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Enjeux de société · Terrorisme et extrémismes violents

Ultradroite violente : une menace qui rajeunit et se numérise

Attaques inspirées du 'grand remplacement', radicalisation express, réseaux nihilistes comme 764 : état des lieux factuel de l'extrémisme d'ultradroite en 2025-2026.

Par ISS14 mars 2026, mis à jour le 4 juin 2026Lecture 5 min
Écran d'ordinateur affichant un forum en ligne sombre dans une chambre d'adolescent.
Écran d'ordinateur affichant un forum en ligne sombre dans une chambre d'adolescent. (Image d'illustration IA © ISS 2026)

À retenir

  1. En 2024, l'UE a recensé 47 arrestations pour terrorisme d'ultradroite et une attaque aboutie (Europol).
  2. La radicalisation, jadis longue, se compte désormais en jours, dopée par les vidéos courtes.
  3. Le récit du 'grand remplacement' relie plusieurs tueries, de Christchurch à Buffalo.
  4. Les réseaux nihilistes comme 764 brouillent la frontière entre extrémisme, cruauté et crime sexuel.
  5. L'implication de mineurs dans la violence extrémiste est une tendance qui s'aggrave.

Un adolescent isolé, quelques nuits passées sur un forum, et le basculement vers la violence. Ce qui prenait autrefois des mois s’accomplit désormais en quelques jours. L’extrémisme violent d’ultradroite n’a pas disparu : il a changé de rythme, de visage et de canaux. Comprendre cette mutation, sans la surestimer ni la minimiser, est la condition d’une réponse juste.

Ce que disent les chiffres, et leurs limites

Le tableau européen invite à la nuance. Dans son rapport annuel TE-SAT publié en juin 2025, Europol recense, pour l’année 2024, 47 arrestations liées au terrorisme d’ultradroite sur un total de 449 arrestations terroristes dans l’Union1. Une seule attaque aboutie d’ultradroite a été signalée, par l’Italie, contre vingt-quatre attaques jihadistes et vingt et une attribuées à la mouvance d’extrême gauche ou anarchiste1. En volume d’attaques abouties, l’ultradroite n’est donc pas la première menace recensée sur le sol européen.

Le constat est différent outre-Atlantique. Le Soufan Center estime que l’extrémisme d’ultradroite a progressé d’environ 250 % en Occident sur cinq ans, avec des processus de radicalisation qui se comptent désormais en jours, voire en heures, sous l’effet d’une propagande en ligne au format court2. Ces deux lectures ne se contredisent pas : elles mesurent des choses distinctes — arrestations et attaques d’un côté, dynamique de radicalisation de l’autre. La prudence statistique est ici une exigence de probité, non une concession.

Plusieurs facteurs de fond nourrissent cette mutation. La crise financière de 2008, puis les flux migratoires des années 2010, ont fourni un terreau de griefs économiques et identitaires que des entrepreneurs de la peur ont su exploiter. Mais corrélation n’est pas causalité : la majorité des personnes confrontées à ces difficultés ne verse jamais dans la violence. Le basculement tient à des trajectoires individuelles — isolement, quête d’appartenance, sentiment d’injustice — sur lesquelles une idéologie disponible vient se greffer. C’est ce mécanisme, plus que les seules statistiques globales, qu’il faut comprendre pour agir.

Le « grand remplacement », matrice d’un terrorisme transnational

Au cœur de la violence d’ultradroite la plus meurtrière, on retrouve souvent un même récit : le « grand remplacement ». Cette théorie complotiste, popularisée par l’écrivain français Renaud Camus, prétend que les populations européennes seraient progressivement supplantées par l’immigration3. Elle ne repose sur aucun fondement démographique sérieux, mais elle fonctionne comme un puissant moteur de passage à l’acte.

