Le Brésil dans les BRICS : l'art de l'équilibre
Hôte du sommet de Rio en 2025, le Brésil de Lula joue la carte des BRICS sans rompre avec l'Occident. Mais les droits de douane de Trump rebattent les cartes. Analyse.

À retenir
- Le Brésil a accueilli le 17e sommet des BRICS à Rio les 6 et 7 juillet 2025, sous la présidence de Lula.
- Le bloc compte désormais onze membres, après l'entrée de l'Indonésie en janvier 2025 et de l'Arabie saoudite en juillet 2025.
- Élargis, les BRICS pèsent environ la moitié de la population mondiale et plus de 41 % du PIB en parité de pouvoir d'achat.
- En juillet 2025, Donald Trump a imposé 50 % de droits de douane sur les produits brésiliens, citant notamment l'appartenance aux BRICS.
- Le Brésil a réorienté ses exportations vers la Chine, qui a absorbé 37 % des flux redirigés et reste son premier partenaire.
En juillet 2025, Rio de Janeiro a accueilli les dirigeants des grandes puissances émergentes pour le dix-septième sommet des BRICS. À la tribune, le président Lula a lancé un appel inattendu : il a invité tous les membres du G7 et du G20 à rejoindre le bloc1. Le geste résume la singularité brésilienne — faire des BRICS un levier d’influence sans en faire une machine de guerre contre l’Occident. Un numéro d’équilibriste de plus en plus difficile à tenir.
Hôte d’un bloc en pleine mue
Le Brésil a présidé les BRICS en 2025 et organisé le sommet de Rio les 6 et 7 juillet1. L’ordre du jour, posé par Brasília, était délibérément technique : santé mondiale, développement, climat, gouvernance de l’intelligence artificielle, commerce et, surtout, « développement institutionnel » — comprendre, comment digérer les nouveaux venus et renforcer la cohésion interne1.
Car le bloc a changé de dimension. Après l’élargissement record de 2024 — entrée de l’Égypte, de l’Éthiopie, de l’Iran et des Émirats arabes unis au sommet de Kazan —, l’Indonésie est devenue membre à part entière le 6 janvier 20252, suivie de l’Arabie saoudite en juillet, portant le total à onze3. Une catégorie de « pays partenaires » a aussi vu le jour, réunissant la Biélorussie, la Bolivie, la Malaisie ou le Nigeria3. Résultat : les BRICS élargis pèsent désormais environ la moitié de la population mondiale et plus de 41 % du PIB en parité de pouvoir d’achat3. Le Brésil y défend son rôle historique de pont entre Sud global et nations développées, prolongement naturel de son approche de leader régional en Amérique du Sud.
Réformer la gouvernance mondiale : l’obsession de Lula
Au cœur du projet brésilien, une idée fixe : réformer les institutions héritées de 1945. La refonte du Conseil de sécurité de l’ONU figure en tête des priorités du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud1. « Si la gouvernance internationale ne reflète pas la nouvelle réalité multipolaire du XXIe siècle, il revient aux BRICS de contribuer à l’actualiser », a martelé Lula1.
Le discours n’est pas neuf, mais il prend un relief particulier dans un monde fracturé. Le Brésil se pose en champion d’un multilatéralisme rénové, plus représentatif des pays en développement — une posture détaillée dans notre analyse de la position du Brésil sur la réforme de la gouvernance mondiale. Reste que le sommet de Rio a aussi révélé les limites de l’exercice : aucune décision finale n’a été prise sur l’admission de nouveaux membres, la candidature saoudienne étant renvoyée à 2026, et un groupe de travail créé pour fixer enfin des critères d’adhésion1. Signe des fragilités du bloc, Xi Jinping était absent — une première depuis son arrivée au pouvoir en 2012 — et Vladimir Poutine n’est intervenu que par visioconférence, sous le coup d’un mandat d’arrêt international1.
La carte chinoise, atout et dépendance
Si le Brésil tient aux BRICS, c’est aussi pour des raisons très concrètes. La Chine est son premier partenaire commercial, avec plus de 100 milliards de dollars d’échanges annuels4. Depuis 2023, les deux pays règlent une partie de leur commerce en monnaies locales, éliminant le dollar comme intermédiaire45. Pour Brasília, c’est un moyen de diversifier ses débouchés — au premier rang desquels les exportations agricoles qui ancrent son rôle dans la sécurité alimentaire mondiale — et de réduire sa dépendance au billet vert.
Mais cette proximité a un coût. La dépendance croissante à la Chine soulève des questions de souveraineté économique, et expose le Brésil aux tensions sino-américaines. C’est tout l’enjeu de son partenariat commercial croissant avec la Chine : en tirer profit sans s’y enchaîner. Le Brésil cherche du reste à élargir le jeu au-delà de Pékin, notamment vers le continent africain, pour ne pas remplacer une dépendance par une autre.
L’électrochoc des droits de douane Trump
L’équilibre brésilien a été brutalement testé à l’été 2025. En juillet, Donald Trump a imposé 50 % de droits de douane sur les produits brésiliens, l’un des taux les plus élevés au monde6. Le décret de la Maison-Blanche invoquait ouvertement deux griefs politiques : la « persécution politiquement motivée » de l’ancien président Jair Bolsonaro et le rôle du Brésil dans les BRICS, soupçonnés d’explorer des alternatives au dollar6.
