La flotte de porte-avions chinoise : cap sur la haute mer
Le Fujian et ses catapultes électromagnétiques, des doubles déploiements dans le Pacifique : la marine de haute mer chinoise change résolument d'échelle.

À retenir
- Le Fujian, troisième porte-avions chinois, a été admis au service actif le 5 novembre 2025.
- Il est le premier hors des États-Unis à embarquer des catapultes électromagnétiques (EMALS).
- En juin 2025, deux porte-avions chinois ont opéré simultanément dans le Pacifique pour la première fois.
- Le Pentagone estime que Pékin vise neuf porte-avions d'ici 2035.
- Cette flotte vise à sécuriser les routes commerciales et à projeter la puissance au-delà de la première chaîne d'îles.
Le 5 novembre 2025, à Hainan, la marine chinoise a admis au service actif son troisième porte-avions, le Fujian — le premier hors des États-Unis à embarquer des catapultes électromagnétiques1. Ce jour-là, la Chine est devenue le deuxième opérateur mondial de porte-avions. Plus qu’un symbole de prestige, ce navire matérialise une ambition assumée : passer d’une marine côtière à une marine de haute mer, capable de peser bien au-delà de ses rivages.
Le Fujian, saut technologique
Le Fujian, de type 003, marque une rupture. Là où le Liaoning et le Shandong reposent sur un tremplin, il utilise un système de lancement électromagnétique (EMALS) comparable à celui des porte-avions américains de classe Ford2. Cette technologie permet de catapulter des avions plus lourds, plus chargés en carburant et en armement, et à une cadence supérieure. La décision d’opter pour l’électromagnétique plutôt que la vapeur aurait été prise au plus haut niveau de l’État1.
Avec le Fujian, la Chine rejoint le cercle très fermé des marines maîtrisant ce système en mer1. En avril 2026, les médias d’État annonçaient que le porte-avions devait atteindre sa pleine capacité opérationnelle dans l’année3. Et l’horizon ne s’arrête pas là : les experts estiment qu’un porte-avions à propulsion nucléaire est déjà en planification, étape suivante logique de cette montée en gamme2.
L’ambition affichée donne le vertige. Selon le dernier rapport du Pentagone, Pékin viserait neuf porte-avions d’ici 20353. Un tel objectif, s’il se confirmait, ferait de la Chine la seule marine au monde à s’approcher du format américain. Il supposerait toutefois un effort industriel et humain colossal, sur une décennie, dans un contexte économique moins porteur qu’auparavant. La trajectoire reste donc à confirmer, mais l’intention stratégique, elle, ne fait plus guère de doute.
Une marine qui sort de ses eaux
L’année 2025 a marqué un tournant opérationnel. Les porte-avions chinois ont passé 58 jours au-delà de la première chaîne d’îles — cette ligne d’archipels reliant le Japon, Taïwan et les Philippines — contre 32 jours en 2024, un record4. En juin 2025, le Liaoning et le Shandong ont opéré simultanément dans le Pacifique occidental, une première : deux groupes aéronavals chinois en haute mer en même temps5.
L’ampleur impressionne. Les deux navires auraient lancé environ 1 680 sorties d’avions et d’hélicoptères dans le Pacifique en 2025, contre 1 240 l’année précédente4. Le Liaoning a même été le premier porte-avions chinois confirmé par Tokyo à franchir la deuxième chaîne d’îles, près de Minamitorishima, l’île la plus orientale du Japon5. Le message est limpide : la flotte chinoise peut désormais s’aventurer dans le Pacifique ouvert quand les intérêts nationaux l’exigent6.
Ces déploiements ne relèvent pas de la simple démonstration. Opérer durablement loin de ses bases impose de coordonner ravitaillement, escorte et défense aérienne sur de longues distances — un apprentissage exigeant que la marine chinoise mène désormais en conditions réelles. Chaque sortie supplémentaire renforce l’expérience des équipages et la crédibilité opérationnelle de l’ensemble. Pour ses voisins, le signal est double : la Chine s’entraîne, et elle veut qu’on le sache.
Protéger les routes, projeter la puissance
Cette ambition répond d’abord à une nécessité économique. Deuxième économie mondiale, la Chine dépend massivement du commerce maritime pour importer ses ressources et exporter ses produits. Les routes vitales — mer de Chine méridionale, détroit de Malacca — traversent des zones de tension. Sécuriser ces artères est devenu une priorité stratégique, qui complète l’expansion maritime de la Chine en mer de Chine méridionale et l’ancrage offert par la construction d’îles artificielles.
Mais la dimension de projection est tout aussi nette. Un groupe aéronaval permet d’exercer une influence loin des côtes, d’appuyer une diplomatie navale et d’intervenir dans des crises régionales. Ces capacités se combinent avec d’autres atouts, comme le développement des capacités amphibies de la Chine, qui élargissent l’éventail des options militaires de Pékin. Le tout s’inscrit dans la modernisation militaire d’ensemble et dans la logique de connectivité mondiale de l’initiative Belt and Road.
Des défis encore réels
L’ascension chinoise reste cependant inachevée. Exploiter une flotte de porte-avions modernes exige des compétences techniques avancées, une logistique complexe et une longue expérience opérationnelle. L’intégration des systèmes d’armement, la maintenance et l’entraînement des équipages constituent autant d’obstacles à franchir pour rivaliser avec les marines établies.
