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Brésil-Chine : un partenariat commercial record

Commerce à 171 milliards de dollars, accords scellés à Pékin, soja roi : le Brésil et la Chine resserrent leurs liens, entre aubaine économique et risque de dépendance.

Par ISS10 décembre 2024, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 5 min
Cargo chargé de conteneurs dans un port brésilien à destination de la Chine
Cargo chargé de conteneurs dans un port brésilien à destination de la Chine (Image d'illustration IA © ISS 2024)

À retenir

  1. Le commerce bilatéral Brésil-Chine a atteint un record de 171 milliards de dollars en 2025, plus du double des échanges avec les États-Unis.
  2. La Chine absorbe environ 28,7 % des exportations brésiliennes, le soja en tête.
  3. La visite de Lula à Pékin en mai 2025 a débouché sur une vingtaine d'accords et un accord de swap monétaire de 27,69 milliards de dollars.
  4. Les guerres commerciales américaines ont accéléré la réorientation des exportations brésiliennes vers la Chine.
  5. La concentration sur les matières premières nourrit un débat sur la dépendance et la désindustrialisation du Brésil.

En 2025, un chiffre a résumé le basculement : 171 milliards de dollars. C’est le montant record atteint par le commerce entre le Brésil et la Chine, plus du double des échanges du géant sud-américain avec les États-Unis1. En quelques années, Pékin s’est imposé comme le partenaire économique incontournable de Brasília. Une aubaine pour les exportateurs brésiliens, mais une relation qui interroge de plus en plus sur ses contreparties.

Un record porté par le soja et les droits de douane américains

Les volumes donnent la mesure du phénomène. Le commerce bilatéral a progressé de 8,2 % par rapport à 2024 pour atteindre son plus haut niveau depuis le début des relevés en 19971. Les exportations brésiliennes vers la Chine ont frôlé les 100 milliards de dollars, leur deuxième meilleur résultat historique1. La Chine absorbe désormais 28,7 % des exportations du Brésil et fournit 25,3 % de ses importations2.

Le moteur de cette envolée tient en un mot : soja. La graine a représenté un peu plus du tiers des expéditions vers la Chine en 2025, avec une hausse annuelle de 10 %1. Un autre facteur a joué les accélérateurs : la guerre commerciale lancée par Washington. Confronté à la hausse des droits de douane américains, le Brésil a réorienté ses ventes vers le marché chinois, avide de ses matières premières1. Les importations brésiliennes en provenance de Chine ont elles aussi battu un record, à 70,9 milliards de dollars, tirées par les véhicules électriques, les engrais et une plateforme pétrolière3.

La visite de Lula, accélérateur diplomatique

Ce rapprochement économique s’est doublé d’un sceau politique. En mai 2025, le président Lula da Silva a effectué une visite d’État à Pékin, présentée comme un jalon stratégique4. Le déplacement a débouché sur une vingtaine d’accords couvrant le commerce, les infrastructures, la technologie, l’agro-industrie et la durabilité5. Surtout, les deux pays ont conclu un accord de swap monétaire de 27,69 milliards de dollars sur cinq ans avec la banque centrale chinoise — un mécanisme qui permet de commercer en réduisant le recours au dollar5.

Les annonces d’investissement ont plu. Brasília a fait état de quelque 27 milliards de reais de capitaux chinois attirés5, dont un investissement d’un milliard de dollars du groupe Envision Energy pour produire du carburant aérien durable5. D’autres engagements ont visé les ports, les énergies renouvelables et le numérique. Pour Lula, qui qualifie la relation de « très stratégique »4, il s’agit d’ancrer le Brésil dans un partenariat de long terme, en cohérence avec son engagement au sein des BRICS.

L’accord de swap monétaire mérite qu’on s’y arrête. En permettant aux deux banques centrales d’échanger leurs devises, il ouvre la voie à un commerce libellé en reais et en yuans, réduisant la dépendance au dollar pour les transactions bilatérales. C’est un geste politique autant qu’économique, qui s’inscrit dans la volonté affichée par les BRICS de bâtir des circuits financiers moins tributaires des États-Unis. Pour le Brésil, c’est aussi une protection contre la volatilité des taux de change et les sanctions susceptibles de viser le système financier dominé par Washington.

Ce que la Chine y gagne

L’intérêt est tout sauf à sens unique. Pour Pékin, le Brésil est une source vitale de sécurité alimentaire et énergétique : soja, minerai de fer, pétrole brut, maïs et viande y coulent à flots. Diversifier ses approvisionnements en s’appuyant sur un fournisseur fiable réduit la dépendance chinoise à l’égard d’autres marchés, à commencer par les États-Unis. Le soja brésilien, en particulier, est devenu une alternative directe au soja américain dans les périodes de tension commerciale entre Pékin et Washington.

La dimension géopolitique est explicite. En consolidant ses liens avec la première économie d’Amérique latine, la Chine étend son influence dans une région longtemps considérée comme la chasse gardée des États-Unis. Investissements dans les infrastructures, transferts de technologie, commerce en monnaies locales : autant de leviers qui font du Brésil une plateforme d’accès au continent sud-américain et un partenaire de poids dans la recomposition de l’ordre mondial.

