Réformes économiques en Inde : le grand chantier de 2025
GST 2.0, refonte du droit du travail, manufacture en plein essor : l'Inde, parmi les plus grandes économies du monde, vise le statut de pays à haut revenu d'ici 2047.

À retenir
- En 2025, l'Inde est devenue la quatrième économie mondiale, avant de glisser au sixième rang en 2026 sous l'effet de la dépréciation de la roupie.
- Le PIB réel a progressé de 8,2 % au deuxième trimestre de l'exercice 2025-26, faisant de l'Inde la grande économie la plus dynamique.
- La réforme GST 2.0, entrée en vigueur le 22 septembre 2025, a ramené la TVA à deux taux principaux et allégé le coût des ménages.
- Le 21 novembre 2025, quatre codes du travail ont remplacé 29 lois coloniales, décrits comme la réforme la plus importante depuis 1991.
- Le défi demeure social : emploi largement informel, agriculture surchargée et fortes inégalités de revenus.
Quatre mille milliards de dollars. En 2025, l’Inde a franchi un seuil symbolique en devenant la quatrième économie de la planète, dépassant d’un cheveu le Japon1. La même année, New Delhi a engagé deux réformes structurelles d’ampleur — la TVA et le droit du travail — que les économistes rangent parmi les plus importantes depuis l’ouverture de 1991. Le pays accélère. Mais derrière les records, une question demeure : cette croissance profitera-t-elle à tous ?
Une croissance record, un classement volatil
Les chiffres impressionnent. Le PIB réel indien a bondi de 8,2 % au deuxième trimestre de l’exercice 2025-26, après 7,8 % au précédent, confortant le statut de grande économie la plus dynamique du monde1. Le Fonds monétaire international anticipe une croissance supérieure à 6 % sur les deux prochaines années, ce qui maintiendrait l’Inde au rang de grande économie la plus dynamique de la planète1.
Le classement, lui, s’est révélé plus capricieux. En 2026, l’Inde a glissé au sixième rang mondial selon le FMI, non par ralentissement, mais à cause de la dépréciation de la roupie, tombée de 84,6 à 88,5 pour un dollar — un effet de change qui pèse sur un PIB libellé en devise américaine2. Les projections du FMI tablent toutefois sur un retour à la quatrième place dès 20272. Cette résilience intérieure renforce la stature internationale de l’Inde et nourrit son partenariat stratégique avec les États-Unis.
GST 2.0 : simplifier pour relancer la consommation
La première grande réforme de 2025 a visé la fiscalité indirecte. Entrée en vigueur le 22 septembre, la refonte baptisée GST 2.0 a ramené la taxe sur les biens et services à deux taux principaux, 5 % et 18 %, en supprimant les anciens paliers de 12 % et 28 %3. Concrètement, 99 % des produits taxés à 12 % sont passés à 5 %, et 90 % de ceux à 28 % sont redescendus à 18 % ; un taux de 40 % reste réservé aux produits de luxe et nocifs comme le tabac ou les voitures haut de gamme3.
L’effet recherché est double : du pouvoir d’achat et de la lisibilité. La réforme aurait réduit le coût des ménages jusqu’à 13 %, et les primes d’assurance santé et vie ont été exonérées3. Reste l’exécution : encore faut-il que banques et entreprises répercutent effectivement ces baisses3. Cette quête de compétitivité s’inscrit dans une stratégie d’attractivité qui séduit aussi les investisseurs japonais, comme en témoigne l’approfondissement des relations entre l’Inde et le Japon.
Le droit du travail réécrit
La seconde réforme touche au cœur du marché de l’emploi. Le 21 novembre 2025, le gouvernement a consolidé 29 lois héritées de l’époque coloniale en quatre codes couvrant salaires, sécurité sociale, conditions de travail et relations industrielles4. La Banque mondiale et plusieurs analystes y voient la réforme structurelle la plus significative depuis la libéralisation de 19915.
