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Le Brésil, gardien de l'Atlantique Sud : marine et ZOPACAS

Sous-marin nucléaire, Amazonie bleue, présidence de la ZOPACAS : le Brésil conjugue puissance navale et diplomatie pour sécuriser l'Atlantique Sud. Analyse 2025-2026.

Par ISS10 décembre 2024, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 6 min
Sous-marin de la marine brésilienne en mer, illustrant la défense de l'Atlantique Sud.
Sous-marin de la marine brésilienne en mer, illustrant la défense de l'Atlantique Sud. (Image d'illustration IA © ISS 2024)

À retenir

  1. Le Brésil défend son « Amazonie bleue », un espace maritime de 4,5 millions de km² riche en biodiversité et en pétrole pré-salifère.
  2. Le programme PROSUB, doté d'environ 10 milliards de dollars, doit livrer quatre sous-marins conventionnels et un à propulsion nucléaire d'ici 2034.
  3. En 2026, le Brésil a pris la présidence de la ZOPACAS pour le biennat 2026-2028, lors de la 9e réunion ministérielle à Rio.
  4. La ZOPACAS rassemble 24 pays et vise un Atlantique Sud exempt d'armes nucléaires et d'ingérence extérieure.

En 2026, à Rio de Janeiro, le Brésil prenait la présidence d’une organisation qu’il avait portée sur les fonts baptismaux quarante ans plus tôt : la Zone de paix et de coopération de l’Atlantique Sud (ZOPACAS)1. Quelques semaines auparavant, à Itaguaí, la marine brésilienne lançait son quatrième sous-marin de classe Riachuelo2. Deux gestes, une même ambition : faire de l’Atlantique Sud un espace que Brasília contribue à sécuriser, par la diplomatie autant que par la puissance navale.

L’Amazonie bleue, un trésor à défendre

L’Atlantique Sud, longtemps négligé des analyses géopolitiques, est devenu un espace stratégique majeur. Cette vaste étendue qui sépare les côtes ouest-africaines des rivages sud-américains concentre des ressources, des routes maritimes vitales et des enjeux de sécurité qui aiguisent l’appétit des grandes puissances. Pour le Brésil, l’enjeu porte un nom : l’« Amazonie bleue », son espace maritime d’environ 4,5 millions de kilomètres carrés, riche en biodiversité et en ressources — au premier rang desquelles les réserves de pétrole pré-salifère, ces gisements logés sous une épaisse couche de sel à plusieurs milliers de mètres de profondeur3.

Cette zone se situe à l’intersection du développement national, fondé sur l’usage durable des ressources marines, et de la défense du territoire continental4. La protéger suppose des moyens : patrouiller, surveiller, dissuader la pêche illégale comme les trafics. C’est pourquoi la marine défend ses revendications maritimes par une montée en puissance assumée, dans la logique exposée par la défense brésilienne de ses revendications maritimes. En tant que pays le plus vaste et le plus peuplé de la région, le Brésil se pose naturellement en acteur central de la dynamique sécuritaire de l’Atlantique Sud.

Le pari du sous-marin plutôt que du destroyer

La modernisation navale brésilienne repose sur un choix doctrinal clair, dicté par la doctrine stratégique, le budget disponible et la nature des menaces réellement rencontrées dans l’Atlantique Sud. Plutôt que d’investir dans des destroyers à plusieurs milliards, le pays a concentré ses efforts sur des sous-marins modernes et des frégates, jugés mieux adaptés à ses moyens et à ses missions5. Le sous-marin, furtif et endurant, est l’outil idéal pour surveiller un espace maritime immense et dissuader toute intrusion sans afficher une présence permanente coûteuse.

La pièce maîtresse est le programme de développement de sous-marins (PROSUB), doté d’environ 10 milliards de dollars, qui prévoit quatre bâtiments conventionnels et un à propulsion nucléaire d’ici 20346. Deux sous-marins de classe Riachuelo — le Riachuelo et l’Humaitá — sont déjà en service ; le Tonelero progresse dans ses essais, et l’Almirante Karam a été lancé le 26 novembre 2025 au complexe naval d’Itaguaí2. Le programme entre désormais dans sa phase la plus complexe avec l’Álvaro Alberto, premier sous-marin brésilien à propulsion nucléaire, dont le réacteur est développé localement6. Au-delà de la défense, ce chantier dope l’industrie de défense indigène du Brésil.

La ZOPACAS, instrument diplomatique de Brasília

Le volet militaire ne va pas sans diplomatie. La ZOPACAS, créée en 1986 à l’initiative du Brésil, rassemble 24 pays — trois sud-américains et vingt et un africains — autour d’un Atlantique Sud exempt d’armes nucléaires et d’ingérence extérieure7. Depuis 2016, les plans stratégiques brésiliens en font un outil pour contrer l’interférence des puissances extra-régionales et le crime organisé, notamment dans le golfe de Guinée4.

Les objectifs de la zone sont restés constants : maintenir un Atlantique Sud libre d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive, et renforcer la sécurité maritime contre le narcotrafic, la piraterie et la pêche illégale7. En servant de plateforme à un dialogue entre l’Amérique du Sud et l’Afrique, la ZOPACAS conforte le statut de leader régional du Brésil tout en contribuant à stabiliser les relations entre États riverains.

L’initiative connaît un regain. Après une réunion des points focaux en août 2025 et des échanges techniques sur la sûreté maritime en décembre, le Brésil a pris la présidence de l’organisation pour le biennat 2026-2028, lors de la 9e réunion ministérielle à Rio1. Les membres y préparaient trois textes : une convention sur l’environnement marin, une stratégie de coopération définissant trois domaines d’action et la Déclaration de Rio1. Cette diplomatie sud-sud s’appuie largement sur le partenariat stratégique du Brésil avec les nations africaines, que Brasília cultive de longue date.

