La Syrie après Assad : enjeux et questions-clés en 2026
Après la chute d'Assad, la Syrie d'Ahmed al-Sharaa entre reconstruction, levée des sanctions et violences sectaires. État des lieux et enjeux en 2026.

À retenir
- Bachar al-Assad est tombé en décembre 2024 ; Ahmed al-Sharaa est devenu président de transition en janvier 2025.
- Une déclaration constitutionnelle de mars 2025 ouvre une transition de cinq ans vers des élections.
- Les sanctions américaines et européennes ont été largement levées en 2025, ouvrant la voie à la reconstruction.
- Des violences sectaires ont fait plus de 1 000 morts sur la côte alaouite en mars 2025 et 1 707 à Soueïda en juillet.
- Près de 90 % de la population vit dans la pauvreté et 16,5 millions de Syriens dépendent de l'aide humanitaire.
En quelques jours de décembre 2024, un régime qui avait tenu plus d’un demi-siècle s’est effondré. La chute de Bachar al-Assad a ouvert pour la Syrie une transition aussi inédite qu’incertaine : un ancien chef djihadiste à la présidence, des sanctions qui tombent, mais aussi des massacres sectaires et un pays exsangue. Un an et demi plus tard, où en est la Syrie ?
D’Assad à al-Sharaa : un basculement éclair
La séquence a surpris jusqu’aux observateurs les plus aguerris. Affaibli par l’usure de ses soutiens — un Hezbollah décapité au Liban, une Russie absorbée par l’Ukraine, un Iran sous pression —, le régime Assad s’est disloqué face à une offensive rebelle fulgurante1. En janvier 2025, Ahmed al-Sharaa, ancien chef de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), a été déclaré président de transition2. En mars, il a dévoilé un gouvernement élargi de 23 ministres et promulgué une déclaration constitutionnelle instaurant une transition de cinq ans vers des élections et une Constitution permanente2. Un parlement a été nommé en octobre 20251.
Cette feuille de route ne dissipe pas les doutes. Les pouvoirs concentrés autour du président, l’origine islamiste du nouveau pouvoir et l’absence d’élections immédiates nourrissent les interrogations sur la nature réelle du régime qui se met en place.
L’héritage d’une guerre de quatorze ans
On ne comprend la Syrie de 2026 qu’en mesurant le gouffre laissé par la guerre. Déclenché en mars 2011 par des manifestations pacifiques réprimées dans le sang, le conflit a fait, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, plus de 656 000 morts entre 2011 et 2025 ; l’ONU avait pour sa part recensé au moins 350 000 tués dès 2021, un chiffre qu’elle jugeait sous-évalué3. Le Réseau syrien pour les droits humains a documenté plus de 96 000 personnes victimes de disparition forcée3.
À l’ouverture des prisons du régime, l’ampleur de la machine répressive a éclaté au grand jour. La prison de Saidnaya, surnommée « l’abattoir humain », symbolise ces années de terreur : des associations de détenus y estiment à plusieurs dizaines de milliers le nombre de prisonniers exécutés ou morts sous la torture4. La Commission syrienne pour les personnes disparues, créée par le gouvernement de transition, évalue désormais entre 120 000 et 300 000 le nombre de personnes toujours portées disparues3. La justice transitionnelle — recensement des crimes, identification des responsables, réparation — sera l’un des chantiers les plus lourds et les plus inflammables de la nouvelle Syrie.
La reconstruction face à un pays dévasté
Le défi matériel est colossal. Près de 90 % de la population vit dans la pauvreté et 16,5 millions de Syriens — soit environ 70 % du pays — dépendent de l’aide humanitaire1. La moitié des infrastructures, des hôpitaux aux écoles en passant par les réseaux d’eau, est gravement endommagée ou détruite1.
Le tournant économique majeur tient à la levée des sanctions. En mai 2025, le président américain Donald Trump a annoncé la suspension de l’ensemble des sanctions visant l’ancien régime5. L’Union européenne a levé ses sanctions économiques, et le Conseil de sécurité de l’ONU a retiré en novembre 2025 les mesures antiterroristes pesant sur le président, le ministre de l’Intérieur et HTS5. Le Fonds monétaire international évoque des « signes de reprise », portés par le retour des réfugiés et la réintégration de la Syrie dans l’économie régionale1. Les analystes mettent toutefois en garde contre les risques de corruption et l’absence de plan d’investissement coordonné1.
Le spectre des violences sectaires
C’est l’ombre la plus sombre sur la transition. En mars 2025, des affrontements sur la côte, après des embuscades de groupes restés fidèles à Assad, ont dégénéré : plus de 1 000 personnes, en majorité issues de la minorité alaouite, ont été tuées6. À l’été 2025, le sud du pays s’est embrasé à son tour. Une enquête des Nations unies a établi que 1 707 personnes avaient péri à Soueïda en juillet 2025, la plupart des civils druzes, et que près de 200 000 personnes avaient été déplacées6.
Ces tueries illustrent l’enjeu central de la transition : la protection des minorités religieuses, dont les allégeances ont longtemps fluctué sous Assad. Sans réconciliation crédible ni justice transitionnelle, le risque d’une fragmentation communautaire reste élevé.
La question kurde, nerf de la réunification
Au nord-est, l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, est le test décisif de la réunification nationale. Elle prolonge une longue histoire de l’autonomie kurde, tour à tour tolérée et réprimée sous Assad. Un accord avait été conclu début 2025, mais sa mise en œuvre patine. En janvier 2026, des combats ont opposé les forces du gouvernement intérimaire aux FDS à Alep et dans le nord-est, déplaçant quelque 150 000 personnes7. Un nouvel accord en quatorze points a été annoncé le 18 janvier 2026, donnant aux FDS quatre jours pour proposer un plan d’application7.
