Pétrole en eaux profondes : le Brésil vers le top 5 mondial
Record de production en 2025, Búzios au million de barils, forage controversé près de l'Amazone : le Brésil accélère son grand pari pétrolier offshore.

À retenir
- En 2025, le Brésil a atteint un record de 4,897 millions de barils équivalent pétrole par jour, le pré-sal pesant près de 80 % du total.
- Le champ géant de Búzios a franchi le million de barils par jour en octobre 2025, trois mois avant l'échéance.
- Deux semaines avant la COP30 de Belém, le pays a autorisé Petrobras à forer près de l'embouchure de l'Amazone.
- Le Brésil, 6e producteur mondial, pourrait monter à la 4e place dans la décennie grâce à la marge équatoriale.
Octobre 2025, au large des côtes brésiliennes : le champ géant de Búzios franchit le seuil symbolique du million de barils par jour, trois mois avant l’échéance prévue1. Quelques jours plus tard, à des milliers de kilomètres au nord, le régulateur environnemental autorise Petrobras à forer près de l’embouchure de l’Amazone — à deux semaines de l’ouverture de la COP30 que le Brésil accueille à Belém. En une saison, le pays affiche son ambition pétrolière et son grand écart climatique.
Une année 2025 record
Les chiffres donnent le vertige. En 2025, la production brésilienne de pétrole et de gaz a atteint un record de 4,897 millions de barils équivalent pétrole par jour2. Le pétrole brut seul a culminé à 3,770 millions de barils par jour, soit 12,3 % de plus qu’en 20242. Le moteur de cette poussée : le pré-sal, cette couche géologique ultra-profonde située sous une épaisse strate de sel, au large du littoral. En décembre, le pré-sal fournissait à lui seul 4,164 millions de boe/j, soit 79,5 % de la production nationale3.
Petrobras, le champion public, a porté cette dynamique : sa production de pétrole a atteint 2,40 millions de barils par jour en 2025, dépassant le haut de sa fourchette d’objectifs et en hausse de 11 % sur un an4. La montée en puissance de nouvelles plateformes flottantes, notamment dans les champs de Búzios et Mero, explique cette performance, avec une part record du pré-sal de 82 % dans la production de l’entreprise4. Cette manne renforce le poids du Brésil, qui cherche aussi à diversifier ses débouchés via sa position au sein de l’alliance BRICS.
La progression a été fulgurante. Dès avril 2025, l’agence nationale du pétrole confirmait un record de production pré-sal de 3,734 millions de barils équivalent pétrole par jour, en hausse de 18,3 % sur un an3. Cette accélération continue traduit la mise en service échelonnée de nouvelles unités flottantes, chacune capable d’extraire et de traiter le brut à des profondeurs où la pression et la complexité technique découragent la plupart des opérateurs. Le pré-sal, longtemps considéré comme un pari risqué, est devenu le pilier incontesté de la production nationale.
Búzios, vitrine technologique
Le champ de Búzios incarne le savoir-faire brésilien en eaux ultra-profondes. Franchir le million de barils par jour en avance sur le calendrier n’est pas anodin : cela traduit une maîtrise rare de l’extraction par grands fonds, là où peu d’acteurs savent opérer1. Cette expertise a transformé le pays, longtemps importateur, en producteur majeur capable de rivaliser avec les géants traditionnels.
Pour le Brésil, l’enjeu dépasse l’énergie. Cette autonomie pétrolière conforte son indépendance et stabilise ses comptes extérieurs. Elle lui confère un poids diplomatique nouveau dans les discussions sur la sécurité énergétique mondiale. L’essor de l’offshore va d’ailleurs de pair avec la position stratégique du Brésil dans la sécurité de l’Atlantique Sud, où la protection des plateformes et des routes maritimes devient un objectif national.
Les retombées économiques sont massives. L’industrie pétrolière génère des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, irrigue la construction et les services, et alimente les caisses de l’État. Ces revenus financent en partie programmes sociaux et infrastructures publiques. Mais l’expérience d’autres pays producteurs rappelle un risque : la « malédiction des ressources », où la rente pétrolière nourrit corruption et dépendance plutôt que développement. La transparence dans la gestion des contrats et des bénéfices reste donc un impératif pour que la manne profite réellement à la population.
Le pari risqué de la marge équatoriale
L’avenir se joue désormais plus au nord, sur la « marge équatoriale ». Le 21 octobre 2025, l’agence environnementale a accordé à Petrobras une licence pour forer un puits d’exploration dans le bloc FZA-M-59, au large de l’Amapá, dans le bassin de Foz do Amazonas5. L’entreprise prévoit d’investir 3,1 milliards de dollars dans cette région d’ici 2028, en y forant 16 puits en eaux profondes et ultra-profondes6. En juin 2025, le régulateur avait déjà ouvert 65 nouveaux blocs à l’exploration, dont 47 à Foz do Amazonas6.
L’enjeu est colossal. Le Brésil est aujourd’hui le 6e producteur mondial ; selon les analystes, la marge équatoriale pourrait le propulser à la 4e place dans la décennie6. Mais le risque l’est tout autant. Foz do Amazonas est une zone écologiquement sensible, à 175 kilomètres de la forêt amazonienne, abritant des récifs coralliens et des points chauds de biodiversité marine6. Plusieurs des blocs ouverts à l’exploration chevauchent directement des zones officiellement prioritaires pour la biodiversité6.
Cette ambition attire les géants mondiaux. En juin 2025, des majors comme ExxonMobil et Chevron ont remporté, aux côtés de Petrobras, des droits d’exploration sur des blocs offshore brésiliens convoités7. L’afflux de capitaux et de technologies étrangères accélère la cadence, mais accroît aussi la dépendance du pays à des acteurs dont les priorités ne coïncident pas toujours avec l’intérêt national. Le Brésil mise sur un cadre réglementaire solide pour garder la maîtrise de ses ressources et éviter que la rente ne lui échappe.
