Politique environnementale brésilienne : le grand écart
Déforestation au plus bas, COP30 à Belém, mais feu vert au pétrole amazonien : la politique environnementale du Brésil avance entre promesses vertes et réalités économiques.

À retenir
- La déforestation en Amazonie brésilienne a reculé de 11 % entre août 2024 et juillet 2025, son plus bas niveau depuis neuf ans.
- En novembre 2025, le Brésil a accueilli la COP30 à Belém et lancé le Fonds pour les forêts tropicales (TFFF).
- Le pays produit environ 80 % de son électricité à partir de sources renouvelables, surtout l'hydroélectricité.
- Un mois avant la COP30, le gouvernement a autorisé Petrobras à forer au large de l'embouchure de l'Amazone.
- La dégradation forestière progresse et la contradiction entre ambition climatique et expansion pétrolière nourrit les critiques.
En novembre 2025, le Brésil a réussi un coup d’éclat diplomatique : accueillir la conférence climat des Nations unies, la COP30, au coeur même de l’Amazonie, à Belém1. Quelques semaines plus tôt, il annonçait une autre victoire — la déforestation au plus bas depuis près d’une décennie2. Mais un mois avant le sommet, le même gouvernement donnait son feu vert au forage pétrolier près de l’embouchure du fleuve Amazone3. Trois nouvelles, un seul pays : tout le grand écart de la politique environnementale brésilienne tient dans ce paradoxe.
La déforestation en net recul
Le chiffre est solide et il vient d’une autorité reconnue. Selon le système PRODES de l’Institut national de recherches spatiales (INPE), la surface déboisée en Amazonie a atteint 5 796 km² entre août 2024 et juillet 2025, soit une baisse de 11,08 % par rapport à la période précédente2. C’est le troisième taux le plus bas depuis le début des relevés en 1988, et la troisième année consécutive de repli sous la présidence de Lula da Silva — une réduction d’environ 50 % par rapport à 20224.
Ce résultat n’a rien de spontané. Il découle d’un retour de l’État : création d’un secrétariat fédéral dédié au contrôle de la déforestation, conditionnement du crédit rural au respect de règles environnementales, et reprise des opérations de répression contre l’abattage illégal4. Le contraste est net avec les années précédentes, marquées par un démantèlement des contrôles. Le Brésil démontre ainsi qu’une volonté politique forte peut inverser une courbe que l’on croyait inexorable.
L’atout d’un mix électrique déjà vert
Cette dynamique s’appuie sur un avantage structurel rare : environ 80 % de l’électricité brésilienne provient déjà de sources renouvelables, principalement l’hydroélectricité, complétée par une expansion rapide de l’éolien et du solaire5. Peu de grandes économies affichent une production électrique aussi décarbonée. Cette base donne au Brésil une crédibilité tangible dans les négociations internationales : quand il plaide pour la transition, il peut s’appuyer sur des réalisations concrètes.
Mais l’avantage a ses limites. La dépendance aux barrages rend le système vulnérable aux sécheresses, et l’intégration des renouvelables intermittentes exige de lourds investissements dans les réseaux. Surtout, l’électricité ne dit pas tout : les transports, l’industrie et surtout l’agriculture — l’élevage et le soja en tête — restent de puissants moteurs d’émissions et de pression sur les terres.
C’est là que se loge la véritable ligne de faille brésilienne. Premier exportateur mondial de soja, de café et de viande bovine, le pays tire une part majeure de ses revenus d’un secteur dont l’expansion s’est historiquement faite aux dépens de la forêt. L’agronégoce dispose d’un poids politique considérable au Congrès, où il pèse sur chaque débat touchant aux terres, aux licences environnementales et aux droits autochtones. Concilier cette puissance agricole avec l’ambition climatique constitue le défi central de toute administration brésilienne, quelle que soit sa couleur politique.