Sa diffusion est mondiale et cumulative. Le manifeste de l’auteur de l’attentat de Christchurch (Nouvelle-Zélande, mars 2019) s’intitulait précisément « The Great Replacement »3. Trois ans plus tard, l’auteur de la tuerie de Buffalo (États-Unis, 2022) écrivait dans son propre texte que l’homme qui l’avait « le plus radicalisé » était le tireur de Christchurch4. L’analyse de ce manifeste par l’International Centre for Counter-Terrorism montre un copier-coller idéologique, jusque dans le choix des armes et la mise en scène4. La même matrice a été reliée à l’attaque de la synagogue de Pittsburgh en 2018 et à celle d’El Paso en 20193. On ne fait pas face à des actes isolés, mais à une chaîne d’imitation qui se transmet en ligne d’un continent à l’autre, comme l’illustre le rôle central des réseaux sociaux dans le terrorisme.

La radicalisation accélérée et l’accélérationnisme

Le numérique n’a pas seulement diffusé le récit : il a comprimé le temps de la radicalisation. Les contenus courts, les mèmes et les vidéos virales rendent l’idéologie accessible aux plus jeunes, et les algorithmes orientent vers des contenus toujours plus chargés émotionnellement2. Sur les forums les plus radicaux prospère l’« accélérationnisme » : la conviction qu’il faut précipiter l’effondrement de la société par la violence ciblée pour hâter l’avènement d’un nouvel ordre.

Ce courant se structure en réseaux décentralisés, sans hiérarchie formelle, particulièrement difficiles à démanteler. Des analyses du Global Network on Extremism and Technology décrivent une menace mouvante, qui migre sans cesse de plateforme en plateforme pour échapper à la modération5. L’absence de chef et de carte de membre complique l’action policière classique, fondée sur le démantèlement d’organisations identifiables. C’est moins une armée qu’une contagion d’idées.

L’âge des personnes impliquées frappe les services. En Allemagne, sur les cas connus liés à l’accélérationnisme militant entre 2020 et 2025, la quasi-totalité concernait des mineurs, le plus souvent signalés aux autorités avant tout passage à l’acte5. Des canaux comme la mouvance « Terrorgram », ancrée dans l’accélérationnisme d’ultradroite, diffusent manuels et listes de cibles, transformant des adolescents isolés en relais potentiels. La menace ne se mesure donc plus seulement au nombre d’attentats, mais à la profondeur d’un vivier de jeunes exposés, dont une infime fraction passera à l’acte mais que les services doivent surveiller dans son ensemble.

Quand l’extrémisme se fond dans la cruauté : le cas 764

La frontière entre extrémisme idéologique et pathologie de la violence se brouille avec des réseaux comme 764. Ce groupe en ligne nihiliste cible des mineurs pour les contraindre, par chantage, à des actes d’automutilation, de cruauté envers des animaux ou d’exploitation sexuelle. Selon le centre de recherche NCITE de l’université du Nebraska, trente et une personnes ont été inculpées au niveau fédéral américain pour leur appartenance à 764 et à des groupes précurseurs, dont vingt-deux pour 764 ; 82 % d’entre elles avaient moins de 25 ans au moment de l’arrestation6. En décembre 2025, le FBI conduisait plus de 350 enquêtes liées à 764 et à d’autres groupes qualifiés d’« extrémistes violents nihilistes »6.

Ces acteurs ne poursuivent pas un projet politique clair : ils recherchent le statut, la reconnaissance et la fascination pour la destruction au sein de communautés qui glorifient la souffrance6. Cette zone grise — où se mêlent extrémisme, criminalité sexuelle et culte du chaos — déjoue les grilles d’analyse traditionnelles et complique autant la qualification juridique que la déradicalisation des individus concernés.

Le défi des mineurs et l’équation de la réponse

Le dénominateur commun de ces évolutions est l’âge. L’implication de mineurs et de très jeunes adultes dans la violence extrémiste est, de l’aveu d’Europol, une tendance préoccupante qui s’est encore renforcée en 20241. Cette jeunesse des profils impose de repenser des dispositifs pensés pour des organisations adultes et structurées — au même titre que la question du retour des combattants étrangers avait, en son temps, forcé les services à adapter leurs grilles d’analyse à des trajectoires inédites.

