Moyen-Orient : l'ordre régional bouleversé
De la guerre de Gaza à la chute d'Assad et au conflit Israël-Iran de 2026 : comment les rapports de force au Moyen-Orient ont radicalement basculé en deux ans.

À retenir
- En deux ans, l'affaiblissement de l'Iran a redessiné l'ensemble des rapports de force régionaux.
- Le cessez-le-feu de janvier 2025 à Gaza a libéré les otages vivants, mais sa deuxième phase patine.
- La chute de Bachar el-Assad en décembre 2024 a privé Téhéran de son principal relais arabe.
- La guerre américano-israélienne contre l'Iran en 2026 a ouvert une période d'instabilité durable.
- La normalisation saoudo-israélienne reste suspendue à la question palestinienne.
Le 28 février 2026, des frappes coordonnées américaines et israéliennes s’abattent sur les installations nucléaires et l’état-major iranien. En quelques heures, le détroit d’Ormuz se ferme, le Hezbollah rouvre le front libanais et les marchés de l’énergie s’affolent. En l’espace de deux ans, le Moyen-Orient a changé de visage : ce ne sont plus les frontières héritées de la colonisation qui dictent les tensions, mais l’effondrement d’un système régional bâti autour de l’Iran.
Un cessez-le-feu à Gaza qui ne tient qu’à moitié
Le tournant le plus visible reste l’accord conclu sur Gaza. Annoncé le 15 janvier 2025, le cessez-le-feu prévoyait trois phases, la première s’étalant sur six semaines1. Les vingt otages israéliens encore vivants sont libérés en trois jours ; Israël relâche en retour près de 1 950 prisonniers palestiniens et restitue 360 corps1. Le dernier corps d’otage, celui de Ran Gvili, n’est récupéré par l’armée israélienne que le 26 janvier 20261.
La trêve s’est toutefois enrayée. Six mois après l’annonce, le plan en vingt points porté par Washington n’a guère dépassé la pause des combats, l’échange et l’afflux d’aide : plus de 700 Palestiniens et quatre Israéliens ont été tués depuis le début du cessez-le-feu2. Israël s’est retiré de la moitié de l’enclave mais en contrôle encore environ 54 %, le Hamas tenant les 46 % restants2. La situation humanitaire s’est nettement améliorée sans cesser d’être critique : 77 % de la population reste confrontée à une insécurité alimentaire aiguë2. La reconstruction, elle, n’a quasiment pas commencé : à peine 0,5 % des décombres déblayés, et l’essentiel des promesses de financement des États donateurs n’a pas été versé au fonds administré par la Banque mondiale, alors que l’ONU chiffre le chantier à plus de 50 milliards de dollars23.
Le pari incertain de la « phase deux »
Le 15 janvier 2026, l’administration américaine lance officiellement la deuxième phase. L’émissaire Steve Witkoff la résume comme le passage « du cessez-le-feu à la démilitarisation, à une gouvernance technocratique et à la reconstruction »3. Sur le papier, une force internationale de stabilisation, autorisée par le Conseil de sécurité, doit se déployer dans les zones encore tenues par Israël pour permettre un retrait progressif3.
Dans les faits, cette force n’est toujours pas constituée, même si un général américain en a pris la tête en janvier 20263. Le nœud reste le désarmement du Hamas, qui refuse de rendre les armes tant qu’Israël occupe le terrain et que rien ne progresse sur l’État palestinien3. Le mouvement laisse entendre qu’il pourrait conserver de l’armement léger ou intégrer une future police de Gaza3 — une zone grise qui résume l’enlisement. La question nucléaire iranienne, longtemps centrale, structure aussi l’arrière-plan : voir notre analyse de l’impact du programme nucléaire iranien sur la sécurité régionale.
L’Iran affaibli, l’« axe de la résistance » démantelé
C’est l’autre grand basculement. Dès 2024, en frappant durement le Hamas puis le Hezbollah, Israël a réduit la portée de l’Iran et fait pencher la balance régionale en sa faveur4. La décapitation du Hezbollah au Liban, entre septembre et novembre 2024, a précipité la chute de Bachar el-Assad en décembre, renversé par Ahmed al-Charaa4. Or la Syrie était le corridor par lequel Téhéran ravitaillait ses relais : sa perte a rompu la chaîne.
Le résultat est un Moyen-Orient marqué par des vides de pouvoir. À Damas, le nouveau gouvernement issu de la chute du régime cherche à consolider son autorité tout en se heurtant à Israël, aux Forces démocratiques syriennes et à la minorité druze4. Selon le Stimson Center, les conflits de basse intensité qui parsèment la région découlent tous d’effondrements d’États corrélés au déclin de l’influence iranienne et à l’incapacité des autres puissances à combler le vide4. La trajectoire de Damas illustre cette recomposition, que nous suivons dans notre dossier sur l’évolution de l’image publique d’Assad. Le rôle de Moscou, longtemps protecteur du régime syrien, en sort lui aussi diminué — un repli que détaille notre article sur l’influence russe au Moyen-Orient.
La guerre de 2026 et la nouvelle ligne de fracture nucléaire
L’affrontement direct avec l’Iran a franchi un cap. La guerre s’ouvre le 28 février 2026, lorsque les États-Unis et Israël frappent ensemble installations nucléaires, infrastructures militaires et hauts dirigeants iraniens, jusqu’au Guide suprême Ali Khamenei5. La riposte iranienne déborde le seul théâtre israélien : des frappes visent neuf États du Conseil de coopération du Golfe, et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz provoque des perturbations sans précédent sur les marchés mondiaux de l’énergie4. L’Iran et le Hezbollah, entrés en lice le 2 mars, lancent en un mois plus de 850 missiles et drones sur Israël5.
