Les Nouvelles Routes de la soie : la Chine accélère en 2025
Lancée en 2013, l'initiative Belt and Road a atteint un niveau record en 2025. Bilan, controverses et riposte occidentale d'un projet qui redessine le monde.

À retenir
- Lancée en 2013, l'initiative Belt and Road relie l'Asie, l'Europe et l'Afrique par un réseau d'infrastructures financées par Pékin.
- En 2025, l'engagement chinois a atteint un record de 213,5 milliards de dollars, portant le cumul à près de 1 400 milliards depuis 2013.
- L'Afrique est devenue le premier marché du dispositif, et l'énergie son principal moteur.
- Le récit du « piège de la dette », symbolisé par le port sri-lankais d'Hambantota, est plus nuancé que ne le dit sa réputation.
- L'Occident riposte avec le PGII du G7 et le Global Gateway européen, sans rivaliser pour l'instant en volume.
On la disait à bout de souffle, plombée par les dettes et le ralentissement chinois. En 2025, la « Belt and Road Initiative » a au contraire battu tous ses records : 213,5 milliards de dollars engagés en un an, soit près du double de 20241. Douze ans après son lancement, le grand projet d’infrastructures de Pékin n’a rien d’un mirage. Il change simplement de visage — et l’Occident peine toujours à répondre.
Un projet planétaire, des chiffres vertigineux
Annoncée par Xi Jinping en 2013, la BRI ambitionne de relier l’Asie, l’Europe et l’Afrique par un maillage de routes, de ports, de voies ferrées et de réseaux énergétiques. L’idée : fluidifier le commerce, ouvrir des débouchés aux entreprises chinoises et, ce faisant, étendre l’influence de Pékin. L’ampleur est désormais difficile à contester. Selon le Green Finance & Development Center, l’engagement cumulé atteint 1 399 milliards de dollars depuis 2013, dont 837 milliards en contrats de construction et 561 milliards en investissements1.
L’année 2025 a marqué une nette accélération. Les contrats de construction ont bondi de 81 % sur un an pour atteindre 128,4 milliards de dollars, et les investissements de 62 %, à 85,2 milliards, répartis sur quelque 350 accords1. Fait notable, la taille moyenne des projets grimpe : près de 939 millions de dollars par investissement, contre 672 millions un an plus tôt1. Loin de se contracter, la BRI monte en gamme. Le tournant amorcé au troisième forum de 2023, qui prônait une coopération « verte » et « de haute qualité », se traduit dans les faits par des opérations plus ciblées et plus lourdes2.
L’Afrique et l’énergie, nouveaux moteurs
Le centre de gravité se déplace. En 2025, l’Afrique est devenue le premier marché du dispositif, avec 61,2 milliards de dollars d’engagements — une envolée de 283 % en un an1. Le continent, longtemps perçu comme un terrain secondaire, capte désormais l’essentiel de la dynamique, comme le détaille notre analyse de l’influence économique de la Chine en Afrique.
L’autre moteur, c’est l’énergie. L’engagement chinois dans ce secteur a atteint 93,9 milliards de dollars en 2025, plus du double de l’année précédente et le niveau le plus élevé depuis la création de la BRI1. Pétrole et gaz pèsent à eux seuls plus de 69 milliards. Pour les pays partenaires, ces financements promettent routes, ports et centrales là où les bailleurs occidentaux se font rares. Le savoir-faire chinois en matière de trains à grande vitesse ou de chaînes d’approvisionnement en terres rares renforce encore l’attractivité de l’offre.
Pour de nombreux gouvernements du Sud, l’attrait est concret. Là où la Banque mondiale ou le FMI assortissent leurs prêts de conditions politiques — réformes de gouvernance, lutte contre la corruption, transparence budgétaire —, Pékin avance vite et sans leçons de morale. Les chantiers démarrent en quelques mois, les ingénieurs chinois affluent, et le dirigeant local peut inaugurer un pont ou une autoroute avant la prochaine élection. Cette « offre clé en main » a transformé des paysages entiers, du Kenya, doté d’une ligne ferroviaire moderne, à l’Asie centrale, désormais quadrillée de corridors logistiques. Le revers, lui, n’apparaît souvent qu’ensuite : factures à rembourser, dépendance technologique et clauses parfois opaques.
Le « piège de la dette » : un récit à nuancer
Reste la critique la plus tenace : la BRI enfermerait ses partenaires dans la dette pour mieux les soumettre. L’exemple brandi est presque toujours le même : le port sri-lankais d’Hambantota, mis en bail pour 99 ans à une coentreprise à majorité chinoise en 2017, faute de pouvoir rembourser les prêts contractés3. L’image d’une Chine prédatrice « saisissant » un port stratégique a fait le tour du monde.
La réalité est plus complexe. Des travaux universitaires rappellent que Colombo avait elle-même sollicité ces financements, après des refus américain et indien justifiés par des études jugeant le projet peu viable4. Une analyse de la Georgetown Journal of International Affairs va plus loin et conteste le terme même de « diplomatie du piège de la dette », y voyant un raccourci politique plus qu’une description fidèle5. Cela n’efface pas les vrais problèmes — opacité de certains contrats, surendettement, projets « éléphants blancs » sans rentabilité —, mais invite à distinguer la dépendance subie du choix souverain, au cas par cas.