Les États-Unis gardent une avance substantielle : davantage de porte-avions, tous à propulsion nucléaire, et des décennies de savoir-faire. Le Fujian réduit l’écart technologique, sans l’effacer. Et la nouveauté se diffuse à toute la flotte d’escorte : en mai 2026, la nouvelle frégate de type 054B a fait ses débuts au sein d’un groupe aéronaval dans le Pacifique occidental, signe d’une modernisation globale, pas seulement centrée sur les porte-avions6.
Un porte-avions ne vaut, en effet, que par l’ensemble qui l’entoure : destroyers de défense aérienne, frégates anti-sous-marines, ravitailleurs, sous-marins d’escorte. C’est tout cet édifice que la Chine bâtit en parallèle. La cohérence du groupe aéronaval — sa capacité à combattre en formation, à se protéger et à durer en mer — comptera autant que le navire amiral lui-même. Sur ce terrain, l’expérience accumulée par l’US Navy depuis la Seconde Guerre mondiale reste un atout que les chantiers navals ne suffisent pas à répliquer.
Une recomposition régionale
La montée en puissance navale chinoise a déclenché des réactions en chaîne. Washington a renforcé ses alliances avec le Japon et l’Australie et accru sa présence régionale. D’autres pays asiatiques développent leurs propres capacités ou nouent des partenariats. Seule autre marine au monde capable d’opérer plusieurs groupes aéronavals à de telles distances, l’US Navy voit désormais un concurrent crédible émerger dans le Pacifique6.
Cette dynamique reconfigure les équilibres de toute l’Asie-Pacifique, et nourrit un débat sur l’avenir d’un ordre maritime fondé sur des règles. Pékin, de son côté, devra concilier ses ambitions avec les inquiétudes légitimes de ses voisins.
Ce qu’il faudra surveiller
La flotte de porte-avions chinoise est passée, en quelques années, du statut de symbole à celui d’instrument opérationnel. Le signal à surveiller dans les prochains mois ? La pleine entrée en service du Fujian et les premières confirmations sur un éventuel porte-avions à propulsion nucléaire. Ces deux jalons diront si la Chine consolide une marine de haute mer durable — et jusqu’où elle entend porter son pavillon sur les océans du globe.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Combien de porte-avions la Chine possède-t-elle ?
Trois. Le Liaoning et le Shandong à tremplin, et le Fujian (Type 003), admis au service actif le 5 novembre 2025. Avec ce dernier, la marine chinoise est devenue le deuxième opérateur mondial de porte-avions derrière l'US Navy. Le Pentagone estime que Pékin vise neuf porte-avions d'ici 2035.
Qu'est-ce qui rend le Fujian particulier ?
Le Fujian est le premier porte-avions hors des États-Unis doté de catapultes électromagnétiques (EMALS), une technologie qui permet de lancer des avions plus lourds et plus rapidement qu'avec un tremplin. La Chine rejoint ainsi le club très fermé des marines maîtrisant ce système en mer.
Qu'est-ce que la première chaîne d'îles ?
C'est une ligne d'archipels allant du Japon à Taïwan et aux Philippines, qui forme une barrière géographique limitant l'accès de la flotte chinoise au Pacifique ouvert. Franchir cette chaîne est un objectif stratégique majeur pour Pékin, signe d'une marine capable d'opérer loin de ses côtes.
La marine chinoise rivalise-t-elle avec l'US Navy ?
En nombre de coques, la marine chinoise est la plus nombreuse au monde. Mais pour les porte-avions, les États-Unis conservent une nette avance en nombre, en propulsion nucléaire et en expérience opérationnelle. Le Fujian réduit l'écart technologique sans l'effacer, et un porte-avions nucléaire chinois serait déjà à l'étude.
Sources
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USNI News, « China Commissions 3rd Aircraft Carrier Fujian », USNI News, 7 novembre 2025. https://news.usni.org/2025/11/07/china-comissions-3rd-aircraft-carrier-fujian ↩ ↩2 ↩3
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The War Zone, « China Commissions Newest Aircraft Carrier With Its Electromagnetic Catapults Front And Center », The War Zone (TWZ), novembre 2025. https://www.twz.com/sea/china-commissions-newest-aircraft-carrier-with-its-electromagnetic-catapults-front-and-center ↩ ↩2
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USNI News, « PLAN Carrier Fujian Expected to Achieve Full Readiness This Year, Chinese State Media Says », USNI News, 20 avril 2026. https://news.usni.org/2026/04/20/plan-carrier-fujian-expected-to-achieve-full-readiness-this-year-chinese-state-media-says ↩ ↩2
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CSIS, « China’s Carriers Increasingly Venture Beyond the First Island Chain », Center for Strategic and International Studies, 2025. https://www.csis.org/analysis/chinas-carriers-increasingly-venture-beyond-first-island-chain ↩ ↩2
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CNN, « China’s aircraft carriers send message in the open Pacific for the first time – and bigger and more powerful ships are coming », CNN, 16 juin 2025. https://www.cnn.com/2025/06/16/asia/china-aircraft-carriers-pacific-intl-hnk-ml ↩ ↩2
-
Naval News, « China’s New Type 054B Frigate Makes Carrier Strike Group Debut in Western Pacific », Naval News, mai 2026. https://www.navalnews.com/naval-news/2026/05/chinas-new-type-054b-frigate-makes-carrier-strike-group-debut-in-western-pacific/ ↩ ↩2 ↩3
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