Partenariats éducatifs : l'Inde attire les campus étrangers
Southampton, Deakin, Wollongong : les universités étrangères débarquent en Inde. Enquête sur une ouverture qui doit aussi retenir des millions d'étudiants.

À retenir
- Le 16 juillet 2025, l'université de Southampton a ouvert à Gurugram le premier campus étranger de plein exercice autorisé par la nouvelle réglementation indienne.
- Deakin et Wollongong, deux universités australiennes, se sont installées dans la zone financière de GIFT City, avec une autonomie quasi totale sur frais et recrutement.
- La règle d'or fixée par l'UGC en 2023 : seuls les établissements classés dans le top 500 mondial peuvent ouvrir un campus.
- L'enjeu de fond reste interne : porter le taux brut de scolarisation supérieure de 28 % à 50 % d'ici 2035, soit 70 millions d'étudiants.
- L'Inde reste un exportateur net d'étudiants : 1,2 million partis à l'étranger en 2025, malgré un premier recul.
À Gurugram, dans la banlieue sud de New Delhi, un bâtiment de l’International Tech Park a changé de vocation à l’été 2025. Le 16 juillet, l’université britannique de Southampton y a inauguré le premier campus étranger de plein exercice jamais autorisé sur le sol indien sous la nouvelle réglementation nationale1. Une scène impensable dix ans plus tôt, et le symbole d’un basculement : longtemps fournisseur d’étudiants au reste du monde, l’Inde veut désormais faire venir le monde chez elle.
Une porte qui s’ouvre, sous conditions
Pendant des décennies, l’enseignement supérieur indien est resté largement fermé aux opérateurs étrangers. La bascule date de 2023, quand la Commission des subventions universitaires (UGC, le régulateur national) a publié un cadre autorisant les universités étrangères à ouvrir des campus de plein exercice. La règle d’or est sélective : seuls les établissements classés dans les 500 premiers mondiaux, selon les classements QS, THE ou ARWU, peuvent postuler2.
Le dispositif est conçu pour rassurer les deux camps. Le dossier est instruit en soixante jours, le campus doit ouvrir dans les deux ans suivant l’agrément, et la licence initiale court sur dix ans. En échange, les universités obtiennent une autonomie rare en Inde : elles fixent leurs admissions, leurs frais, recrutent leurs enseignants et peuvent rapatrier leurs excédents vers la maison mère2. Southampton, membre fondateur du prestigieux Russell Group britannique et classée autour de la 80e place mondiale par QS, a saisi l’occasion : six cursus dès l’ouverture, des diplômes strictement identiques à ceux délivrés au Royaume-Uni, et plus de 75 enseignants à temps plein recrutés aux standards britanniques3.
Le campus de Gurugram, situé dans le secteur 59 de l’International Tech Park, propose d’emblée deux masters — finance et management international — et quatre licences en gestion, comptabilité, informatique et économie3. Le choix des disciplines n’a rien d’anodin : il colle aux secteurs où l’économie indienne crée le plus d’emplois qualifiés. L’inauguration, en présence du ministre de l’Éducation Dharmendra Pradhan, a été mise en scène comme une victoire de la NEP autant que comme un succès britannique3.
GIFT City, le laboratoire d’une autre Inde
Tout ne se joue pas à Gurugram. À l’autre bout du pays, dans le Gujarat, la zone financière internationale de GIFT City fonctionne comme une enclave aux règles assouplies. Deux universités australiennes, Deakin et Wollongong, y ont planté leurs campus avant tout le monde4. Deakin a même été la première institution étrangère à ouvrir une antenne internationale de plein exercice dans le pays1.
L’attrait de GIFT City tient à son régime d’exception : les universités y échappent à une partie de la réglementation éducative indienne, peuvent rapatrier librement leurs revenus et opérer dans un cadre à but lucratif1. Deux voies coexistent donc désormais — le régime UGC pour l’Inde continentale, le régime de l’autorité de GIFT City pour l’enclave —, ce qui multiplie les portes d’entrée. Coventry, Liverpool, Queen’s Belfast ou l’Illinois Tech figurent déjà dans le pipeline, avec des ouvertures attendues en 2026-20274. C’est l’autre versant de la diplomatie d’influence indienne, où l’éducation devient une vitrine.
Le vrai chantier est intérieur
Derrière l’effet d’annonce, l’enjeu décisif reste domestique. La Politique éducative nationale de 2020 (NEP) fixe un cap ambitieux : porter le taux brut de scolarisation dans le supérieur à 50 % d’ici 2035, contre environ 28 % en 2021-20225. Concrètement, cela suppose d’accueillir près de 70 millions d’étudiants supplémentaires, soit une hausse de plus de 60 % par rapport au niveau actuel5. Le système compte déjà plus de 40 millions d’inscrits dans le supérieur6 : le défi n’est pas mince.
Les campus étrangers n’y suffiront pas seuls. Les analystes rappellent que l’essentiel de cette montée en charge passera par la consolidation et l’extension des établissements existants, et non par la seule création de structures nouvelles5. Les obstacles sont connus : déperdition scolaire avant le supérieur, transitions ratées entre le secondaire et l’université, inégalités d’accès selon la région, la caste ou le revenu. L’arrivée d’institutions étrangères agit surtout comme un aiguillon concurrentiel et un signal d’ouverture, pas comme une solution de masse. Pour la majorité des familles, le coût de ces nouveaux cursus restera hors de portée, ce qui pose d’emblée la question des bourses et du soutien financier.
