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Réseaux du pouvoir en Iran : la prise des Gardiens

Mort de Khamenei, succession de Mojtaba, marginalisation de Pezeshkian : comment les Gardiens de la révolution ont pris le contrôle du pouvoir en Iran.

Par ISS2 mars 2026, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 5 min
Défilé des Gardiens de la révolution islamique, pivot du pouvoir iranien après la guerre de 2026.
Défilé des Gardiens de la révolution islamique, pivot du pouvoir iranien après la guerre de 2026. (Image d'illustration IA © ISS 2026)

À retenir

  1. La mort d'Ali Khamenei le 28 février 2026 a ouvert la transition la plus sensible de l'histoire de la République islamique.
  2. Son fils Mojtaba a été désigné Guide le 8 mars, une élection que les Gardiens de la révolution ont verrouillée.
  3. Le pouvoir glisse du clergé vers l'appareil militaro-sécuritaire, qui contrôle force, réseaux et discipline interne.
  4. Le président Pezeshkian, marginalisé, a réclamé de quitter ses fonctions ; le chef de la sécurité Ali Larijani a été tué.

Pendant trente-six ans, le pouvoir iranien a tenu sur un homme : Ali Khamenei, arbitre ultime de toutes les décisions stratégiques. Le 28 février 2026, une frappe américano-israélienne le tue dès le premier jour de la guerre1. La République islamique perd son axe. Ce qui suit n’est pas l’effondrement annoncé, mais une recomposition rapide — et révélatrice : ce sont les Gardiens de la révolution qui ramassent la mise.

Une succession verrouillée en dix jours

La transition que beaucoup imaginaient chaotique est expédiée. Le 8 mars 2026, Mojtaba Khamenei, fils du Guide défunt, est désigné à sa place2. Officiellement, c’est l’Assemblée des experts, chargée de choisir le Guide, qui tranche. Officieusement, plusieurs sources décrivent une élection téléguidée : les Gardiens auraient forcé un vote rapide et pesé sur les membres de l’assemblée3.

Le profil du nouveau Guide en dit long. Mojtaba Khamenei n’a jamais exercé de fonction publique officielle ; il était le gestionnaire de l’ombre du bureau de son père, où il commandait l’appareil de sécurité interne et de profonds réseaux au sein des Gardiens4. Surtout, ce clerc de rang intermédiaire ne possède pas les titres religieux qu’exige en principe le velayat-e faqih, la doctrine du « gouvernement du juriste » qui fonde l’autorité du Guide4. Sa légitimité spirituelle est donc fragile — et compensée par le soutien des armes. Donald Trump avait d’ailleurs prévenu qu’il jugerait une telle nomination « inacceptable »5, sans que cela pèse sur le choix de Téhéran. Les cercles dirigeants ont retenu Mojtaba précisément parce qu’ils le jugeaient malléable et fiable, capable de préserver la cohésion interne tout en maintenant une ligne dure à l’extérieur6.

Au-delà de la mécanique institutionnelle, la disparition de Khamenei constitue un choc symbolique majeur. Pendant près de quatre décennies, il avait incarné la continuité révolutionnaire depuis la mort de Khomeini et concentré méthodiquement un pouvoir absolu. Sa présence était le socle de la légitimité du régime ; son absence crée un vide que nul ne comble aisément, et qui aurait pu, dans d’autres circonstances, ouvrir une bataille de succession féroce. C’est cette bataille que les Gardiens ont préemptée.

Du clergé aux casernes : un basculement de nature

Ce que l’on présente comme une succession dynastique est en réalité l’aboutissement d’un glissement plus profond : le transfert de l’autorité effective du leadership clérical vers l’appareil militaro-sécuritaire4. Dans cette lecture, la structure cléricale subsiste surtout comme théâtre, symbole et source de légitimité, tandis que les Gardiens contrôlent la force, les réseaux, la logistique et la discipline interne4.

L’ascension de Mojtaba doit tout à ses liens étroits avec l’IRGC, dont l’influence s’étend à l’économie, à la politique et à la sécurité2. Les figures militaires qui l’entourent pèsent aujourd’hui plus lourd que jamais depuis des années6. Ce basculement éclaire d’un jour nouveau le rôle des réseaux d’influence iraniens, longtemps adossés au clergé, et que décrit notre dossier sur les réseaux religieux iraniens. La question de fond, posée par plusieurs analystes, est de savoir si l’Iran restera une théocratie ou évoluera vers un modèle hybride, plus technocratique et militaire que clérical — la crise pouvant pousser aussi bien vers un durcissement idéologique que vers une normalisation pragmatique du pouvoir.

Pezeshkian marginalisé, Larijani éliminé

Deux épisodes récents confirment cette concentration. D’abord, le sort du président élu. Masoud Pezeshkian, qui incarne la face civile du régime, peine à exister. Il aurait obtenu sa première audience avec Mojtaba Khamenei deux mois seulement après la désignation de ce dernier7. Pis : selon plusieurs médias, Pezeshkian a soumis une lettre de démission, arguant que la présidence et le gouvernement civil sont « effectivement exclus » des grandes décisions, au profit des factions dures de l’IRGC8.

Ensuite, l’élimination d’un rival. Les renseignements américain et israélien voyaient dans le chef de la sécurité Ali Larijani le dirigeant de fait de l’Iran d’après-guerre — jusqu’à ce qu’Israël l’assassine fin mai 20266. Cette disparition retire un poids lourd de l’échiquier et renforce mécaniquement l’emprise des cercles militaro-sécuritaires gravitant autour du nouveau Guide. Le pouvoir iranien, jadis polycentrique, se resserre.