Coopérer pour sécuriser un espace partagé

Les menaces de l’Atlantique Sud sont par nature transnationales : narcotrafic, piraterie, pêche illégale, criminalité maritime7. Aucun État ne peut y répondre seul. Le Brésil multiplie donc les exercices conjoints et les échanges avec ses partenaires riverains.

Les exemples récents ne manquent pas : les manœuvres navales IBSAMAR, réunissant l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud en octobre 2024, ou l’opération GUINEX V dans le golfe de Guinée en avril 20254. Cette approche collaborative ancre le rôle du Brésil comme pôle de stabilité régionale, en cohérence avec son approche en tant que leader régional en Amérique du Sud. Reste un défi de taille : l’intérêt croissant de puissances extérieures pour la région, que Brasília surveille de près8.

Un leadership à consolider

La position brésilienne dans l’Atlantique Sud repose sur un équilibre entre force et diplomatie : une marine en pleine modernisation et une initiative régionale, la ZOPACAS, qui lui confère une légitimité de leader. Le pari n’est pas gagné d’avance — les budgets sont contraints, le sous-marin nucléaire reste un défi technologique, et la convoitise extérieure s’accentue.

Le signal à surveiller : la concrétisation des engagements de la Déclaration de Rio et l’avancée de l’Álvaro Alberto. De leur réussite dépendra la capacité du Brésil à transformer son ambition affichée en influence durable sur cet océan stratégique.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la ZOPACAS ?

La Zone de paix et de coopération de l'Atlantique Sud, créée en 1986 à l'initiative du Brésil, rassemble 24 pays — 3 sud-américains et 21 africains. Elle vise à maintenir la région exempte d'armes nucléaires et d'ingérence extérieure, et à renforcer la sécurité maritime contre la piraterie, le narcotrafic et la pêche illégale.

Qu'est-ce que l'Amazonie bleue ?

C'est le nom donné à l'espace maritime brésilien, d'environ 4,5 millions de kilomètres carrés. Riche en biodiversité et en ressources, notamment les réserves de pétrole pré-salifère, il se situe au carrefour du développement national et de la défense. Sa protection est une priorité stratégique de la marine brésilienne.

Où en est le sous-marin nucléaire brésilien ?

Le programme PROSUB, d'environ 10 milliards de dollars, prévoit quatre sous-marins conventionnels de classe Riachuelo et un sous-marin à propulsion nucléaire, l'Álvaro Alberto, d'ici 2034. Le quatrième conventionnel, l'Almirante Karam, a été lancé le 26 novembre 2025 au complexe naval d'Itaguaí.

Pourquoi le Brésil privilégie-t-il les sous-marins aux destroyers ?

Le choix découle de la doctrine stratégique, du budget et de la nature des menaces dans l'Atlantique Sud. Plutôt que d'investir dans des destroyers coûteux, le Brésil mise sur des sous-marins modernes et des frégates, jugés mieux adaptés à la défense de l'Amazonie bleue et au développement de son industrie navale.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Agência Brasil, « Brazil assumes presidency of South Atlantic Peace and Cooperation Zone », Agência Brasil, avril 2026. https://agenciabrasil.ebc.com.br/en/politica/noticia/2026-04/brazil-assumes-presidency-south-atlantic-peace-and-cooperation-zone 2 3

  2. Army Recognition, « Brazil enters final phase of nuclear submarine program with launch of Almirante Karam S43 », Army Recognition, 2025. https://www.armyrecognition.com/news/navy-news/2025/breaking-news-brazil-enters-final-phase-of-nuclear-submarine-program-with-launch-of-almirante-karam-s43 2

  3. Revista Pesquisa FAPESP, « Renewing the fleet », Revista Pesquisa FAPESP, 2025. https://revistapesquisa.fapesp.br/en/renewing-the-fleet-2/

  4. European Union Institute for Security Studies, « Southern currents: Mapping the geopolitics of the South Atlantic », EUISS, 2024. https://www.iss.europa.eu/publications/briefs/southern-currents-mapping-geopolitics-south-atlantic 2 3

  5. Revista Sociedade Militar, « Did the Brazilian Navy reject destroyers? Understand why the country is betting on frigates, nuclear submarines, and the defense of the Blue Amazon », Revista Sociedade Militar, mai 2026. https://en.sociedademilitar.com.br/2026/05/marinha-do-brasil-rejeitou-destroyers-entenda-por-que-o-pais-aposta-em-fragatas-submarinos-nucleares-e-defesa-da-amazonia-azul-fplv.html

  6. Zona Militar, « PROSUB Program: implications of the development of the first nuclear-powered submarine of the Brazilian Navy », Zona Militar, 1er novembre 2025. https://www.zona-militar.com/en/2025/11/01/prosub-program-implications-of-the-development-of-the-first-nuclear-powered-submarine-of-the-brazilian-navy-and-its-impact-on-the-region/ 2

  7. Cabo Verde, « Brazil Assumes ZOPACAS Presidency from Cape Verde », Cabo Verde, 2026. https://cabo-verde.cv/brazil-assumes-zopacas-presidency-from-cape-verde/ 2 3

  8. Springer Nature, « Seeking a Place in the South Atlantic: An Analysis of Brazilian and Chinese Intentions and Capabilities in the Region in the Twenty-First Century », Springer Nature, 2025. https://link.springer.com/rwe/10.1007/978-981-95-1169-3_25

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