La crainte de fond, côté occidental, reste géopolitique. Washington et ses alliés redoutent que ces infrastructures ne servent un jour de leviers d’influence, voire de points d’appui militaires : un port commercial financé par Pékin peut, en théorie, accueillir des navires de guerre. La base navale chinoise de Djibouti, première installation de ce type hors de Chine, nourrit ce soupçon. Pékin, de son côté, rétorque que ses prêts comblent un déficit d’investissement que l’Occident a longtemps ignoré, et que ses partenaires sont des États souverains, libres de leurs choix. Entre la lecture prédatrice et la lecture purement commerciale, la vérité se loge le plus souvent dans l’entre-deux.
L’Occident cherche la parade
Face à cette poussée, les puissances occidentales tentent d’organiser la riposte. Le G7 a lancé le Partenariat pour les infrastructures et l’investissement mondiaux (PGII), présenté comme une alternative à la BRI et doté d’engagements annoncés à hauteur de 600 milliards de dollars6. L’Union européenne, de son côté, déploie son Global Gateway, qu’elle veut « plus transparent, fondé sur des règles et mieux intégré localement », avec une priorité affichée pour la durabilité plutôt que pour l’influence à court terme7. Fin 2025, Bruxelles a annoncé un paquet d’investissement Afrique-Europe de 150 milliards d’euros lors d’un sommet UE-Union africaine7.
Le problème, c’est l’écart entre les annonces et les décaissements. Plusieurs observateurs notent que ni Washington ni les autres membres du G7 n’ont engagé d’argent réellement neuf, l’essentiel reposant sur des financements privés à mobiliser6. Tant que cette équation ne sera pas résolue, l’alternative occidentale restera plus rhétorique que réelle — un contraste qui éclaire aussi la modernisation militaire de la Chine et son ancrage chez des partenaires comme l’Iran.
Ce qu’il faut surveiller
La BRI de 2026 n’est plus celle de 2013 : moins de méga-projets tape-à-l’œil, davantage d’opérations ciblées, un basculement net vers l’Afrique et l’énergie. Pékin a appris de ses erreurs et affine sa méthode. Le signal à guetter est double : la Chine parviendra-t-elle à rendre ces investissements rentables et soutenables sur la durée ? Et l’Occident saura-t-il transformer ses promesses de centaines de milliards en chantiers concrets ? De la réponse dépendra une partie de l’équilibre économique mondial des prochaines décennies.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'initiative Belt and Road ?
Lancée par Xi Jinping en 2013, la « Belt and Road Initiative » (Nouvelles Routes de la soie) finance routes, ports, voies ferrées et centrales électriques dans quelque 150 pays. Elle vise à relier la Chine au reste du monde et à étendre son influence économique et stratégique.
Combien la Chine a-t-elle investi dans la BRI ?
Selon le Green Finance & Development Center, l'engagement chinois a atteint un record de 213,5 milliards de dollars en 2025, contrats de construction et investissements confondus. Le cumul dépasse 1 399 milliards de dollars depuis le lancement du programme en 2013.
Le « piège de la dette » est-il une réalité ?
Le cas d'Hambantota au Sri Lanka est souvent cité, mais des recherches universitaires nuancent ce récit : Colombo avait sollicité elle-même les financements après des refus américain et indien. La réalité varie selon les pays et les projets, entre dépendance subie et choix souverain.
L'Occident propose-t-il une alternative ?
Oui. Le G7 a lancé le Partenariat pour les infrastructures et l'investissement mondiaux (PGII), doté de 600 milliards de dollars annoncés, et l'Union européenne son Global Gateway. Ces initiatives misent sur la transparence et la durabilité, mais peinent encore à égaler la Chine en volume.
Sources
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Green Finance & Development Center, « China Belt and Road Initiative (BRI) Investment Report 2025 », Green Finance & Development Center, 2026. https://greenfdc.org/china-belt-and-road-initiative-bri-investment-report-2025/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
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Observer Research Foundation, « Bigger, Smarter: BRI 2.0 After the Third Belt and Road Forum », ORF, 2023. https://www.orfonline.org/research/bigger-smarter-bri-2-0-after-the-third-belt-and-road-forum ↩
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The Diplomat, « Debt or Diplomacy? Inside China’s Controversial Loans to Sri Lanka, Laos, and Malaysia », The Diplomat, octobre 2024. https://thediplomat.com/2024/10/debt-or-diplomacy-inside-chinas-controversial-loans-to-sri-lanka-laos-and-malaysia/ ↩
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Foreign Policy, « As Sri Lanka Shows, China’s Belt and Road Loans Aren’t Only a Debt Trap », Foreign Policy, mars 2021. https://foreignpolicy.com/2021/03/02/sri-lanka-china-bri-investment-debt-trap/ ↩
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Georgetown Journal of International Affairs, « Questioning the Debt-Trap Diplomacy Rhetoric surrounding Hambantota Port », GJIA, juin 2021. https://gjia.georgetown.edu/2021/06/05/questioning-the-debt-trap-diplomacy-rhetoric-surrounding-hambantota-port/ ↩
-
Newsweek, « The G7 Struggles to Present a Credible Alternative to China’s Belt and Road », Newsweek, 2022. https://www.newsweek.com/g7-struggles-present-credible-alternative-chinas-belt-road-opinion-1721852 ↩ ↩2
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Capital FM, « Global Gateway Emerges as Europe’s Strategic Alternative to China’s Belt and Road Initiative », Capital FM, mai 2026. https://www.capitalfm.co.ke/news/2026/05/global-gateway-emerges-as-europes-strategic-alternative-to-chinas-belt-and-road-initiative/ ↩ ↩2
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