L’enjeu dépasse la Syrie : il concerne directement la Turquie, qui considère les milices kurdes comme une menace. La trajectoire de la relation syro-turque, passée de la coopération au conflit, pèsera lourdement sur l’issue de ce dossier, comme sur le sort des camps détenant des combattants de l’État islamique.
Un nouvel échiquier régional et international
La chute d’Assad a rebattu les cartes. La Russie, dont la base navale de Tartous avait fait l’objet d’un bail de 49 ans signé en 2017, a vu ce contrat dénoncé par les nouvelles autorités, fragilisant sa présence en Méditerranée orientale8. Israël, de son côté, a multiplié les frappes — plus de 600 opérations en territoire syrien depuis le 8 décembre 2024 — et étendu sa zone tampon au-delà du Golan, occupant plusieurs positions dans le sud du pays8.
Le rapprochement avec Washington a culminé en novembre 2025 avec la visite d’Ahmed al-Sharaa à la Maison-Blanche, symbole spectaculaire du retour de Damas dans le concert international9. Le président syrien a toutefois écarté, pour l’heure, une adhésion aux accords d’Abraham, invoquant l’occupation du Golan9. Ces dynamiques bousculent aussi les équilibres régionaux et le rôle des pays du Golfe, désormais courtisés pour financer la reconstruction.
Les signaux à surveiller dans les mois qui viennent
La Syrie joue son avenir sur quelques lignes de crête. La capacité du gouvernement al-Sharaa à protéger toutes les communautés — alaouite, druze, chrétienne, kurde — déterminera s’il consolide l’unité du pays ou précipite une nouvelle fragmentation. L’application concrète de l’accord avec les FDS, le respect du calendrier constitutionnel de cinq ans et la transformation de la levée des sanctions en investissements réels seront les marqueurs à suivre. Entre l’espoir d’une renaissance et le risque d’un nouveau cycle de violences, la transition syrienne reste l’un des paris les plus ouverts du Moyen-Orient.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Qui dirige la Syrie depuis la chute d'Assad ?
Ahmed al-Sharaa, ancien chef du groupe islamiste Hay'at Tahrir al-Sham, a été déclaré président de transition en janvier 2025. Il a formé un gouvernement de 23 ministres en mars 2025, dans le cadre d'une transition censée durer cinq ans avant des élections.
Les sanctions contre la Syrie ont-elles été levées ?
Oui, en grande partie. Les États-Unis ont suspendu leurs sanctions en mai 2025, l'Union européenne a levé ses sanctions économiques, et le Conseil de sécurité de l'ONU a retiré en novembre 2025 les mesures antiterroristes visant le président et HTS, pour faciliter la reconstruction.
La transition syrienne est-elle pacifique ?
Non, elle reste marquée par de graves violences. Plus de 1 000 personnes, surtout des Alaouites, ont été tuées sur la côte en mars 2025 ; une enquête de l'ONU recense 1 707 morts à Soueïda en juillet 2025, majoritairement des civils druzes.
Quel est l'état humanitaire de la Syrie ?
Critique. Près de 90 % de la population vit dans la pauvreté et 16,5 millions de Syriens, soit près de 70 %, dépendent de l'aide humanitaire. La moitié des infrastructures — hôpitaux, écoles, réseaux d'eau — est gravement endommagée ou détruite.
Sources
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House of Commons Library, « Syria one year after Assad: Forming an interim government », UK Parliament, 2025. https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-10430/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
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Al Jazeera, « Syrian president al-Sharaa unveils transitional government », Al Jazeera, 30 mars 2025. https://www.aljazeera.com/news/2025/3/30/syrian-president-unveils-transitional-government ↩ ↩2
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PBS Frontline, « A Look at the Human Toll of the Syrian War », PBS Frontline, 2025. https://www.pbs.org/wgbh/frontline/article/syrian-war-human-toll-deaths-disappearances-mass-graves-displacement/ ↩ ↩2 ↩3
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France 24, « ‘Death camp’: the haunting history of Syria’s Sednaya prison », France 24, 9 décembre 2024. https://www.france24.com/en/middle-east/20241209-death-camp-the-haunting-history-of-syria-sednaya-prison-hts-assad ↩
-
PBS News, « Syria welcomes permanent repeal of sweeping U.S. sanctions imposed during Assad regime », PBS NewsHour, 2025. https://www.pbs.org/newshour/world/syria-welcomes-permanent-repeal-of-sweeping-u-s-sanctions-imposed-during-assad-regime ↩ ↩2
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ACLED, « Sectarian violence threatens Syria’s chance at stability », ACLED, 2025. https://acleddata.com/report/sectarian-violence-threatens-syrias-chance-stability ↩ ↩2
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Security Council Report, « Syria, January 2026 Monthly Forecast », Security Council Report, janvier 2026. https://www.securitycouncilreport.org/monthly-forecast/2026-01/syria-87.php ↩ ↩2
-
The Soufan Center, « Defying Trump, Israel Expands Buffer Zone in Syria », The Soufan Center, 4 décembre 2025. https://thesoufancenter.org/intelbrief-2025-december-4/ ↩ ↩2
-
France 24, « Trump ‘aims to bring Syria into Abraham Accords’ with Sharaa’s historic White House visit », France 24, 10 novembre 2025. https://www.france24.com/en/middle-east/20251110-trump-bring-syria-into-abraham-accords-with-sharaa-historic-white-house-visit ↩ ↩2
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