La sanction a fait mal, mais n’a pas plié Brasília. Entre août et décembre 2025, les exportations brésiliennes vers les États-Unis ont chuté de 3,7 milliards de dollars sur un an6. Pourtant, le Brésil a clôturé l’année sur un record d’exportations totales, en réorientant vite ses flux : la Chine a absorbé 37 % des exportations redirigées6. Loin de céder, Lula a refusé tout compromis sur son alignement BRICS ou sur la dédollarisation, présentant sa stratégie non comme un rejet de Washington, mais comme la défense de son autonomie dans un système polarisé6. Paradoxalement, la pression américaine a donc rapproché le Brésil de Pékin — l’effet inverse de celui recherché.
L’autonomie comme boussole
Le Brésil incarne, au sein des BRICS, une troisième voie : ni satellite de la Chine, ni allié docile de l’Occident, mais puissance moyenne attachée à sa liberté de manœuvre. Cet équilibre, qui irrigue aussi son influence dans les négociations climatiques mondiales, est sa force autant que sa vulnérabilité : il suppose de ne jamais trop pencher d’un côté. Le signal à surveiller en 2026 sera la suite du bras de fer tarifaire avec Washington, et la capacité du Brésil à maintenir le cap sans se jeter dans les bras de Pékin. Car dans un monde qui se polarise, l’art de l’équilibre devient chaque jour plus périlleux — et plus précieux.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quel rôle joue le Brésil dans les BRICS ?
Membre fondateur, le Brésil agit comme un pont entre pays émergents et nations développées. Il a présidé le bloc en 2025 et accueilli le sommet de Rio les 6 et 7 juillet. Lula y a défendu la réforme des institutions mondiales, notamment du Conseil de sécurité de l'ONU, et un multilatéralisme inclusif plutôt qu'anti-occidental.
Combien de pays comptent les BRICS en 2025 ?
Onze membres à part entière. Aux cinq fondateurs se sont ajoutés l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran et les Émirats arabes unis en 2024, l'Indonésie en janvier 2025 et l'Arabie saoudite en juillet 2025. Une catégorie de « pays partenaires » réunit en outre des États comme la Biélorussie, la Bolivie ou la Malaisie.
Pourquoi Trump a-t-il taxé le Brésil ?
En juillet 2025, Washington a imposé 50 % de droits de douane sur les produits brésiliens, l'un des taux les plus élevés au monde. Le décret invoquait la « persécution politiquement motivée » de l'ex-président Bolsonaro et le rôle du Brésil dans les BRICS, accusés d'explorer des alternatives au dollar. Une sanction ouvertement politique.
Le Brésil se détourne-t-il des États-Unis ?
Lula présente sa stratégie non comme un rejet de Washington, mais comme une quête d'autonomie dans un monde polarisé. Face aux droits de douane, le Brésil a réorienté ses exportations : entre août et décembre 2025, la Chine a absorbé 37 % des flux redirigés, confortant son rang de premier partenaire commercial du pays.
Les BRICS veulent-ils abandonner le dollar ?
Ils explorent des alternatives, sans projet de monnaie commune à court terme. Le Brésil et la Chine règlent une partie de leurs échanges en monnaies locales depuis 2023. Mais beaucoup d'analystes jugent l'agenda de dédollarisation ambitieux et lointain : il s'agit surtout de réduire la dépendance au billet vert, pas de le détrôner.
Sources
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Council on Foreign Relations, « The BRICS Summit 2025: The Challenge to Find Common Ground », Council of Councils, 2025. https://www.cfr.org/councilofcouncils/global-memo/the-brics-summit-2025-the-challenge-to-find-common-ground/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7
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Gouvernement du Brésil (Planalto), « Brazil announces Indonesia as full member of BRICS », gov.br/planalto, 6 janvier 2025. https://www.gov.br/planalto/en/latest-news/2025/01/brazil-announces-indonesia-as-full-member-of-brics ↩
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Council on Foreign Relations, « What Is the BRICS Group and Why Is It Expanding? », CFR Backgrounder, 2025. https://www.cfr.org/backgrounders/what-brics-group-and-why-it-expanding ↩ ↩2 ↩3
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GIS Reports, « Coercive U.S. trade policy and Brazil’s pivot », GIS Reports Online, 2025. https://www.gisreportsonline.com/r/brazil-us-ties/ ↩ ↩2
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« China and Brazil strike deal to use own currencies for trade instead of dollar », The National, 30 mars 2023. https://www.thenationalnews.com/business/economy/2023/03/30/china-and-brazil-strike-deal-to-use-own-currencies-for-trade-instead-of-dollar/ ↩
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Al Jazeera, « Trump’s hefty tariff on Brazil expected to push the country towards China », Al Jazeera, 23 juillet 2025. https://www.aljazeera.com/economy/2025/7/23/trumps-hefty-tariff-on-brazil-expected-to-push-the-country-towards-china ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
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