Le changement est de taille pour les entreprises : le seuil au-delà duquel une autorisation gouvernementale est requise pour licencier ou fermer un site est passé de 100 à 300 salariés, assouplissant nettement le marché du travail3. En contrepartie, près de dix millions de travailleurs des plateformes bénéficient désormais d’une protection sociale annuelle, et les femmes salariées gagnent des garanties de congés et de sécurité3. Le chômage urbain est tombé à 6,6 %, son plus bas niveau depuis 2017-185. Ces avancées soutiennent l’effort de formation et de partenariats éducatifs nécessaire à une main-d’œuvre qualifiée.
Manufacture et investissements : le pari industriel
Le troisième pilier est industriel. Le programme d’incitations à la production (PLI) a généré, à fin 2025, plus de 2,16 lakh crore de roupies d’investissements, une production supplémentaire massive et plus de 14,39 lakh emplois6. L’électronique fait figure de vitrine : la production de téléphones et d’appareils a bondi de 146 % entre les exercices 2021 et 2025, portée par 4 milliards de dollars d’investissements étrangers7. Plus largement, les flux d’investissements directs dans la manufacture sont passés de 98 milliards de dollars sur 2004-2014 à 165 milliards sur 2014-20247.
Le dispositif PLI, doté d’une enveloppe d’environ 1,91 lakh crore de roupies, couvre quatorze secteurs stratégiques, de l’automobile aux produits pharmaceutiques en passant par l’électronique6. Dans cette dernière filière, environ 70 % des investissements étrangers ont bénéficié aux entreprises retenues par le programme, signe que l’incitation oriente effectivement les capitaux7. L’objectif politique est clair : faire de l’Inde un atelier mondial crédible, capable de capter une partie des chaînes de production qui cherchent à se diversifier hors de Chine.
Cette montée en gamme s’appuie sur des chaînes d’approvisionnement que l’Inde cherche à sécuriser, des terres rares aux composants critiques. Elle accompagne aussi le déploiement de l’influence économique indienne, notamment en Asie centrale, via les corridors de connectivité.
L’angle mort social
Tout n’est pas qu’ascension. La Banque mondiale rappelle que seuls 23 % des emplois non agricoles sont formels et que l’agriculture occupe encore près de la moitié de la population active, sans gains de productivité suffisants8. Les inégalités demeurent vives : les 10 % les plus riches captent 58 % du revenu national, contre 15 % pour la moitié la plus pauvre, et la participation des femmes au marché du travail plafonne à 31 %8. Un point positif toutefois : l’institution crédite l’Inde d’avoir sorti 171 millions de personnes de la pauvreté8.
À ces réformes structurelles s’ajoute une lame de fond : la transformation numérique. Avec une population jeune et connectée et des programmes publics ambitieux, l’Inde a fait du numérique un accélérateur de croissance, de l’inclusion financière au commerce en ligne. Mais les fractures demeurent : l’infrastructure reste inégale entre villes et campagnes, et la protection des données comme la cybersécurité posent des défis croissants. Le pari indien consiste à faire de cette révolution un outil au service du plus grand nombre, et non un facteur supplémentaire d’inégalité entre une élite urbaine connectée et des régions rurales à la traîne.
L’enjeu de long terme tient en une date : 2047. Pour atteindre le statut de pays à haut revenu — l’objectif « Viksit Bharat » —, l’Inde devra croître d’environ 7,8 % par an en moyenne pendant vingt-deux ans, un rythme exigeant qui suppose des réformes continues, plus d’emplois formels et une transition agricole réussie8.
Le signal à surveiller
L’Inde a posé en 2025 des fondations rares : fiscalité simplifiée, droit du travail modernisé, manufacture en expansion. La question n’est plus celle de la vitesse, mais de la qualité de la croissance. Le signal à guetter : la capacité de l’économie à transformer ses gains macroéconomiques en emplois formels et en réduction des inégalités. C’est à cette condition que le rêve d’une Inde développée en 2047 cessera d’être un slogan pour devenir une trajectoire.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
L'Inde est-elle la quatrième économie mondiale ?