Après plus de cinq semaines de combats, Washington et Téhéran s’accordent, les 7 et 8 avril, sur un cessez-le-feu incluant Israël5. Mais quelques heures plus tard, l’armée israélienne mène au Liban une série de frappes qui tuent des centaines de personnes, fragilisant aussitôt l’accord et poussant les Américains à exiger d’Israël qu’il « baisse la température »5. La crise rappelle combien la dissuasion reste précaire dans une région saturée d’armements — un enjeu que prolonge notre dossier sur l’évolution de l’armement nucléaire et le désarmement.
La normalisation arabe en suspens
Restait l’espoir d’un grand rapprochement entre Israël et le monde arabe. Les accords d’Abraham de 2020 avaient ouvert la voie avec les Émirats, Bahreïn, le Maroc et le Soudan ; le Kazakhstan a annoncé y adhérer en novembre 20256. Mais la pièce maîtresse, l’Arabie saoudite, reste hors d’atteinte. Riyad conditionne toute reconnaissance à un chemin crédible vers un État palestinien7.
La guerre de Gaza a inversé la dynamique de l’opinion. La part de Saoudiens jugeant les accords positifs est tombée de 41 % en 2020 à 20 % en 2023, puis à 13 % en 2025, selon le Washington Institute7. Quand, en mai 2026, le président américain a pressé plusieurs dirigeants — saoudien, qatari, pakistanais en tête — de rejoindre les accords, l’agacement a été manifeste7. La fracture israélo-palestinienne, jamais résolue, continue de commander l’équation régionale, où pèsent aussi les tensions internes de la coalition israélienne.
Le signal à surveiller : la solidité du cessez-le-feu avec l’Iran
Le Moyen-Orient de 2026 n’est plus organisé autour d’un duel israélo-iranien encadré par des relais ; il l’est autour d’un Iran convalescent, d’États fragmentés et d’une Syrie en recomposition. Cette redistribution des cartes profite à court terme à Israël, mais elle ouvre une zone grise où les acteurs non étatiques et les rivalités locales prospèrent. Le prochain indicateur décisif sera la tenue, ou la rupture, du cessez-le-feu d’avril : un nouvel embrasement sur Ormuz ou au Liban suffirait à rallumer la mèche. Tant que la question palestinienne demeure sans horizon politique, aucune stabilité durable ne paraît à portée.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Où en est le cessez-le-feu à Gaza en 2026 ?
La première phase, conclue en janvier 2025, a permis la libération des otages et un afflux d'aide. Mais la deuxième phase — désarmement du Hamas, force de stabilisation, reconstruction — patine : Israël contrôle encore environ 54 % du territoire et la force internationale n'est pas constituée.
Pourquoi la chute d'Assad a-t-elle changé l'équilibre régional ?
La Syrie de Bachar el-Assad était le corridor terrestre par lequel l'Iran ravitaillait le Hezbollah. Sa chute en décembre 2024, après l'affaiblissement du Hezbollah, a rompu cette chaîne logistique et démantelé de fait l'« axe de la résistance » bâti par Téhéran.
La normalisation entre l'Arabie saoudite et Israël est-elle proche ?
Non. Riyad conditionne toute reconnaissance à un horizon crédible d'État palestinien. La guerre de Gaza a effondré l'opinion saoudienne favorable à l'accord, tombée à 13 % en 2025 selon le Washington Institute. La normalisation reste donc gelée.
Qu'a changé la guerre Israël-Iran de 2026 ?
Les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026 ont visé le programme nucléaire et la direction iranienne, déclenché la fermeture du détroit d'Ormuz et la réactivation du front libanais. Un cessez-le-feu fragile a été conclu début avril, sans régler les causes du conflit.
Sources
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Britannica, « Israel-Hamas War — Ceasefire and hostage exchange (January–March 2025) », Encyclopædia Britannica, 2026. https://www.britannica.com/event/Israel-Hamas-War/Ceasefire-and-hostage-exchange-January-March-2025 ↩ ↩2 ↩3
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J Street, « Six Months In: Assessing the Status of the Gaza Ceasefire », J Street, 2025. https://jstreet.org/six-months-in-assessing-the-status-of-the-gaza-ceasefire/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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« U.S. says second phase of Gaza ceasefire has begun, but major challenges remain », NPR, 15 janvier 2026. https://www.npr.org/2026/01/15/nx-s1-5677315/u-s-says-second-phase-of-gaza-ceasefire-has-begun-but-major-challenges-remain ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6
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Stimson Center, « More Spasms of Violence Await the Middle East in 2026 », Stimson Center, 2026. https://www.stimson.org/2026/more-spasms-of-violence-await-the-middle-east-in-2026/ ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5
-
ACLED, « Middle East Special Issue: March 2026 », ACLED, mars 2026. https://acleddata.com/update/middle-east-special-issue-march-2026 ↩ ↩2 ↩3 ↩4
-
Britannica, « Abraham Accords », Encyclopædia Britannica, 2026. https://www.britannica.com/topic/Abraham-Accords ↩
-
Time, « What to Know About the Abraham Accords as Trump Seeks Iran Deal », Time, 26 mai 2026. https://time.com/article/2026/05/26/abraham-accords-trump-peace-deal-us-israel-iran-war/ ↩ ↩2 ↩3
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