Ces deux épisodes racontent la même histoire sous deux angles. L’éviction d’un président élu et l’élimination d’un rival sécuritaire convergent vers une concentration inédite : l’IRGC et l’appareil qui lui est lié se sont installés au cœur de la décision stratégique, reléguant les institutions civiles à un rôle d’exécution. Ce qui se joue n’est pas un simple remaniement, mais la consolidation d’un État sécuritaire.

Ce que la militarisation change pour la région

La nature du pouvoir détermine sa politique. Un régime dominé par les Gardiens est, par construction, plus enclin à la fermeté extérieure et moins sensible aux contrepoids civils ou cléricaux. Cette militarisation pèse sur la conduite de la guerre, sur la gestion du dossier nucléaire et sur le rapport aux voisins, comme l’analyse notre dossier sur les relations de l’Iran avec ses voisins. Les milices alliées — Hezbollah, Houthis, groupes irakiens — voient elles aussi leurs interlocuteurs directs changer, à mesure que les chaînes de commandement se réorganisent autour des survivants de l’appareil sécuritaire.

Elle ne signifie pas pour autant un bloc monolithique. La loyauté des Gardiens à un Guide qu’ils ont eux-mêmes installé reste à éprouver, et la marginalisation du camp civil prive le régime d’une soupape interne. Dans un pays traversé par des contestations récurrentes, l’effacement des réformateurs au profit de l’appareil sécuritaire est un pari risqué : il offre la cohésion à court terme, mais nourrit la fracture entre le pouvoir et une partie de la société, dimension que rappelle notre analyse de l’Iran comme risque stratégique.

Le test des prochains mois

La mort d’Ali Khamenei a ouvert une boîte que nul ne sait refermer. Le système politique iranien tel qu’on le connaissait — équilibre instable entre clergé, élus et militaires — a cédé la place à une architecture où les Gardiens tiennent les leviers. Trois signaux diront si cette domination se stabilise ou se fissure : la capacité de Mojtaba Khamenei à asseoir une autorité propre plutôt qu’empruntée ; le sort réservé à la démission de Pezeshkian, révélateur du maintien, ou non, d’une façade civile ; et la cohésion des Gardiens une fois disparus leurs arbitres historiques, dans un corps qui a perdu plusieurs de ses chefs en deux guerres successives. De ces dynamiques internes dépend la trajectoire d’un Iran sorti exsangue de la guerre de 2026, et plus que jamais imprévisible.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qui dirige l'Iran après la mort d'Ali Khamenei ?

Son fils Mojtaba Khamenei a été désigné Guide suprême le 8 mars 2026. Mais le pouvoir réel s'est déplacé vers les Gardiens de la révolution, qui ont orchestré son élection et dominent désormais les décisions stratégiques du régime.

Comment Mojtaba Khamenei a-t-il été désigné ?

Les Gardiens de la révolution auraient forcé un vote rapide de l'Assemblée des experts et pesé sur ses membres. Mojtaba, longtemps gestionnaire de l'ombre du bureau de son père, n'a jamais exercé de fonction publique officielle ni les titres religieux requis.

Quel est le rôle du président Pezeshkian ?

Masoud Pezeshkian, président élu, se dit de plus en plus écarté des grandes décisions par les factions de l'IRGC. Selon plusieurs médias, il a soumis une lettre de démission à Mojtaba Khamenei, dénonçant la marginalisation du gouvernement civil.

Qu'est devenu Ali Larijani ?

Considéré par les renseignements américain et israélien comme le dirigeant de fait de l'Iran après la guerre, le chef de la sécurité Ali Larijani a été tué par Israël fin mai 2026, accentuant la concentration du pouvoir au sein de l'appareil militaro-sécuritaire.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. « 2026 Iran war », Encyclopædia Britannica, 2026. https://www.britannica.com/event/2026-Iran-war

  2. NCRI, « Power Dynamics in Iran and Mojtaba Khamenei’s Inner Circle », ncr-iran.org, 2026. https://www.ncr-iran.org/en/news/anews/who-is-who/power-dynamics-in-iran-and-mojtaba-khameneis-inner-circle/ 2

  3. The Times of Israel, « Iran’s Revolutionary Guards orchestrated selection of new supreme leader — sources », The Times of Israel, mars 2026. https://www.timesofisrael.com/iranian-revolutionary-guards-orchestrated-selection-of-new-supreme-leader-sources/

  4. Foreign Affairs, « The New Khamenei », Foreign Affairs, 2026. https://www.foreignaffairs.com/iran/new-khamenei 2 3 4

  5. Fortune, « Trump ceasefire gives Iran control of Strait of Hormuz; Mojtaba Khamenei is alive », Fortune, 8 avril 2026. https://fortune.com/2026/04/08/trump-ceasefire-iran-control-strait-of-hormuz-mojtaba-khamenei-alive/

  6. The Jerusalem Post, « Iran’s Pezeshkian said to offer resignation to Khamenei over growing IRGC influence — report », The Jerusalem Post, 2026. https://www.jpost.com/middle-east/iran-news/article-897917 2 3

  7. Al Jazeera, « Iran’s President Pezeshkian seeks to quash divided leadership narrative », Al Jazeera, 7 mai 2026. https://www.aljazeera.com/news/2026/5/7/irans-president-pezeshkian-seeks-to-quash-divided-leadership-narrative

  8. Gulf News, « Iranian President Pezeshkian, sidelined by IRGC, submits a resignation letter to Khamenei: Report », Gulf News, 2026. https://gulfnews.com/world/mena/iranian-president-pezeshkian-sidelined-by-irgc-submits-a-resignation-letter-to-khamenei-report-1.500559027

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