Sahel, Soudan : l'Afrique au cœur des conflits du XXIe siècle
Le Sahel concentre plus de la moitié des morts du terrorisme mondial et le Soudan vit la pire crise humanitaire. Une instabilité qui défie le monde entier.

À retenir
- Le Sahel concentre à lui seul plus de la moitié des morts du terrorisme dans le monde en 2025.
- La guerre au Soudan a fait environ 150 000 morts et déplacé près de 13 millions de personnes.
- Mali, Burkina Faso et Niger ont quitté la CEDEAO en janvier 2025 pour fonder l'Alliance des États du Sahel.
- Les régimes militaires sahéliens se tournent vers l'Africa Corps russe, héritier de Wagner.
- La violence déborde vers les pays côtiers du golfe de Guinée, Bénin et Togo en tête.
En octobre 2025, après dix-huit mois de siège, la ville d’El-Fasher au Darfour tombe. Suivent des récits de massacres, de viols et d’exécutions qui glacent jusqu’à la Cour pénale internationale. Au même moment, à des milliers de kilomètres à l’ouest, des combattants djihadistes s’emparent fugacement de capitales provinciales au Burkina Faso. Deux drames distincts, une même leçon : l’Afrique est devenue le principal théâtre des conflits du siècle.
Le Sahel, premier foyer de violence du monde
Les chiffres donnent le vertige. Selon l’indice mondial du terrorisme 2026, le Sahel concentre à lui seul plus de la moitié des morts liées au terrorisme dans le monde en 20251. Depuis 2017, le centre de gravité du phénomène s’est déplacé du Moyen-Orient vers cette bande aride qui traverse l’Afrique de l’Ouest1. Deux organisations dominent : le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à al-Qaïda, et la province sahélienne de l’État islamique (ISSP). Rivales sur le terrain, elles se disputent territoires, recrues et trafics, ce qui multiplie les fronts. En mai 2025, le JNIM s’est même emparé, le temps de quelques heures, des capitales provinciales de Djibo et Diapaga au Burkina Faso, démontrant sa capacité à frapper au cœur de l’État2.
L’expansion est foudroyante. Les groupes djihadistes ont doublé l’étendue géographique de leurs attaques, opérant désormais sur plus d’un million de kilomètres carrés2. En 2025, la violence politique a tué plus de 10 000 personnes au Mali, au Burkina Faso et au Niger, selon l’ACLED3. En septembre, une embuscade contre un convoi militaire dans la province burkinabè du Soum a fait une centaine de morts parmi les soldats2. La région de Tillabéri, au Niger, est devenue la plus meurtrière du Sahel central pour les civils2.
Au-delà des attentats spectaculaires, c’est une guerre d’usure qui se joue. Les groupes armés imposent des blocus économiques, coupent les routes, taxent les marchés et asphyxient des villes entières pour étrangler les États. Ils gouvernent par la terreur dans des zones rurales que les armées nationales n’atteignent plus. Cette stratégie patiente, moins visible qu’un massacre, érode lentement la souveraineté des pays touchés et déplace des populations entières vers des camps surpeuplés.
Soudan : la pire crise humanitaire de la planète
Plus à l’est, le Soudan vit l’enfer dans une indifférence relative. Le conflit, déclenché en avril 2023 par la lutte de pouvoir entre l’armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), est entré dans sa quatrième année4. Le bilan est effarant : environ 150 000 morts, près de 13 millions de personnes déplacées et plus de 21 millions exposées à une faim sévère5.
La famine n’est plus une menace mais une réalité : le Programme alimentaire mondial a averti que les rations pourraient être réduites jusqu’à 70 %5. Le système de santé s’est effondré, plus d’un tiers des structures médicales du pays ne fonctionnant plus4. La prise d’El-Fasher a donné aux FSR le contrôle de l’ouest du pays et déclenché de nouvelles atrocités6. Dès le 7 janvier 2025, le département d’État américain avait reconnu que les FSR et leurs alliés commettaient des actes de génocide contre des communautés non arabes6. Comme l’analyse l’impact des migrations climatiques, ces déplacements massifs déstabilisent toute une région et au-delà.
La rupture sahélienne et le pari russe
L’instabilité a bouleversé la carte diplomatique. Le 29 janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont officiellement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES)7. Cette rupture trouve sa source dans la gestion calamiteuse, par la CEDEAO, du coup d’État nigérien de 2023 — sanctions brutales et menace d’intervention — mais aussi dans un rejet plus profond de l’influence française et occidentale7.
Les trois juntes ont fait un autre choix : la Russie. L’Africa Corps, héritier du groupe Wagner désormais placé sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense, a remplacé les forces occidentales8. Le pari est risqué. Des rapports font état, dès 2025, de revers militaires et d’atrocités de masse comparables à celles de Wagner8. Sur le plan économique, le divorce coûte cher : recul des investissements étrangers, accès restreint aux fonds, inflation et déstabilisation monétaire8. Ces leviers de pression rappellent ceux décrits dans l’impact des sanctions internationales, où l’isolement façonne les stratégies des régimes visés.
Des stratégies internationales à bout de souffle
Contenir cette instabilité relève désormais de la gageure. Les interventions militaires classiques ont échoué ou se sont retirées, et la guerre asymétrique menée par les groupes armés défie les armées conventionnelles, comme le détaille l’évolution des doctrines militaires face aux conflits urbains et asymétriques. Les experts de Chatham House plaident pour des solutions régionales combinant sécurité, développement et gouvernance, plutôt que des réponses imposées de l’extérieur9.