Belém 2025 : le sommet de la forêt
En accueillant la COP30 à Belém, Brasília a voulu placer la forêt tropicale au centre de l’agenda mondial. Le sommet, clos le 22 novembre 2025, a accouché d’un compromis : un appel à tripler les financements pour aider les pays en développement et à planifier la transition hors des énergies fossiles1. Le Brésil y a lancé son initiative phare, le Fonds pour les forêts tropicales (Tropical Forests Forever Fund), conçu pour rémunérer durablement les pays qui préservent leurs forêts — l’idée étant de rendre l’arbre debout plus rentable que l’arbre abattu6.
Au lancement, un groupe d’États — Brésil, Indonésie, France, Allemagne, Norvège — a promis 6,7 milliards de dollars, avec au moins 20 % des ressources fléchées vers les peuples autochtones et les communautés locales6. Le succès reste toutefois partiel. Les espoirs de voir adopter des feuilles de route contraignantes pour sortir des énergies fossiles et stopper la déforestation ont été déçus, faute d’accord face aux pays pétroliers1. La présidence brésilienne a annoncé vouloir poursuivre ces chantiers en dehors du cadre formel de la COP1.
La contradiction pétrolière
C’est ici que le récit se fissure. À peine un mois avant le sommet, l’agence environnementale brésilienne (Ibama) a accordé à Petrobras le permis de forer un puits exploratoire dans le bassin de Foz do Amazonas, au large de l’État d’Amapá, à quelque 540 kilomètres de l’embouchure du fleuve3. Les autorités avancent que la zone pourrait receler jusqu’à 10 milliards de barils récupérables et attirer des dizaines de milliards de dollars d’investissements7.
La décision a déclenché une vague de critiques. Scientifiques, défenseurs de l’environnement et représentants autochtones y voient une contradiction flagrante avec l’image de champion climatique que le pays voulait projeter en accueillant la COP307. Selon des organisations de presse locales, la direction de l’Ibama aurait passé outre l’avis de 29 techniciens pour valider l’avant-dernière étape du projet, sous la pression du gouvernement et du Congrès8. Lula, lui, assume : le Brésil est déjà le huitième producteur mondial de brut, et il défend l’idée que les profits pétroliers pourraient financer la transition vers une économie propre7.
À cette ombre s’ajoute un signal discret mais préoccupant : si la déforestation recule, la dégradation forestière, elle, progresse. Plus de 2,5 millions d’hectares ont été dégradés en Amazonie, soit une hausse de 44 % par rapport à 20232. La forêt souffre autrement que par la coupe rase — incendies, exploitation sélective, fragmentation — autant d’atteintes qui n’apparaissent pas dans les statistiques de déboisement mais affaiblissent durablement l’écosystème.
La dimension humaine pèse tout autant. Les peuples autochtones, dont les territoires recouvrent une part substantielle de l’Amazonie, sont à la fois les premières victimes des atteintes à la forêt et ses gardiens les plus efficaces : les taux de déforestation y restent nettement inférieurs à la moyenne. C’est pourquoi le fléchage d’une partie des financements internationaux vers ces communautés est devenu un marqueur de crédibilité des politiques de conservation, et un test de la sincérité des engagements pris à Belém.
Un équilibre toujours instable
La politique environnementale brésilienne illustre une tension universelle, mais portée à son comble par la géographie : comment un pays peut-il à la fois abriter le plus grand puits de carbone de la planète et viser le rang de grand exportateur d’hydrocarbures ? Les avancées sont réelles et mesurables, de la chute de la déforestation au poids croissant du Brésil dans les négociations climatiques et à son leadership régional. Mais elles cohabitent avec une expansion pétrolière en eaux profondes qui en relativise la portée, malgré l’atout d’un secteur des renouvelables déjà mature.
