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Le programme spatial chinois : la conquête méthodique de l'orbite

93 lancements en 2025, plus de 1 100 satellites, échantillons lunaires et cap sur la Lune en 2030 : le programme spatial chinois en chiffres et en enjeux.

Par ISS10 décembre 2024, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 6 min
Décollage d'une fusée Longue Marche depuis un centre de lancement spatial chinois.
Décollage d'une fusée Longue Marche depuis un centre de lancement spatial chinois. (Image d'illustration IA © ISS 2024)

À retenir

  1. La Chine a battu son record national avec 93 lancements orbitaux en 2025, deuxième puissance derrière les États-Unis.
  2. Sa flotte de satellites dépasse désormais 1 100 engins, dont plus de 510 dédiés au renseignement et à la surveillance.
  3. La sonde Chang'e 6 a rapporté en juin 2024 les premiers échantillons de la face cachée de la Lune.
  4. Pékin se dit en bonne voie pour un alunissage habité avant 2030, avec un vaisseau pouvant emporter six taïkonautes.
  5. Le volet militaire et les capacités antisatellites alimentent les inquiétudes sur une militarisation de l'orbite.

Près d’un tir par semaine, pendant un an. En 2025, la Chine a battu son record national avec 93 lancements orbitaux, une cadence qui la place au deuxième rang mondial, derrière les seuls États-Unis et loin devant tous les autres1. Le programme spatial chinois, longtemps perçu comme un poursuivant, est devenu un acteur de tête, à la fois vitrine scientifique, levier économique et instrument militaire.

Une cadence industrielle inédite

Le chiffre de 2025 raconte une mutation profonde : l’espace chinois est passé à l’échelle industrielle2. Cette régularité s’appuie sur une famille de lanceurs Longue Marche éprouvée et sur la montée en puissance d’acteurs commerciaux. Les missions vont du renseignement aux tests technologiques, en passant par les constellations de communication destinées à concurrencer Starlink.

Ce rythme n’a rien d’anecdotique. Maintenir une cadence quasi hebdomadaire suppose une chaîne industrielle robuste : sites de tir multiples, production en série de lanceurs, équipes capables d’enchaîner les campagnes sans accroc. C’est cette capacité d’exécution, autant que les prouesses spectaculaires, qui distingue désormais la Chine de la plupart des autres puissances spatiales. L’émergence de jeunes entreprises privées, encouragées par Pékin, ajoute une dynamique nouvelle, sur le modèle de l’écosystème américain. Le pays a clôturé l’année par des missions de test technologique comme Shijian-29, illustrant la diversité de son agenda orbital1.

Derrière la quantité, la qualité progresse aussi. La flotte opérationnelle chinoise dépasse désormais 1 100 satellites, selon le rapport annuel du Pentagone3. Cette densification offre à la Chine une autonomie d’observation, de positionnement et de communication qui, il y a dix ans encore, restait l’apanage des États-Unis.

La Lune, vitrine de l’ambition

C’est dans l’exploration que le prestige se joue. Le 25 juin 2024, la sonde Chang’e 6 a rapporté 1 935 grammes de matériaux prélevés sur la face cachée de la Lune — les tout premiers échantillons jamais obtenus de cet hémisphère4. Une première mondiale, dont l’analyse a déjà livré des résultats inédits sur la composition lunaire4.

La trajectoire ne s’arrête pas là. En octobre 2025, le programme spatial habité chinois s’est dit « en bonne voie » pour un alunissage habité avant 20305. Le vaisseau en développement pourra emporter jusqu’à six taïkonautes, contre trois pour l’actuel Shenzhou, dans une version dédiée à l’espace lointain5. En orbite basse, la station Tiangong, achevée fin 2022, a accueilli plus de 180 expériences scientifiques et doit recevoir son premier visiteur international en 20264.

L’audace dépasse même la Lune. Le 29 mai 2025, la Chine a lancé Tianwen 2, sa première mission de retour d’échantillon d’astéroïde, qui doit visiter le petit corps 2016 HO3 avant de filer vers une comète de la ceinture principale — une odyssée d’une décennie4. Le pays s’inscrit ainsi dans le club très fermé des nations capables de missions interplanétaires complexes.

La Chine ne joue pas cette partition seule. Autour de son projet de base lunaire, elle fédère des partenaires internationaux et propose une alternative au programme Artemis mené par Washington. Cette diplomatie spatiale lui permet d’élargir son influence auprès de pays émergents, qui voient dans la coopération avec Pékin un raccourci vers leurs propres ambitions orbitales. L’espace devient ainsi un terrain d’alliances autant qu’un théâtre de rivalités, où le leadership scientifique se traduit en capital politique.

L’espace, théâtre militaire

Mais l’orbite n’est pas qu’un terrain de science. La Chine exploite désormais plus de 510 satellites de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, équipés de capteurs optiques, multispectraux, radar et radiofréquence6. Ce maillage permet à l’Armée populaire de libération de suivre les groupes aéronavals américains à travers l’Indo-Pacifique avec une fréquence de revisite croissante6. Le Pentagone décrit une stratégie de « guerre informatisée », où la maîtrise de l’information devient le facteur décisif6.