Car les racines du mal sont structurelles : absence de services de base, abus des forces de sécurité et pauvreté extrême forment un terreau de recrutement inépuisable1. La compétition pour l’eau, les terres et les minerais aggrave les tensions, un enjeu exploré dans gérer les conflits des ressources partagées. À ces facteurs s’ajoute désormais la surveillance par satellite, qui transforme le renseignement militaire, comme le montre la militarisation de l’espace.
Le retrait des forces internationales a laissé un vide. La mission des Nations unies au Mali, longtemps l’une des plus meurtrières au monde pour les Casques bleus, a plié bagage fin 2023 à la demande de la junte. Les contingents français et européens ont suivi. À leur place, ni l’Union africaine ni les organisations régionales n’ont pu déployer une force crédible, faute de moyens et de mandat. Cette absence d’architecture de sécurité partagée est, aux yeux de nombreux analystes, l’angle mort des stratégies actuelles : on traite les symptômes militaires sans bâtir les institutions qui empêcheraient la rechute.
Le golfe de Guinée, prochaine ligne de front
Une lueur, fragile : l’indice 2026 enregistre un recul des attaques en Afrique subsaharienne, avec des morts en baisse de 23,5 % et des attaques en repli de 28 % sur un an1. À l’échelle mondiale, le même indice recense 5 582 morts du terrorisme en 2025, soit un net repli sur l’année écoulée1. Pour la première fois dans l’histoire de l’indice, le Burkina Faso cède au Pakistan la première place des pays les plus touchés, avec 1 139 morts recensés dans ce dernier1. Ce léger mieux s’explique en partie par la brutalité même des juntes, qui regagnent du terrain au prix de lourdes pertes civiles — un répit en trompe-l’œil. Mais ce répit masque une dérive géographique inquiétante : la violence déborde des États sahéliens enclavés vers les nations côtières du golfe de Guinée, Bénin et Togo en première ligne1. Le signal à surveiller est là : si les groupes armés atteignent les ports et les économies dynamiques du littoral ouest-africain, c’est tout l’équilibre du continent — et les routes commerciales mondiales — qui basculerait.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Pourquoi le Sahel est-il devenu l'épicentre du terrorisme mondial ?
Depuis 2017, le centre de gravité du terrorisme s'est déplacé du Moyen-Orient vers le Sahel. États faibles, absence de services publics, abus des forces de sécurité et pauvreté extrême y nourrissent un vivier de recrues que les groupes djihadistes comme le JNIM et l'État islamique exploitent sans relâche.
Qu'est-ce que l'Alliance des États du Sahel ?
C'est une coalition formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays dirigés par des juntes militaires. Le 29 janvier 2025, ils ont officiellement quitté la CEDEAO pour fonder l'AES, en rupture avec l'influence occidentale et en partenariat croissant avec la Russie.
Quelle est l'ampleur de la guerre au Soudan ?
Déclenchée en avril 2023, elle a fait environ 150 000 morts et déplacé près de 13 millions de personnes, soit la plus grande crise de déplacement au monde. La famine frappe des centaines de milliers de Soudanais et des actes de génocide ont été constatés au Darfour.
Les interventions internationales fonctionnent-elles ?
Le bilan est mitigé. Les opérations militaires occidentales ont reculé, remplacées par des mercenaires russes aux résultats contestés. Les analystes plaident pour des solutions régionales associant sécurité, développement et gouvernance, plutôt que des réponses purement militaires venues de l'extérieur.
Sources
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Institute for Economics and Peace, « Global Terrorism Index 2026 », Vision of Humanity, mars 2026. https://www.visionofhumanity.org/wp-content/uploads/2026/03/Global-Terrorism-Index-2026-Report.pdf ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7
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Military Africa, « Jihadist activities spread across Africa’s Sahel », Military Africa, novembre 2025. https://www.military.africa/2025/11/jihadist-activities-spread-across-africas-sahel/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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ACLED, « Conflict in the Sahel », Armed Conflict Location & Event Data Project, 2025. https://acleddata.com/region/conflict-sahel ↩
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Health Policy Watch, « Sudan’s Catastrophic Civil War Enters Fourth Year », Health Policy Watch, 2026. https://healthpolicy-watch.news/sudans-catastrophic-civil-war-enters-fourth-year/ ↩ ↩2
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Al Jazeera, « Tracking Sudan’s humanitarian crisis: By the numbers », Al Jazeera, 15 décembre 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/12/15/tracking-sudans-humanitarian-crisis-by-the-numbers ↩ ↩2
-
Foreign Policy, « Sudan Civil War: The World Is Starting to Recognize Genocide », Foreign Policy, 26 décembre 2025. https://foreignpolicy.com/2025/12/26/sudan-civil-war-genocide-darfur-famine-war-crimes/ ↩ ↩2
-
Amani Africa, « The Withdrawal of AES from ECOWAS: An opportunity for re-evaluating existing instruments for regional integration? », Amani Africa, 2025. https://amaniafrica-et.org/the-withdrawal-of-aes-from-ecowas-an-opportunity-for-re-evaluating-existing-instruments-for-regional-integration/ ↩ ↩2
-
Georgetown Security Studies Review, « Coalition of Coups: The AES-ECOWAS Split and West Africa’s Security Crisis », Georgetown University, 2025. https://gssr.georgetown.edu/the-forum/regions/africa/coalition-of-coups-the-aes-ecowas-split-and-west-africas-security-crisis/ ↩ ↩2 ↩3
-
Chatham House, « West Africa needs regional solutions to combat the escalating Sahel security crisis », Chatham House, décembre 2025. https://www.chathamhouse.org/2025/12/west-africa-needs-regional-solutions-combat-escalating-sahel-security-crisis ↩
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