L'Inde est devenue la quatrième économie mondiale en 2025, avec un PIB nominal d'environ 4 187 milliards de dollars, juste devant le Japon. Mais en 2026, la dépréciation de la roupie l'a fait reculer au sixième rang du classement du FMI ; elle pourrait retrouver la quatrième place dès 2027.
Qu'est-ce que la réforme GST 2.0 ?
Entrée en vigueur le 22 septembre 2025, GST 2.0 simplifie la taxe indienne sur les biens et services autour de deux taux principaux, 5 % et 18 %, en supprimant les anciens taux de 12 % et 28 %. Un taux de 40 % vise les produits de luxe et nocifs. La réforme a réduit le coût des ménages jusqu'à 13 %.
En quoi consistent les nouveaux codes du travail indiens ?
Le 21 novembre 2025, l'Inde a fusionné 29 lois héritées de l'époque coloniale en quatre codes couvrant salaires, sécurité sociale, conditions de travail et relations industrielles. Le seuil au-dessus duquel une entreprise doit obtenir une autorisation pour licencier est passé de 100 à 300 salariés.
Quels sont les grands défis de l'économie indienne ?
Malgré une croissance rapide, l'emploi reste largement informel : seuls 23 % des emplois non agricoles sont formels. L'agriculture occupe près de la moitié de la population active. Les inégalités sont fortes : les 10 % les plus riches captent 58 % du revenu national, contre 15 % pour la moitié la plus pauvre.
Sources
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« India set to overtake Japan as fourth-largest economy in 2025: IMF », DD News, 2025. https://ddnews.gov.in/en/india-set-to-overtake-japan-as-fourth-largest-economy-in-2025-imf/ ↩ ↩2 ↩3
-
« Growing fast, yet slipping: Why India dropped to 6th in IMF GDP rankings », Business Today, 16 avril 2026. https://www.businesstoday.in/latest/economy/story/growing-fast-yet-slipping-why-india-dropped-to-6th-in-imf-gdp-rankings-526044-2026-04-16 ↩ ↩2
-
« GST Reforms 2025: Relief for Common Man, Boost for Businesses », Press Information Bureau (Gouvernement indien), septembre 2025. https://static.pib.gov.in/WriteReadData/specificdocs/documents/2025/sep/doc202594628401.pdf ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
-
« India’s 2025 Reform Revolution: GST Reset To Labour Codes And Global FTA », Prime Minister of India, 2025. https://www.pmindia.gov.in/en/media-coverage/indias-2025-reform-revolution-gst-reset-to-labour-codes-and-global-fta/ ↩
-
« India’s economic reforms: Domestic resilience to reshape global standing », Lowy Institute — The Interpreter, 2025. https://www.lowyinstitute.org/the-interpreter/india-s-economic-reforms-domestic-resilience-reshape-global-standing ↩ ↩2
-
« Government Scales Up PLI Budget to Accelerate Manufacturing », Press Information Bureau (Gouvernement indien), 2025. https://www.pib.gov.in/PressReleasePage.aspx?PRID=2107825®=3&lang=2 ↩ ↩2
-
« India: Electronics manufacturing leads PLI scheme as production jumps 146% », Times of Oman, 2025. https://timesofoman.com/article/167241-india-electronics-manufacturing-leads-pli-scheme-as-production-jumps-146 ↩ ↩2 ↩3
-
« India: Accelerated Reforms Needed to Speed up Growth and Achieve High-Income Status by 2047 », World Bank, 28 février 2025. https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2025/02/28/india-accelerated-reforms-needed-to-speed-up-growth-and-achieve-high-income-status-by-2047 ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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