Plus sensible encore, le volet contre-spatial. Le département américain de la Défense cite des manœuvres rapprochées et de probables expériences de ravitaillement menées en orbite géostationnaire par les satellites Shijian-21 et Shijian-256. La Chine déploie aussi des armes antisatellites au sol : missiles à ascension directe capables de viser l’orbite basse, lasers conçus pour aveugler les capteurs optiques, et brouilleurs visant le GPS et les communications6. Ces capacités font écho à d’autres ruptures technologiques chinoises, comme les armes hypersoniques qui défient les défenses antimissiles existantes.

Une course aux multiples dimensions

La montée en puissance chinoise a relancé une compétition globale. Les États-Unis pilotent le programme Artemis pour retourner sur la Lune, tandis que la Russie cherche à préserver son rang historique. Mais la rivalité ne se limite plus aux trois grands : l’orbite est devenue un espace disputé où se croisent satellites militaires et engins « dual-use », à la frontière du civil et de l’armé.

Cette dynamique rejoint la volonté plus large de Pékin de peser sur les règles mondiales, qu’il s’agisse de la gouvernance d’internet ou de la maîtrise de l’espace orbital. L’opacité de certaines missions militaires chinoises alimente toutefois la méfiance et nourrit le débat sur la nécessité d’un cadre international pour encadrer les activités en orbite.

Un atout de puissance à part entière

Le spatial est aussi un levier stratégique qui se conjugue avec d’autres. Les satellites soutiennent la dissuasion liée à l’arsenal nucléaire chinois, la surveillance des exercices militaires près de Taïwan et le suivi des tensions en mer de Chine méridionale. L’espace n’est plus un domaine séparé : il irrigue l’ensemble de la stratégie chinoise.

Ce qu’il faudra surveiller

La Chine avance avec une constance qui force le respect, mais plusieurs jalons restent à franchir : la fiabilité de ses futurs lanceurs lourds, la tenue du calendrier lunaire et la transparence de ses activités militaires en orbite. Le signal à guetter dans les prochains mois ? Les premiers vols d’essai du vaisseau habité de nouvelle génération et l’arrivée du premier équipage étranger à bord de Tiangong : deux marqueurs d’une puissance spatiale qui ne se contente plus de rattraper, mais entend ouvrir la voie.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Combien de lancements spatiaux la Chine a-t-elle réalisés en 2025 ?

La Chine a effectué 93 lancements orbitaux en 2025, un record national, en maintenant une cadence proche d'un tir par semaine sur toute l'année. Elle se classe ainsi deuxième puissance de lancement mondiale, derrière les États-Unis et loin devant les autres acteurs.

Quand la Chine prévoit-elle d'envoyer des humains sur la Lune ?

En octobre 2025, le programme spatial habité chinois s'est dit en bonne voie pour un alunissage habité avant 2030. Le vaisseau prévu pourra emporter jusqu'à six taïkonautes, contre trois pour l'actuel Shenzhou, dans une version conçue pour l'espace lointain.

Qu'a rapporté la mission Chang'e 6 ?

Le 25 juin 2024, la sonde Chang'e 6 a rapporté 1 935 grammes de matériaux prélevés sur la face cachée de la Lune, une première mondiale. Ces échantillons ont déjà livré des découvertes scientifiques inédites sur la composition de cet hémisphère lunaire.

Le programme spatial chinois a-t-il une dimension militaire ?

Oui. Outre les missions civiles, la Chine exploite plus de 510 satellites de renseignement et développe des capacités antisatellites : missiles à ascension directe, lasers aveuglants et brouilleurs. Le Pentagone s'inquiète de manœuvres rapprochées de satellites comme Shijian-21 et 25 en orbite géostationnaire.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. SpaceNews, « China caps record year for orbital launches with Tianhui-7 and Shijian-29 technology test missions », SpaceNews, janvier 2026. https://spacenews.com/china-caps-record-year-for-orbital-launches-with-tianhui-7-and-shijian-29-technology-test-missions/ 2

  2. Space.com, « China breaks its single-year launch record with weekend flurry », Space.com, 2025. https://www.space.com/space-exploration/launches-spacecraft/china-breaks-its-single-year-launch-record-with-weekend-flurry

  3. Air & Space Forces Magazine, « What Satellites Reveal about China’s Military Expansion », Air & Space Forces Magazine, 2025. https://www.airandspaceforces.com/article/what-satellites-reveal-about-chinas-military-expansion/

  4. SpaceDaily, « China expands space capabilities with new lunar and deep space milestones », SpaceDaily, 2025. https://www.spacedaily.com/reports/China_expands_space_capabilities_with_new_lunar_and_deep_space_milestones_999.html 2 3 4

  5. The Conversation, « China is going to the Moon by 2030. Here’s what’s known about the mission – and why it matters », The Conversation, octobre 2025. https://theconversation.com/china-is-going-to-the-moon-by-2030-heres-whats-known-about-the-mission-and-why-it-matters-269306 2

  6. SatNews, « DoD Report: China’s ISR Fleet Swells to 510+ Satellites, ‘Informatized’ Warfare Accelerates », SatNews, 24 décembre 2025. https://news.satnews.com/2025/12/24/dod-report-chinas-isr-fleet-swells-to-510-satellites-informatized-warfare-accelerates/ 2 3 4 5

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