Énergie verte et pays en développement : le grand rattrapage
Solaire le moins cher du monde, 600 millions d'Africains sans courant, financements en débat : où en est l'énergie verte dans les pays en développement en 2026.

À retenir
- Le solaire est devenu l'électricité la moins chère du monde, 75 % moins coûteuse qu'en 2014.
- Environ 600 millions d'Africains restent privés d'accès à l'électricité, surtout en zone rurale.
- L'initiative Mission 300 vise à connecter 300 millions de personnes d'ici 2030 ; 43 millions le sont déjà.
- 90 % de l'investissement mondial dans les renouvelables reste concentré dans les pays riches et la Chine.
- La COP29 a fixé un objectif de 300 milliards de dollars par an de financement climatique d'ici 2035, jugé insuffisant.
C’est l’une des révolutions les plus discrètes de la décennie : produire de l’électricité au soleil est devenu l’option la moins chère du monde, 75 % moins coûteuse qu’en 20141. Pour les pays en développement, c’est une promesse de rattrapage. Pourtant, 600 millions d’Africains vivent encore sans courant2. Entre une technologie enfin abordable et des financements qui peinent à suivre, l’énergie verte du Sud avance — mais à deux vitesses.
Le solaire renverse l’équation énergétique
Le basculement est d’abord économique. Le photovoltaïque est aujourd’hui meilleur marché que le charbon, le gaz et même l’éolien sur de nombreux marchés1. Cette chute des prix, largement tirée par les panneaux chinois bon marché, permet à des économies émergentes de devancer les pays riches : 63 % des marchés émergents d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine tirent désormais une part plus importante de leur électricité du solaire que les États-Unis3.
Le mouvement est massif. En 2025, le solaire a été le principal moteur de l’expansion des renouvelables, particulièrement dans les régions en développement4. L’Asie a contribué à 74 % des nouvelles capacités, tandis que l’Afrique enregistrait sa plus forte hausse jamais mesurée, +15,9 %, portée par l’Éthiopie, l’Afrique du Sud et l’Égypte5. Plusieurs marchés émergents — Brésil, Chili, Salvador, Maroc, Kenya, Namibie — devancent désormais les États-Unis dans la transition3. Le panneau solaire, longtemps symbole d’une énergie de pays riches, est devenu l’outil de rattrapage du Sud.
L’enjeu est aussi industriel. La domination chinoise sur la fabrication des panneaux explique en grande partie cette chute des prix, mais elle crée une dépendance nouvelle : les pays en développement gagnent en autonomie énergétique tout en s’arrimant à une chaîne d’approvisionnement concentrée. Cette dynamique s’inscrit dans une transition énergétique aux fortes implications géopolitiques, où la maîtrise des chaînes solaires devient un levier stratégique autant qu’un atout climatique.
Le défi de l’accès : connecter le dernier kilomètre
Reste l’angle mort : l’accès. Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 600 millions d’Africains demeurent privés d’électricité, la plupart en zone rurale où étendre le réseau principal est coûteux et lent2. Les solutions hors réseau changent la donne : systèmes solaires et batteries ont représenté plus de la moitié des nouvelles connexions en Afrique subsaharienne en 20226.
L’enjeu n’est plus tant technologique que financier et organisationnel. Atteindre l’accès universel sur le continent en une décennie exigerait 150 milliards de dollars, soit environ 15 milliards par an2. La Banque mondiale estime qu’électrifier 380 millions de personnes supposerait de construire plus de 160 000 mini-réseaux — mais au rythme actuel, à peine 12 000 verront le jour d’ici 20306. Le déploiement bute sur la planification, la qualité des données et le coût du capital, davantage que sur la disponibilité des panneaux. C’est aussi là que l’intelligence artificielle appliquée à la gestion des réseaux pourrait aider à optimiser des systèmes décentralisés.
Mission 300 et les réussites qui inspirent
Des initiatives d’envergure tentent de combler l’écart. Mission 300, partenariat de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, vise à connecter 300 millions d’Africains d’ici 2030 par des réseaux renforcés, davantage d’investissement privé et une meilleure intégration régionale7. En janvier 2025, 48 pays ont approuvé la Déclaration de Dar es-Salaam, donnant une assise politique continentale7. Premiers résultats : 43 millions de personnes déjà raccordées en Tanzanie, à Madagascar, en Éthiopie, en RDC et en Zambie7.
Les exemples nationaux confirment le potentiel. Le Kenya, qui exploite hydraulique, éolien, géothermie et solaire, fait avancer rapidement le projet géothermique de Menengai, d’une capacité de 105 mégawatts, au cœur de la vallée du Rift7. Le pays illustre une autre voie que le tout-solaire : la géothermie, stable et continue, complète idéalement une production intermittente. Le fonds Hardest-to-Reach d’Acumen, doté de 250 millions de dollars, doit pour sa part apporter le solaire hors réseau à 70 millions d’Africains à faibles revenus dans 16 pays7.
La logique de Mission 300 est révélatrice : environ la moitié des foyers seront raccordés par l’extension des réseaux, l’autre moitié par des solutions décentralisées comme les mini-réseaux et les systèmes solaires domestiques7. Cette double approche reconnaît qu’il n’existe pas de solution unique. Ces réussites montrent qu’une trajectoire existe, à condition de mobiliser des capitaux à grande échelle — un défi qui rejoint celui de l’intégration de l’énergie nucléaire dans les économies en développement.
L’argent, nerf de la transition — et de la dette
Car le vrai goulot d’étranglement est financier. En 2024, l’investissement mondial dans le solaire a atteint un record de 554 milliards de dollars, mais 90 % de l’investissement dans les renouvelables est resté concentré dans les économies avancées et en Chine, laissant les pays en développement sous-dotés8. Le coût de production y est plus élevé, car le risque perçu gonfle les taux de financement8.