Le revers de la médaille

Derrière les records, une inquiétude grandit au Brésil. Le profil des échanges est profondément déséquilibré : environ 90 % des exportations brésiliennes vers la Chine sont composées de matières premières, tandis que le Brésil importe des produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée6. Cette spécialisation primaire fait craindre une désindustrialisation rampante. L’indice de complexité économique du Brésil — qui mesure la sophistication de son appareil productif — a chuté de la 23e place en 1998 à la 49e en 20236.

Les voix critiques se multiplient. Plusieurs analystes mettent en garde contre le risque d’une dépendance excessive au marché et aux capitaux chinois, susceptible d’exposer l’économie brésilienne aux soubresauts de la conjoncture en Chine7. La concurrence des produits manufacturés chinois pèse par ailleurs sur l’industrie locale. Le Brésil se trouve ainsi face à un dilemme classique des économies émergentes : profiter de la manne chinoise sans s’y enfermer. Diversifier ses débouchés, monter en gamme et préserver son industrie deviennent des impératifs, qui passent aussi par le renforcement de ses infrastructures portuaires, de son secteur agro-technologique et de partenariats alternatifs comme celui noué avec l’Inde.

Un équilibre à inventer

Le partenariat sino-brésilien illustre une réalité du XXIe siècle : la gravité économique de la Chine attire irrésistiblement les grands fournisseurs de matières premières. Pour le Brésil, l’opportunité est immense — débouchés, capitaux, modernisation — mais elle s’accompagne d’une vulnérabilité tout aussi réelle. La question n’est plus de savoir s’il faut commercer avec Pékin, mais à quelles conditions préserver sa souveraineté économique.

Le signal à surveiller est double : l’évolution de la balance commerciale au-delà des seules matières premières, et la capacité de Brasília à transformer les investissements chinois en montée en gamme industrielle plutôt qu’en simple approfondissement de sa dépendance. De cet arbitrage dépendra la nature réelle de ce partenariat record — relation entre égaux ou tête-à-tête déséquilibré.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel est le volume du commerce entre le Brésil et la Chine ?

Il a atteint un record de 171 milliards de dollars en 2025, en hausse de 8,2 % sur 2024 et plus du double des 83 milliards échangés avec les États-Unis. La Chine est de loin le premier partenaire commercial du Brésil, absorbant environ 28,7 % de ses exportations.

Qu'a obtenu Lula lors de sa visite en Chine en mai 2025 ?

Le président brésilien a signé une vingtaine d'accords couvrant le commerce, les infrastructures, la technologie et l'agro-industrie, ainsi qu'un accord de swap monétaire de 27,69 milliards de dollars sur cinq ans. Le Brésil a annoncé l'attraction d'environ 27 milliards de reais d'investissements chinois.

Pourquoi les exportations brésiliennes se tournent-elles vers la Chine ?

La hausse des droits de douane américains a poussé le Brésil à réorienter ses ventes vers le marché chinois, friand de ses matières premières. Le soja, dont la Chine est le premier acheteur, a représenté à lui seul plus d'un tiers des exportations brésiliennes vers le pays en 2025.

Quels risques cette relation pose-t-elle au Brésil ?

Les exportations brésiliennes vers la Chine sont composées à environ 90 % de matières premières, tandis que le Brésil importe des produits manufacturés. Des analystes y voient un risque de dépendance excessive et de désindustrialisation : l'indice de complexité économique du Brésil a reculé entre 1998 et 2023.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. « Brazil-China trade hits record US$171 billion in 2025 as US tariffs prompt export pivot », South China Morning Post, janvier 2026. https://www.scmp.com/news/china/diplomacy/article/3339924/brazil-china-trade-hits-record-us171-billion-2025-us-tariffs-prompt-export-pivot 2 3 4 5

  2. « Trade between Brazil and China soared in 2025 », Macao News, 2026. https://macaonews.org/news/lusofonia/brazil-china-trade-2025/

  3. « Brazil-China trade hits record in 2025, reaching $171 billion », Global Times, janvier 2026. https://www.globaltimes.cn/page/202601/1353165.shtml

  4. « Lula celebrates results of his visit to China: “Our relationship is very strategic” », Governo do Brasil (Planalto), mai 2025. https://www.gov.br/planalto/en/latest-news/2025/05/lula-celebrates-results-of-his-visit-to-china-201cour-relationship-is-very-strategic201d 2

  5. « As Lula visits Beijing, the Brazilian gov’t announces Chinese investment worth US$ 4,76 bi », Brasil de Fato, 13 mai 2025. https://www.brasildefato.com.br/2025/05/13/as-lula-visits-beijing-the-brazilian-govt-announces-chinese-investment-worth-us-476-bi/ 2 3 4

  6. « Brazil Deepens Its Bond With China », Americas Quarterly, 2025. https://www.americasquarterly.org/article/brazil-deepens-bond-china/ 2

  7. « Has Brazil Given China Too Much Economic Control? », The Diplomat, juin 2025. https://thediplomat.com/2025/06/has-brazil-given-china-too-much-economic-control/

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