de transformer l’essai. Si Onkalo enfouit bien ses premiers colis fin 2026, le nucléaire pourra enfin opposer une réponse concrète et démontrée à l’argument qui lui colle à la peau depuis ses débuts. Le signal à suivre : l’avis de la STUK attendu cet été, qui pourrait ouvrir, pour la première fois de l’histoire, la porte d’un tombeau nucléaire conçu pour durer 100 000 ans.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Pourquoi les déchets nucléaires posent-ils problème ?
Parce que les déchets de haute activité restent radioactifs pendant des milliers, voire des centaines de milliers d'années. Il faut donc les isoler durablement de l'environnement et de l'homme. Aucune solution universelle n'existait jusqu'ici : la plupart des pays stockaient leur combustible usé en surface, en attente d'une solution définitive.
Qu'est-ce que le stockage géologique profond ?
C'est l'enfouissement des déchets les plus dangereux à plusieurs centaines de mètres sous terre, dans des formations rocheuses stables. Les déchets sont conditionnés dans des conteneurs résistants, entourés de barrières d'argile, puis scellés. L'objectif : les confiner pendant des dizaines de milliers d'années, à l'abri de l'eau et des mouvements géologiques.
Quel pays sera le premier à enfouir ses déchets ?
La Finlande. Son site d'Onkalo, à Olkiluoto, sera le premier dépôt géologique permanent au monde pour combustible usé. L'autorité de sûreté STUK doit rendre son avis final mi-2026 ; si la licence suit, les premiers enfouissements pourraient commencer dès fin 2026 ou début 2027, pour environ 6 500 tonnes.
Où en est la France avec le projet Cigéo ?
Cigéo, dans la Meuse, vise à enfouir environ 10 000 m³ de déchets de haute activité à 500 mètres de profondeur. Le projet a reçu un avis de sûreté satisfaisant en décembre 2025. Une enquête publique est prévue au second semestre 2026, et les opérations à pleine échelle ne débuteraient qu'autour de 2040-2050.
Sources
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NS Energy, « Onkalo Nuclear Waste Disposal Facility, Olkiluoto, Finland », NS Energy Business, 2025. https://www.nsenergybusiness.com/projects/onkalo-nuclear-waste-disposal-facility/ ↩
-
POWER Magazine, « Trial Run at Finland’s Onkalo Repository Sets Stage for World’s First Spent Nuclear Fuel Disposal », POWER, 2025. https://www.powermag.com/trial-run-at-finlands-onkalo-repository-sets-stage-for-worlds-first-spent-nuclear-fuel-disposal/ ↩ ↩2
-
NucNet, « Finland Completes Key Trial For World’s First Deep Geological Nuclear Waste Repository », NucNet, 3 février 2025. https://www.nucnet.org/news/finland-completes-key-trial-for-world-s-first-deep-geological-nuclear-waste-repository-3-2-2025 ↩ ↩2
-
American Nuclear Society, « Sweden begins construction of spent fuel repository », Nuclear Newswire, 17 janvier 2025. https://www.ans.org/news/2025-01-17/article-6693/sweden-begins-construction-of-spent-fuel-repository/ ↩ ↩2
-
International Atomic Energy Agency, « IAEA Reviews France’s Project for High and Intermediate-Level Radioactive Waste Disposal », IAEA, 2025. https://www.iaea.org/newscenter/news/iaea-reviews-frances-project-for-high-and-intermediate-level-radioactive-waste-disposal ↩ ↩2
-
American Nuclear Society, « France’s Cigéo repository receives satisfactory safety review », Nuclear Newswire, 9 décembre 2025. https://www.ans.org/news/2025-12-09/article-7606/frances-cigo-repository-receives-satisfactory-safety-review/ ↩ ↩2
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