Le signal à surveiller est désormais clair : les premiers résultats du forage de Foz do Amazonas et la trajectoire de la dégradation forestière. S’ils confirment la dérive, le grand écart deviendra intenable ; s’ils sont maîtrisés, le Brésil pourra prétendre incarner une voie singulière entre développement et préservation.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
La déforestation recule-t-elle au Brésil ?
Oui. Selon l'institut spatial INPE, la déforestation en Amazonie a chuté de 11,08 % entre août 2024 et juillet 2025, à 5 796 km², le niveau le plus bas depuis 2014. C'est la troisième baisse consécutive sous l'administration Lula, soit une réduction d'environ 50 % depuis 2022.
Qu'est-ce que le Fonds pour les forêts tropicales (TFFF) ?
Lancé par le Brésil à la COP30, le Tropical Forests Forever Fund rémunère les pays qui préservent leurs forêts tropicales, afin de rendre la forêt sur pied plus rentable que son abattage. Au lancement, plusieurs États ont promis 6,7 milliards de dollars, dont au moins 20 % destinés aux peuples autochtones.
Pourquoi le forage de Foz do Amazonas fait-il polémique ?
Un mois avant la COP30, le Brésil a autorisé Petrobras à forer un puits exploratoire au large de l'embouchure de l'Amazone. Scientifiques et défenseurs de l'environnement y voient une contradiction avec l'image de leader climatique que le pays cherchait à projeter en accueillant le sommet.
Quelle est la place des renouvelables dans l'énergie brésilienne ?
Environ 80 % de l'électricité brésilienne provient de sources renouvelables, principalement l'hydroélectricité, complétée par l'éolien et le solaire en forte croissance. Ce mix place le Brésil parmi les pays les plus décarbonés au monde pour sa production électrique.
Sources
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« Belém COP30 delivers climate finance boost and a pledge to plan fossil fuel transition », UN News, 22 novembre 2025. https://news.un.org/en/story/2025/11/1166433 ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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« In 2025, deforestation fell by 11.08 percent in the Amazon and by 11.49 percent in the Cerrado », Secretaria de Comunicação Social, Governo do Brasil, 30 octobre 2025. https://www.gov.br/secom/en/latest-news/2025/10/in-2025-deforestation-fell-by-11-08-percent-in-the-amazon-and-by-11-49-percent-in-the-cerrado ↩ ↩2 ↩3
-
« Petrobras wins approval to drill first exploration well near Amazon River », World Oil, 21 octobre 2025. https://www.worldoil.com/news/2025/10/21/petrobras-wins-approval-to-drill-first-exploration-well-near-amazon-river/ ↩ ↩2
-
« Heading into COP, Brazil’s Amazon deforestation rate is falling. What about fires? », Mongabay, octobre 2025. https://news.mongabay.com/2025/10/heading-into-cop-brazils-amazon-deforestation-rate-is-falling-what-about-fires/ ↩ ↩2
-
« Country Analysis Brief: Brazil », U.S. Energy Information Administration (EIA), 2023. https://www.eia.gov/international/content/analysis/countries_long/Brazil/pdf/brazil-2023.pdf ↩
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« COP30: Key outcomes for food, forests, land and nature at the UN climate talks in Belém », Carbon Brief, 2025. https://www.carbonbrief.org/cop30-key-outcomes-for-food-forests-land-and-nature-at-the-un-climate-talks-in-belem/ ↩ ↩2
-
« Ahead of COP30, Brazil grants Petrobras a licence to drill for oil in Amazon region », Climate Home News, 21 octobre 2025. https://www.climatechangenews.com/2025/10/21/ahead-of-cop30-brazil-grants-petrobras-a-licence-to-drill-for-oil-in-amazon-region/ ↩ ↩2 ↩3
-
« Ibama capitulates over oil drilling in the Foz do Amazonas », SUMAÚMA, 2025. https://sumauma.com/en/direcao-do-ibama-contraria-parecer-de-29-tecnicos-e-abre-caminho-para-perfuracao-na-foz-do-amazonas/ ↩
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