L’épine climatique
Le calendrier a tout d’un symbole malheureux. Accorder une licence de forage en Amazonie deux semaines avant d’accueillir le sommet mondial sur le climat à Belém a placé le Brésil en porte-à-faux8. Les défenseurs de l’environnement dénoncent une décision qui « affaiblit » le leadership climatique du pays5. Plusieurs blocs offshore chevauchent directement des zones prioritaires pour la biodiversité6.
Brasilia défend pourtant sa logique : les revenus pétroliers financent développement social et infrastructures, et le pays revendique un droit à exploiter ses ressources comme d’autres l’ont fait avant lui. Le gouvernement plaide aussi pour une transition « juste et progressive », arguant que la rente d’aujourd’hui peut financer les énergies propres de demain. Il met en avant son mix électrique déjà très vert, fruit du développement des énergies renouvelables au Brésil. Reste une tension irréductible entre cette ruée pétrolière et l’image que le pays cultive dans les négociations mondiales sur le climat : difficile d’incarner le leadership vert tout en ouvrant de nouveaux fronts d’exploration en Amazonie.
La croisée des chemins
Le Brésil avance à pleine puissance vers le club des cinq premiers producteurs mondiaux. Records de production, prouesses technologiques, nouveaux gisements : tout converge vers une montée en gamme spectaculaire. Mais cette trajectoire entre en collision frontale avec ses engagements environnementaux et son rôle d’hôte de la COP30. Le signal à surveiller : les résultats des premiers forages d’exploration à Foz do Amazonas. S’ils confirment d’importantes réserves, le Brésil devra trancher, plus crûment que jamais, entre la rente pétrolière et la cohérence climatique qu’il revendique sur la scène mondiale.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quel niveau de production le Brésil a-t-il atteint en 2025 ?
Un record historique : 4,897 millions de barils équivalent pétrole par jour de pétrole et de gaz. La production de pétrole brut seule a atteint 3,770 millions de barils par jour, soit 12,3 % de plus qu'en 2024. Le pré-sal, gisement ultra-profond, a fourni près de 80 % du total national.
Qu'est-ce que le champ de Búzios ?
C'est l'un des plus grands champs pétroliers en eaux profondes du Brésil, situé dans le pré-sal. En octobre 2025, il a franchi le seuil du million de barils par jour, trois mois avant le calendrier prévu, grâce à la montée en puissance de nouvelles plateformes flottantes FPSO.
Pourquoi le forage à Foz do Amazonas est-il controversé ?
Parce que le 21 octobre 2025, deux semaines avant la COP30 de Belém, le Brésil a autorisé Petrobras à forer près de l'embouchure de l'Amazone, une zone écologiquement sensible abritant récifs coralliens et biodiversité marine. Les défenseurs du climat y voient une contradiction avec le leadership climatique revendiqué par le pays.
Le Brésil peut-il devenir un géant pétrolier ?
Il l'est déjà en partie : 6e producteur mondial. Selon les analystes, l'exploration de la marge équatoriale, qui inclut Foz do Amazonas, pourrait le hisser à la 4e place dans la prochaine décennie. Petrobras prévoit d'y investir 3,1 milliards de dollars et de forer 16 puits d'ici 2028.
Sources
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« Petrobras Deepwater Production Expansion Reaches Record 1 Million Barrels », Discovery Alert, octobre 2025. https://discoveryalert.com.au/brazils-pre-salt-deepwater-revolution-2025/ ↩ ↩2
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« Brazil Oil and Gas Production in 2025 Hits Historic Record », Brazil Energy Insight, 2 février 2026. https://brazilenergyinsight.com/2026/02/02/brazil-oil-and-gas-production-in-2025-hits-historic-record/ ↩ ↩2
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« Brazil Hits Record 4.9 Million boe/d Oil and Gas Output in 2025 », Brazil Stock Guide, 2026. https://brazilstockguide.com/insights/brazil-hits-record-4-9-million-boe-d-oil-and-gas-output-in-2025/ ↩ ↩2
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« Petrobras Sets Record 2025 Output, Beating Production Targets on Pre-Salt Strength », The Globe and Mail, 2026. https://www.theglobeandmail.com/investing/markets/stocks/PBR/pressreleases/37095739/petrobras-sets-record-2025-output-beating-production-targets-on-pre-salt-strength/ ↩ ↩2
-
« Ahead of COP30, Brazil grants Petrobras a licence to drill for oil in Amazon region », Climate Home News, 21 octobre 2025. https://www.climatechangenews.com/2025/10/21/ahead-of-cop30-brazil-grants-petrobras-a-licence-to-drill-for-oil-in-amazon-region/ ↩ ↩2
-
« Spotlight On Brazil: Why Is The COP30 Host Expanding Offshore Oil Production? », ClimaTalk, 2 novembre 2025. https://climatalk.org/2025/11/02/spotlight-on-brazil-why-is-the-cop30-host-expanding-offshore-oil-production/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
-
« Exxon, Chevron and Petrobras win exploration rights for disputed offshore Brazil region », World Oil, 17 juin 2025. https://www.worldoil.com/news/2025/6/17/exxon-chevron-and-petrobras-win-exploration-rights-for-disputed-offshore-brazil-region/ ↩
-
« As COP30 Unfolds in the Amazon, Brazil Is Drilling for Oil Near the Great Amazon Reef System », Inside Climate News, 19 novembre 2025. https://insideclimatenews.org/news/19112025/brazil-oil-drilling-near-great-amazon-reef-system/ ↩
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