Retenir les talents, attirer la recherche
L’Inde reste un exportateur net d’étudiants. En 2025, plus de 1,2 million d’entre eux étudiaient à l’étranger — un chiffre en recul de 5,7 % sur un an, après un pic à 1,33 million en 20247. Les États-Unis demeurent la première destination, avec 363 019 étudiants indiens en 2024-20258. Mais le climat se tend : sur le premier semestre 2025, les délivrances de visas étudiants F-1 aux Indiens ont chuté de 44 % par rapport à la même période de 20247.
Ce durcissement nourrit, par contrecoup, l’intérêt pour des diplômes étrangers obtenus sans quitter le pays. À l’échelle mondiale, le poids reste considérable : l’Inde et la Chine pèsent à elles seules plus de la moitié des étudiants internationaux accueillis aux États-Unis en 2024-20258. Cette dépendance croisée fait du sujet éducatif un dossier autant économique que diplomatique.
Pour New Delhi, l’équation est double : limiter la fuite des cerveaux et des devises, tout en ancrant localement des pôles de recherche. Les collaborations scientifiques — biotechnologies, intelligence artificielle, climat — sont l’autre face de ces partenariats, en lien avec l’essor du secteur technologique indien et la quête d’autonomie sur des ressources critiques comme les terres rares. Cette logique d’attractivité prolonge aussi le rayonnement régional que l’Inde cultive en Asie centrale et, au-delà, sa volonté de peser sur les grands sujets globaux comme l’adaptation au changement climatique.
Un pari à long terme
L’ouverture éducative indienne avance vite, mais reste à ses débuts. Quelques campus, des effectifs encore modestes, un cadre réglementaire jeune : il faudra plusieurs promotions pour mesurer si l’expérience tient ses promesses, en qualité comme en équité. Le risque d’une éducation à deux vitesses, où les nouveaux campus servent une élite urbaine pendant que la masse des étudiants reste dans des institutions sous-dotées, n’est pas écarté.
Le signal à surveiller dans les prochains mois est simple : combien d’universités étrangères franchiront réellement le pas en 2026-2027, et avec quels effectifs. Si la dynamique se confirme et s’accompagne d’un effort comparable sur les établissements publics, l’Inde aura posé les bases d’un hub académique régional. Sinon, les campus de Gurugram et de GIFT City resteront des vitrines élégantes, mais marginales, d’une ambition encore largement à concrétiser.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Quelles universités étrangères ont ouvert un campus en Inde ?
À la mi-2025, trois établissements fonctionnent : l'université britannique de Southampton, à Gurugram, et les australiennes Deakin et Wollongong, installées dans la zone financière de GIFT City. Plusieurs autres, dont Coventry, Liverpool ou Queen's Belfast, doivent suivre en 2026-2027.
Quelles conditions une université doit-elle remplir pour s'installer ?
La réglementation de l'UGC de 2023 réserve cette possibilité aux établissements classés dans le top 500 mondial. Le dossier est examiné en soixante jours, le campus doit ouvrir sous deux ans, et la licence initiale court sur dix ans, avec une large autonomie sur les frais et le recrutement.
Pourquoi l'Inde veut-elle attirer ces campus ?
Le pays vise un taux brut de scolarisation supérieure de 50 % d'ici 2035, contre environ 28 % aujourd'hui. Retenir une partie des 1,2 million d'étudiants qui partent chaque année et bâtir des pôles de recherche locaux sont au cœur de cette stratégie d'attractivité.
Combien d'étudiants indiens partent étudier à l'étranger ?
Plus de 1,2 million en 2025, soit un recul de 5,7 % par rapport à 2024. Les États-Unis restent la première destination, mais les délivrances de visas étudiants y ont chuté, ce qui nourrit l'intérêt pour des diplômes étrangers obtenus sans quitter l'Inde.
Sources
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Cyril Amarchand Mangaldas, « Legal Considerations for Setting Up Foreign University Campus in India: Mainland India vs GIFT IFSC », India Corporate Law, 2025. https://corporate.cyrilamarchandblogs.com/2025/12/part-iii-of-ifsc-education-series-legal-considerations-for-setting-up-foreign-university-campus-in-india-mainland-india-vs-gift-ifsc/ ↩ ↩2 ↩3
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Leverage Edu, « Foreign Universities in India: UGC List of Current & Upcoming Campuses (2025) », Leverage Edu, 2025. https://leverageedu.com/learn/foreign-universities-in-india/ ↩ ↩2
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Education Exclusive, « University of Southampton Announces 2025 Campus Launch At Gurugram », Education Exclusive, 2025. https://educationexclusive.com/news/campus-news/southampton-university-india-campus ↩ ↩2 ↩3
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GoalISB, « Foreign University Campuses in India: India as a Global Education Hub (2026–2030) », GoalISB, 2025. https://www.goalisb.com/post/foreign-university-campuses-in-india ↩ ↩2
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Education for All in India, « Achieving 50% Gross Enrolment Ratio in Higher Education in India by 2035: Feasibility, Indicators, and Strategic Imperatives », Education for All in India, 2024. https://educationforallinindia.com/achieving-50-gross-enrolment-ratio-in-higher-education-in-india-by-2035-feasibility-indicators-and-strategic-imperatives/ ↩ ↩2 ↩3
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Statista, « Higher education in India - statistics & facts », Statista, 2025. https://www.statista.com/topics/9047/tertiary-education-in-india/ ↩
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ICEF Monitor, « The number of Indian students abroad fell in 2025 », ICEF Monitor, 2 décembre 2025. https://monitor.icef.com/2025/12/the-number-of-indian-students-abroad-fell-in-2025/ ↩ ↩2
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Institute of International Education, « United States Hosts 1.2 Million International Students at Colleges and Universities », IIE Open Doors, 17 novembre 2025. https://www.iie.org/news/open-doors-2025-press-release/ ↩ ↩2
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