Énergies renouvelables : le Brésil change d'échelle
Réseau à 85 % renouvelable, éolien et solaire au tiers de l'électricité, hydrogène vert et COP30 : le Brésil accélère sa transition énergétique, malgré la saturation du réseau.

À retenir
- En août 2025, l'éolien et le solaire ont produit 34 % de l'électricité brésilienne, un record mensuel inédit.
- Le réseau électrique du Brésil est désormais renouvelable à environ 84,6 %, l'un des plus propres au monde.
- Une loi de 2025 a ouvert l'éolien en mer, avec un potentiel de projets dépassant 100 GW.
- Le hub d'hydrogène vert de Pecém, dans le Ceará, attire jusqu'à 18 milliards de dollars d'investissements.
- La saturation du réseau provoque un écrêtage massif : jusqu'à 20 % de la production éolienne et solaire perdue.
En août 2025, pour la première fois de son histoire, le Brésil a tiré plus d’un tiers de son électricité du vent et du soleil1. Dix-neuf térawattheures en un mois, un record nourri par les parcs du Nordeste. Le géant sud-américain, déjà champion de l’hydroélectricité, bascule dans une nouvelle ère : celle du solaire de masse, de l’éolien en mer et de l’hydrogène vert. Mais cette accélération bute sur un goulet bien concret — un réseau électrique débordé.
Un mix électrique déjà parmi les plus verts du monde
Le point de départ est exceptionnel. Le réseau électrique brésilien est renouvelable à environ 84,6 %, un niveau que peu de grandes économies atteignent1. L’hydroélectricité en constitue l’ossature historique, mais la nouveauté vient de l’essor fulgurant du solaire et de l’éolien. La part du solaire a été multipliée par six en cinq ans, passant de 2,2 % en août 2020 à 13 % en août 2025 ; l’éolien est monté de 15 % à 21 % sur la même période1.
La dynamique de capacité confirme la tendance. La puissance solaire installée a dépassé 68 GW début 2026, et le pays a raccordé environ 7,4 GW de nouvelles capacités en 2025, en très grande majorité renouvelables2. En août 2025, l’éolien et le solaire ont battu un record mensuel à 19 térawattheures, franchissant pour la première fois le seuil du tiers de la production nationale1. Cette transformation diversifie une économie longtemps adossée à l’agriculture et aux hydrocarbures en eaux profondes, tout en consolidant l’image du Brésil comme acteur central des négociations climatiques.
L’offshore et l’hydrogène vert, nouvelles frontières
Le Brésil ne s’arrête pas au solaire terrestre. En 2025, la loi n° 15.097/2025 a établi le cadre de l’exploitation de l’éolien en mer, un secteur jusque-là vierge3. Le potentiel est colossal : le pipeline de projets en licence environnementale dépasse 100 GW, et les premières enchères, attendues vers 2026, pourraient attirer plus de 150 milliards de dollars sur quinze ans3. Chaque gigawatt installé en mer mobilise entre 2,5 et 3 milliards de dollars d’investissement, et Brasília injecte déjà 9,5 milliards de reais dans de nouvelles lignes de transport pour préparer ces raccordements3.
L’autre pari s’appelle hydrogène vert. Le hub de Pecém, dans le Ceará, attire jusqu’à 18 milliards de dollars d’investissements, avec des acteurs comme Fortescue, un financement de la Banque mondiale et des corridors de partenariat européens visant des importations d’hydrogène au début des années 20303. L’idée : utiliser l’électricité éolienne en mer pour alimenter des électrolyseurs et produire un carburant propre exportable sous forme d’ammoniac, directement au port de Pecém3. Cette stratégie d’exportation verte renforce l’ambition du Brésil de peser comme leader régional.
Ces nouvelles frontières s’ajoutent à des fondations solides. L’hydroélectricité demeure l’ossature historique du système, complétée par une expertise unique dans les biocarburants : le Brésil est l’un des premiers producteurs mondiaux de bioéthanol tiré de la canne à sucre. Cet héritage explique l’aisance avec laquelle le pays articule désormais hydro, éolien, solaire et biomasse. Pour ne pas rater la vague offshore, Brasília prévoit aussi un centre de recherche dédié aux technologies marines, à l’hydrogène vert et à la transition durable, signe que le pays entend maîtriser la chaîne de valeur, et pas seulement accueillir des projets clés en main3. L’enjeu est autant industriel qu’énergétique : capter la valeur ajoutée, et non se contenter d’exporter une électricité bon marché.
COP30, biocarburants et débats
L’année 2025 a aussi placé le Brésil au centre du jeu climatique mondial, avec l’organisation de la COP30 à Belém, en Amazonie. Le sommet a débouché sur un renforcement de la finance climatique et un engagement à planifier la sortie des énergies fossiles4. Le pays hôte y a mis en avant son atout historique : les biocarburants.
L’initiative phare, baptisée « Belém 4x », porte l’ambition de quadrupler la production et l’usage de carburants durables — biocarburants, biogaz, carburants de synthèse et hydrogène — d’ici 2035 ; lancée par l’Italie, le Japon, l’Inde et le Brésil, elle a rallié plus de vingt pays5. L’Agence internationale de l’énergie estime qu’atteindre cet objectif plus que doublerait la production mondiale de biocarburants6. Mais l’élan suscite la controverse : une étude d’octobre 2025 conclut que certains biocarburants émettent 16 % de carbone de plus que les fossiles qu’ils remplacent une fois comptabilisé le changement indirect d’affectation des sols6. Plus de cent scientifiques ont alerté sur la pression foncière, un débat qui rejoint les enjeux de préservation amazonienne6.