La réponse, pour être efficace, doit rester proportionnée. Une répression mal calibrée nourrit le sentiment de persécution dont se servent les recruteurs, et risque de fragiliser les libertés qu’elle prétend défendre. L’enjeu des prochains mois ne sera pas tant le nombre d’attaques abouties — qui reste, en Europe, contenu — que la capacité des États à intervenir tôt auprès d’adolescents vulnérables, à coordonner école, familles, plateformes et justice, et à traiter les violences contre les minorités comme un continuum plutôt que comme des faits divers isolés. C’est sur ce terrain de la prévention précoce, et non sur celui de la seule réaction, que se mesurera l’efficacité des démocraties.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

L'ultradroite violente est-elle en hausse ?

Les indicateurs divergent selon les zones. En Europe, Europol a recensé 47 arrestations pour terrorisme d'ultradroite et une seule attaque aboutie en 2024. Aux États-Unis et plus largement en Occident, le Soufan Center estime la progression de l'extrémisme d'ultradroite à environ 250 % sur cinq ans.

Qu'est-ce que le 'grand remplacement' ?

C'est une théorie complotiste, popularisée par l'écrivain français Renaud Camus, selon laquelle les populations européennes seraient remplacées par l'immigration. Sans fondement démographique, elle a servi de justification idéologique à plusieurs attentats, de Christchurch en 2019 à Buffalo en 2022.

Qu'est-ce que le réseau 764 ?

764 est un réseau en ligne nihiliste et violent qui cible des mineurs pour les contraindre à des actes d'automutilation, de cruauté et d'exploitation sexuelle. En décembre 2025, le FBI menait plus de 350 enquêtes sur 764 et des groupes apparentés ; 82 % des membres inculpés au niveau fédéral avaient moins de 25 ans.

Comment prévenir cette radicalisation ?

Les réponses combinent retrait rapide des contenus, signalement, contre-discours et accompagnement des jeunes vulnérables. Les autorités insistent sur la proportionnalité : une répression mal calibrée peut renforcer le sentiment de persécution et la victimisation que les recruteurs exploitent pour fidéliser leurs cibles.

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Rédaction · Analyse stratégique

L'Institut des Sciences Stratégiques publie des analyses indépendantes sur la géopolitique, la défense et les transformations du pouvoir au XXIe siècle.

Sources

  1. Europol, « European Union Terrorism Situation and Trend Report 2025 (EU TE-SAT) », Europol, juin 2025. https://www.europol.europa.eu/publication-events/main-reports/european-union-terrorism-situation-and-trend-report-2025-eu-te-sat 2 3

  2. The Soufan Center, « The Online Radicalization of Youth Remains a Growing Problem Worldwide », The Soufan Center IntelBrief, 9 septembre 2025. https://thesoufancenter.org/intelbrief-2025-september-9/ 2

  3. Gianluca Mezzofiore et al., « ‘Great replacement theory,’ cited by Buffalo shooter, has long history », The Washington Post, 15 mai 2022. https://www.washingtonpost.com/history/2022/05/15/great-replacement-theory-buffalo-bilbo/ 2 3

  4. International Centre for Counter-Terrorism, « The Buffalo Attack – An Analysis of the Manifesto », ICCT, 2022. https://icct.nl/publication/buffalo-attack-analysis-manifesto 2

  5. Global Network on Extremism and Technology, « Warning Behaviours for Right-Wing Violent Radicalisation on Online Platforms », GNET, 20 février 2026. https://gnet-research.org/2026/02/20/warning-behaviours-for-right-wing-violent-radicalisation-on-online-platforms-conceptual-challenges-and-empirical-findings/ 2

  6. NCITE, University of Nebraska Omaha, « Prosecuting 764: An Examination of Federal and State Charges », NCITE, décembre 2025. https://www.unomaha.edu/ncite/news/2025/12/764-landing-page.php 2 3

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