L’aide internationale peine à corriger ce déséquilibre. La COP29 a certes triplé l’objectif de financement climatique, de 100 à 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, dans le cadre d’une ambition plus large de 1 300 milliards mobilisés tous acteurs confondus9. Mais de nombreux pays pauvres, déjà accablés de dettes, redoutent de nouveaux prêts à taux élevé : leurs remboursements atteignaient 443 milliards de dollars pour la seule année 2022, bien au-delà de la promesse climatique9. L’accord n’a pas précisé la part de dons et celle de prêts, ni comment traiter le surendettement des pays les plus vulnérables au climat9. Le risque est réel de voir la transition verte financée par un nouvel endettement, transformant une promesse écologique en fardeau budgétaire.
Cette tension n’est pas qu’une affaire de chiffres : elle conditionne la souveraineté des États. Un pays contraint d’emprunter cher pour électrifier ses campagnes peut se retrouver vulnérable aux conditions de ses créanciers. La question des financements rejoint ainsi celle des dépendances extérieures, qu’illustrent les investissements chinois dans les infrastructures critiques des pays en développement, où le crédit ouvre souvent la voie à l’influence.
Le signal à surveiller : du panneau au raccordement
L’énergie verte n’est plus, pour les pays en développement, une affaire de coût technologique : ce verrou-là a sauté. Le défi s’est déplacé vers la capacité à transformer des panneaux abordables en connexions réelles, et des promesses de financement en argent effectivement décaissé sous forme de dons plutôt que de dette. Le solaire offre au Sud une chance historique de sauter l’étape des énergies fossiles. Mais cette chance se jouera moins dans les annonces des sommets que dans le rythme concret des raccordements. L’indicateur décisif des prochaines années sera simple : combien des 600 millions de personnes sans courant auront, enfin, la lumière.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Le solaire est-il vraiment l'énergie la moins chère ?
Oui, dans de nombreux marchés. Le photovoltaïque est devenu 75 % moins cher qu'en 2014 et représente désormais la source d'électricité la moins coûteuse dans beaucoup de pays africains. Cette baisse, tirée par les panneaux chinois, permet à des économies émergentes de devancer les États-Unis dans la transition.
Combien de personnes manquent d'électricité dans le monde ?
En Afrique, environ 600 millions de personnes vivent encore sans accès à l'électricité, selon l'Agence internationale de l'énergie. La plupart résident en zones rurales, où prolonger le réseau principal est coûteux et lent, d'où l'essor des solutions solaires hors réseau.
Qu'est-ce que Mission 300 ?
Mission 300 est un partenariat de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement visant à connecter 300 millions d'Africains à l'électricité d'ici 2030. En janvier 2025, 48 pays ont approuvé la Déclaration de Dar es-Salaam ; 43 millions de personnes étaient déjà raccordées.
Pourquoi les financements posent-ils problème ?
Le coût de production reste plus élevé dans les pays en développement, où le risque perçu gonfle les taux. Surtout, l'aide climatique promise à la COP29 — 300 milliards par an d'ici 2035 — prend souvent la forme de prêts, alourdissant la dette de nations déjà fragiles.
Sources
-
Carbon Credits, « Solar Now the World’s Cheapest Energy, Powering the Clean Transition », Carbon Credits, 2025. https://carboncredits.com/solar-now-the-worlds-cheapest-energy-powering-the-clean-transition/ ↩ ↩2
-
International Energy Agency, « New IEA report lays out pathway to finance universal electricity access in Africa », IEA, 2025. https://www.iea.org/news/new-iea-report-lays-out-pathway-to-finance-universal-electricity-access-in-africa ↩ ↩2 ↩3
-
Yale E360, « With Cheap Chinese Solar, Developing Countries Leapfrog U.S. on Clean Energy », Yale Environment 360, 2025. https://e360.yale.edu/digest/china-clean-tech-developing-countries ↩ ↩2
-
SolarQuarter, « 2025 IRENA Report: Off-Grid Solar Expands Electricity Access Across Africa, Asia, And South America », SolarQuarter, 3 janvier 2026. https://solarquarter.com/2026/01/03/2025-irena-report-off-grid-solar-expands-electricity-access-across-africa-asia-and-south-america/ ↩
-
IRENA, « Near-700 GW Surge in 2025 Proves Renewable Energy Resilience », IRENA, avril 2026. https://www.irena.org/News/pressreleases/2026/Apr/Near-700-GW-Surge-in-2025-Proves-Renewable-Energy-Resilience ↩
-
International Energy Agency, « Financing Electricity Access in Africa — Executive summary », IEA, 2025. https://www.iea.org/reports/financing-electricity-access-in-africa/executive-summary ↩ ↩2
-
World Bank, « 17 Countries Commit to Concrete Plans to Scale Up Electricity Access as Mission 300 Expands », World Bank, 24 septembre 2025. https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2025/09/24/17-countries-commit-to-concrete-plans-to-scale-up-electricity-access-as-mission-300-expands ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
-
IRENA, « Global Renewable Energy Investment Hit USD 807 Billion in 2024 », IRENA, novembre 2025. https://www.irena.org/News/pressreleases/2025/Nov/Global-Renewable-Energy-Investment-Hit-USD-807-Billion-in-2024 ↩ ↩2
-
UN Trade and Development (UNCTAD), « Countries agree $300 billion by 2035 for new climate finance goal – what next? », UNCTAD, 2024. https://unctad.org/news/countries-agree-300-billion-2035-new-climate-finance-goal-what-next ↩ ↩2 ↩3
Recevez nos analyses chaque mercredi.
Une synthèse hebdomadaire des dynamiques géopolitiques, technologiques et de défense.


