Minorités sous le feu : l'anatomie des violences politico-religieuses
Chrétiens du Nigeria, juifs d'Europe, attaque de Damas : enquête 2025-2026 sur les violences politico-religieuses qui ciblent les minorités et fracturent les sociétés.

À retenir
- Plus de 340 millions de chrétiens subissent une persécution élevée à extrême selon l'Index mondial 2025 d'Open Doors.
- Le Nigeria concentre l'essentiel des meurtres pour motif religieux : 3 490 chrétiens tués en 2025 selon ce même index.
- L'attaque de l'église Mar Elias à Damas, en juin 2025, a fait 22 morts, propulsant la Syrie au 6e rang mondial.
- Les violences antisémites de 2025 ont tué le plus grand nombre de juifs depuis trente ans, sur fond de tensions au Proche-Orient.
Une église de Damas pulvérisée un dimanche de juin, des villages chrétiens rayés de la carte au Nigeria, des synagogues européennes sous protection policière permanente : derrière chaque image, une même mécanique. La religion sert d’étendard à des violences dont les ressorts sont d’abord politiques. Et les minorités, partout, en paient le prix le plus lourd.
Un fléau qui se compte par millions
Les chiffres récents donnent le vertige. Selon l’Index mondial de persécution publié début 2025 par l’ONG Open Doors, plus de 340 millions de chrétiens subissent une persécution ou une discrimination élevée à extrême, soit environ un sur sept dans le monde1. Pour la première fois depuis la création de cet index en 1993, quinze pays atteignent le seuil de persécution dite « extrême »1.
La mortalité, elle, augmente. Le nombre de chrétiens tués pour leur foi est passé de 4 476 à 4 849 entre les deux derniers rapports annuels2. La géographie de ces meurtres est écrasante : l’Afrique subsaharienne en concentre 93 %2. Le Nigeria à lui seul recense 3 490 morts en 2025, près de 400 de plus qu’un an plus tôt — sept chrétiens tués sur dix dans le monde l’ont été dans ce seul pays2. Ces violences s’inscrivent dans la poussée jihadiste qui déstabilise tout le Sahel, un phénomène que nous analysons en détail dans notre dossier sur l’expansion jihadiste en Afrique.
La religion, prétexte autant que cause
Réduire ces violences à une « guerre des religions » serait une erreur d’analyse. Elles sont presque toujours exacerbées par des facteurs politiques, économiques et sociaux, et instrumentalisées par des acteurs qui cherchent à mobiliser une base ou à justifier la répression. L’État islamique a fait de la religion un outil de légitimation de la terreur ; des gouvernements répondent parfois par des mesures brutales qui aggravent les tensions au lieu de les éteindre.
La Syrie post-Assad en offre une illustration tragique. L’attaque de l’église grecque-orthodoxe Mar Elias, à Damas, en juin 2025, a fait 22 morts et 63 blessés3. Conjuguée à d’autres exactions contre les chrétiens, elle a propulsé le pays de la 18e à la 6e place de l’index mondial — le bond le plus spectaculaire de l’année3. La transition politique, loin d’apaiser les minorités, a ouvert une fenêtre d’incertitude que les groupes armés exploitent. C’est aussi pourquoi les changements d’allégeances des minorités religieuses sous Assad restent une clé de lecture du Levant.
Le phénomène n’épargne pas les démocraties. Les violences antisémites de 2025 ont tué, à l’échelle mondiale, le plus grand nombre de juifs en trente ans, sur fond de tensions liées à Gaza et à l’Iran4. En Europe, une vague de coups de couteau, d’incendies et de profanations de synagogues a contraint plusieurs pays à renforcer la sécurité des communautés juives. Au Royaume-Uni, le Community Security Trust a recensé 3 700 incidents antisémites en 2025, dont 177 visant directement des synagogues5.
Quand le tissu national se déchire
Au-delà du bilan humain, ces violences sapent la cohésion des sociétés. Stigmatiser ou persécuter une communauté installe un climat de méfiance qui contamine les autres groupes. En Birmanie, les exactions contre les Rohingyas n’ont pas seulement provoqué une crise humanitaire majeure : elles ont durablement envenimé les rapports entre bouddhistes et musulmans, fragilisant l’unité nationale.
Cette dynamique affaiblit aussi l’État. Quand le pouvoir paraît incapable ou indifférent, il perd en légitimité, et le radicalisme prospère sur ce vide. La polarisation rend alors le dialogue intercommunautaire presque impossible, et chaque attaque nourrit la suivante. Les réseaux sociaux amplifient cet engrenage en diffusant discours de haine et appels à la violence à une vitesse inédite, un mécanisme que nous décortiquons dans notre analyse terrorisme et réseaux sociaux.
Toutes les persécutions ne passent pas par les armes. Dans plusieurs grands pays, c’est l’appareil d’État lui-même qui resserre l’étau : en Inde, en Chine ou en Algérie, les libertés religieuses reculent au profit d’un contrôle administratif croissant, par les lois anti-conversion, la surveillance des cultes ou la fermeture de lieux de prière6. Cette violence « froide », moins spectaculaire que les attentats, n’en érode pas moins durablement la place des minorités.