Le talon d’Achille : un réseau saturé
Le principal frein n’est ni la ressource ni les capitaux, mais l’acheminement. La production éolienne et solaire a dépassé le rythme de construction des lignes de transport, provoquant un écrêtage croissant : 0,5 % en 2022, 9,3 % en 2024, et désormais autour de 20 %7. Autrement dit, jusqu’à un cinquième de l’électricité verte produite ne trouve pas preneur sur le réseau. Faute de compensation suffisante — seuls 5 % le seraient —, les producteurs solaires risquent des pertes de l’ordre de 1,7 milliard de reais7.
Les signaux de ralentissement se multiplient. Les ajouts de capacité solaire ont reculé au premier semestre 2025, à 7,1 GW contre 9,9 GW un an plus tôt, sous l’effet des files d’attente de raccordement, de l’incertitude réglementaire et de la baisse des incitations8. Le paradoxe est cruel : le Brésil produit plus d’énergie propre qu’il ne peut en transporter. Pourtant, l’attractivité reste forte — le pays a enregistré en 2025 son plus haut niveau d’investissements directs étrangers depuis 2014, à 84,1 milliards de dollars, dont environ 34 % dans les renouvelables et l’hydrogène vert7.
L’enjeu n’est pas que technique ; il est aussi social et territorial. Les parcs éoliens et solaires du Nordeste apportent emplois et revenus à des régions rurales longtemps délaissées, où les alternatives économiques manquent. La transition peut ainsi devenir un levier de développement régional, à condition que les bénéfices profitent réellement aux communautés locales et que les grands projets respectent les territoires autochtones. C’est tout l’équilibre que Brasília doit tenir : concilier vitesse de déploiement, justice sociale et préservation d’écosystèmes parmi les plus riches de la planète. Faute de quoi, le modèle énergétique brésilien, vanté à l’international, perdrait une part de sa légitimité chez lui.
Le signal à surveiller
Le Brésil tient une position rare : un mix déjà décarboné, des ressources démesurées et un afflux de capitaux verts. Mais la transition se jouera moins dans les parcs que dans les lignes à haute tension. Le signal à guetter : les premières enchères d’éolien offshore en 2026 et, surtout, la capacité de Brasília à désengorger son réseau. Sans cela, le pays risque de produire une électricité propre… qu’il devra continuer à gaspiller.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quelle part des renouvelables dans l'électricité brésilienne ?
Le réseau électrique du Brésil est renouvelable à environ 84,6 %, l'un des plus propres au monde, grâce à l'hydroélectricité historique. En août 2025, l'éolien et le solaire ont à eux seuls produit 34 % de l'électricité du pays, un record mensuel inédit représentant 19 térawattheures.
Qu'est-ce que le hub d'hydrogène vert de Pecém ?
Le hub de Pecém, dans l'État du Ceará, est un projet majeur d'hydrogène vert attirant jusqu'à 18 milliards de dollars, avec des investisseurs comme Fortescue, le soutien de la Banque mondiale et des partenariats européens. Il vise à exporter de l'hydrogène et de l'ammoniac vers l'Europe au début des années 2030.
Le Brésil développe-t-il l'éolien en mer ?
Oui. La loi n° 15.097/2025 a établi le cadre de l'exploitation de l'éolien offshore. Le pipeline de projets en licence environnementale dépasse 100 GW, et les premières enchères, prévues vers 2026, pourraient attirer plus de 150 milliards de dollars d'investissements sur quinze ans.
Quel est le principal obstacle à la transition énergétique brésilienne ?
La saturation du réseau de transport. La production renouvelable a dépassé le rythme de construction des lignes, provoquant un écrêtage qui atteint environ 20 % de l'électricité éolienne et solaire en 2025. Faute de compensation suffisante, les producteurs solaires risquent des pertes de l'ordre de 1,7 milliard de reais.
Sources
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« Wind and solar generate over a third of Brazil’s electricity for the first month on record », Ember, septembre 2025. https://ember-energy.org/latest-insights/wind-and-solar-generate-over-a-third-of-brazils-electricity-for-the-first-month-on-record/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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« Brazil connects 7.4 GW of new capacity in 2025 », Renewables Now, 2025. https://renewablesnow.com/news/brazil-connects-7-4-gw-of-new-capacity-in-2025-1287923/ ↩
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« Brazil Renewable Energy 2026: Wind, Solar, Green Hydrogen and the Energy Transition », The Rio Times, 2026. https://www.riotimesonline.com/brazil-renewable-energy-2026-guide/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
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« Belém COP30 delivers climate finance boost and a pledge to plan fossil fuel transition », UN News, novembre 2025. https://news.un.org/en/story/2025/11/1166433 ↩
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« Brazil Pledges to Quadruple Production of Sustainable Fuels », COP30 Brasil, 2025. https://cop30.br/en/news-about-cop30/brazil-pledges-to-quadruple-production-of-sustainable-fuels ↩
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« Brazil promotes biofuels at COP30, but how clean are they? », Context (Thomson Reuters Foundation), 2025. https://www.context.news/just-transition/brazil-promotes-biofuels-at-cop30-but-how-clean-are-they ↩ ↩2 ↩3
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« Curtailment in Brazil: Wasted wind and solar energy reaches 20% by 2025 », Click Petróleo e Gás, 2025. https://en.clickpetroleoegas.com.br/curtailment-no-brasil-energia-eolica-e-solar-desperdicada-chega-a-20-em-2025-perdas-bilionarias-e-alerta-para-falhas-na-rede-e-transicao-energetica-sustentavel-hl1402/ ↩ ↩2 ↩3
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« Solar to add 13 GW in Brazil in 2025 amid signs of slowdown », pv magazine, 28 août 2025. https://www.pv-magazine.com/2025/08/28/solar-to-add-13-gw-in-brazil-in-2025-amid-signs-of-slowdown/ ↩
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