L’addition économique est elle aussi lourde. Les conflits détruisent les infrastructures, font fuir les investisseurs et excluent les minorités des circuits productifs. Les pays touchés s’enfoncent dans un cycle de pauvreté et d’instabilité dont il est ensuite très difficile de sortir. À cela s’ajoute un coût diplomatique : les violations massives attirent l’attention des médias et des organisations internationales, ternissent l’image d’un État et peuvent peser sur ses relations commerciales comme sur ses investissements étrangers.
Réponses publiques : entre répression et dialogue
Face à ces violences, les États oscillent entre deux logiques. La première, répressive, écrase la dissidence, arrête des leaders religieux et restreint les libertés. Elle produit souvent l’effet inverse de celui recherché : la marginalisation alimente la radicalisation, qui relance le cycle. C’est précisément pour briser cet engrenage qu’émergent les politiques de déradicalisation, centrées sur la réintégration plutôt que sur la seule sanction.
La seconde logique, inclusive, mise sur le dialogue intercommunautaire, la médiation et les initiatives interconfessionnelles. Les organisations internationales y jouent un rôle de vigie : l’ONU surveille les violations, l’Union européenne finance l’aide humanitaire, et le Conseil de sécurité a adopté plusieurs résolutions condamnant ces attaques. Mais leur efficacité dépend de la volonté politique des États membres — souvent le maillon faible. La société civile, elle, sert de contrepoids aux discours de haine, en mobilisant les citoyens autour du respect mutuel.
La menace ne vient d’ailleurs pas seulement de l’extrémisme religieux. L’extrémisme d’ultradroite, qui prend pour cibles minorités ethniques et religieuses, progresse lui aussi dans plusieurs pays occidentaux, comme le montre notre dossier sur l’extrémisme violent d’ultradroite.
Le signal à surveiller : le Nigeria et le Levant
La prévention reste la seule stratégie durable : lois protectrices réellement appliquées, mécanismes judiciaires permettant aux victimes d’obtenir justice, éducation à la tolérance dès le plus jeune âge et implication des chefs religieux dans le dialogue. La reconstruction post-violences, elle, ne se limite pas aux infrastructures : elle exige de panser les traumatismes et de recréer des espaces où les communautés déchirées réapprennent à coexister. Mais ces remèdes de long terme ne valent que s’ils s’attaquent aux racines politiques et économiques du mal. Deux indicateurs concentreront l’attention dans les mois qui viennent : la trajectoire des meurtres au Nigeria, baromètre de l’instabilité sahélienne, et le sort des minorités dans la Syrie en recomposition. Si ces deux foyers s’aggravent, c’est tout l’équilibre régional qui vacillera — et avec lui, la promesse d’une coexistence pacifique que tant de communautés attendent encore.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quel pays concentre le plus de meurtres de chrétiens pour motif religieux ?
Le Nigeria. Selon l'Index mondial de persécution d'Open Doors, 3 490 chrétiens y ont été tués en 2025, soit environ sept sur dix des meurtres recensés dans le monde. L'Afrique subsaharienne représente à elle seule 93 % de ces décès.
Que s'est-il passé à l'église de Damas en juin 2025 ?
Une attaque a visé l'église grecque-orthodoxe Mar Elias à Damas en juin 2025, faisant 22 morts et 63 blessés. Cet acte, parmi d'autres violences contre les chrétiens, a propulsé la Syrie de la 18e à la 6e place de l'Index mondial de persécution.
L'antisémitisme progresse-t-il en Europe ?
Oui. Les violences antisémites de 2025 ont tué le plus grand nombre de juifs en trente ans à l'échelle mondiale. Au Royaume-Uni, le Community Security Trust a recensé 3 700 incidents en 2025, dont 177 visant des synagogues, sur fond de tensions liées au Proche-Orient.
Pourquoi parle-t-on de violences politico-religieuses plutôt que religieuses ?
Parce que la religion sert souvent de prétexte ou d'étendard à des conflits dont les ressorts sont politiques, économiques et sociaux. Des acteurs instrumentalisent l'identité confessionnelle pour mobiliser des soutiens, justifier la répression ou conquérir un territoire.
Sources
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Word&Way, « 1 in 7 Global Christians Faces “High-Level” Persecution: Open Doors Report », Word&Way, 16 janvier 2025. https://wordandway.org/2025/01/16/1-in-7-global-christians-faces-high-level-persecution-open-doors-report/ ↩ ↩2
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Aleteia, « Report: Christians have never been as persecuted as in 2025 », Aleteia, 15 janvier 2026. https://aleteia.org/2026/01/15/report-christians-have-never-been-as-persecuted-as-in-2025/ ↩ ↩2 ↩3
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Baptist Press, « Global Christian persecution up; religious restrictions at peak levels, studies show », Baptist Press, janvier 2026. https://www.baptistpress.com/resource-library/news/global-christian-persecution-up-religious-restrictions-at-peak-levels-studies-show/ ↩ ↩2
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CNN, « Antisemitic violence worldwide in 2025 killed highest number of Jews in 30 years, study finds », CNN, 14 avril 2026. https://www.cnn.com/2026/04/14/world/antisemitic-violence-worldwide-report-intl ↩
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Community Security Trust, « Antisemitic Incidents Report 2025 », CST, 11 février 2026. https://cst.org.uk/news/blog/2026/02/11/antisemitic-incidents-report-2025 ↩
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GIS Reports, « The persecution of Christians is a global problem », GIS Reports Online, 2025. https://www.gisreportsonline.com/r/global-persecution-christians/ ↩
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